Se projeter dans Milieu

Aujourd'hui, à l'ère de l'anthropocène, quand menace la sixième extinction, quel que soit son âge, la question de l'avenir se pose à chacun et chacune, pas seulement celui de la planète ou de l'humanité, mais plus prosaïquement le sien. Damien Faure filme l'île de Yakushima, un paysage dans lequel se projeter pour comprendre ce qui nous sépare et nous relie à la nature...

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Aujourd'hui, à l'ère de l'anthropocène, quand menace la sixième extinction, quel que soit son âge, la question de l'avenir se pose à chacun et chacune, pas seulement celui de la planète ou de l'humanité, mais plus prosaïquement le sien. When I'm 64, si la tentation de la nature rivalise avec la sociabilité urbaine, on sait que la fusion se rapproche, éternité partagée avec tous les ingrédients de la biomasse. À se projeter, le vertige est le même, que ce soit dans un réalisme scientifique ou une allégorie mystique. Le ciel et la terre nous happent quand la catastrophe se profile...

Chaque année, Monsieur Nishida, un entomologiste, part chercher des papillons dans un des lieux les plus mystérieux du Japon, l'île de Yakushima... Sur cette île les arbres ont 3000 ans, et les hommes honorent les dieux et les déesses des forêts de la montagne... Un typhon est sur le point de s'abattre sur le pays des dieux... Au Japon les éléments naturels coexistent avec les humains et sont considérés comme des dieux... Après le typhon, pour apaiser leur colère, ils suffit de les cueillir sur les branches des arbres et de les écouter...

C'est le thème de Milieu, le film que Damien Faure a tourné, magnétisé par les paysages merveilleux de la planète.

© Cédric Jouan
En projetant le DVD sur le mur, je reconnais l'inspiration des films de Hayao Miyazaki, le monde des esprits du Voyage de Chihiro, sauf que la musique de Xavier Roux est autrement plus cohérente et appropriée que les niaiseries à l'eau de rose de Joe Hisaishi. Platon y retrouverait ses petits tant les projections sont nombreuses, depuis certains jardins secs de Kyoto constitués de sable et de pierre qui réfléchissent le paysage au transfert des vues de l'esprit. Dans Milieu le paysage est actif. Il imprègne tous les êtres qui s'y meuvent, et les éléments naturels y mettent leur grain de sel, comme le typhon qui s'approche et que nous attendons. L'osmose est totale.

Damien Faure a le bon goût de n'ajouter aucun commentaire en voix off comme il l'avait fait par contre dans ses trois films (West Papua, Sampari, La colonisation oubliée) sur la résistance du peuple papou contre la colonisation violente de l'Indonésie. Films nécessaires, mais de facture plus classique, plus proches du reportage que du documentaire. Xavier Roux, avec qui j'ai enregistré en duo l'album Court-circuit sous son pseudonyme de Ravi Shardja, a composé toutes les partitions des films de Faure depuis 16 ans, choisissant élégamment les sons musicaux pour qu'ils s'intègrent à ceux de la nature.

En bonus du DVD, les entretiens passionnants avec le spécialiste du paysage Yoshio Nakamura, et surtout le géographe philosophe Augustin Berque, complètent magistralement les magnifiques images de l'île de Yakushima qui nous submergent... J'écoute celui de Berque comme une sorte de mode d'emploi de ce que le film expose.

→ Damien Faure, Milieu, DVD, aaa productions, 14€
→ Damien Faure, West Papua, coffret DVD + CD de Ravi Shardja (Xavier Roux), aaa productions, 53€
→ Lien du film Milieu entier: vimeo.com/cedricjouan/milieu (mot de passe sur simple demande à cedricjouan@gmail.com)
→ Cinéconcert A Page of Madness de T. Kinugasa (Japon,1926) par le groupe GOL avec Ravi Shardja, Jean-Marcel Busson, Samon Takahashi, le 6 décembre 2016 au cinéma Le Méliès, Montreuil, Semaine du Bizarre

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