Louise Jallu, tango des filles perdues

La bandéoniste Louise Jallu manie son instrument avec tendresse et détermination. Sur des arrangements de ses pièces, ou de celles d'Enrique Delfino, cosignés avec Bernard Cavanna, sa virtuosité se cache sous une apparente simplicité due au naturel de la jeune musicienne. Inspirée par La traite des blanches, livre d'Albert Londres, Louise Jallu dresse le portrait de filles perdues...

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La jeune bandéoniste Louise Jallu manie son instrument avec à la fois tendresse et détermination. Le Tango Carbón est devenu Louise Jallu Quartet. Mêmes membres, puisque ce sont toujours le violoniste Mathias Lévy, le pianiste Grégoire Letouvet et le contrebassiste Alexandre Perrot qui l'accompagnent avec autant d'aplomb. Affiches dans le métro, graphisme aux petits oignons, livret trilingue, concert de sortie du CD au Café de la Danse, invités de marque, décor personnalisé, tout est en place pour lancer la jeune musicienne de 24 ans. Le projet est loin d'être banal, d'autant que les remarquables arrangements de ses pièces ou de celles d'Enrique Delfino sont cosignés avec Bernard Cavanna dont Jallu interprète aussi la téméraire Sonatine 43 où le compositeur contemporain joue sur les timbres variés des tirés-poussés. Huit hauts abat-jour conçus par le scénographe Raymond Sarti encadrent la scène, trois grands miroirs en couvrent astucieusement des angles inédits, affirmant la musique de chambre. Les lumières de Jacques Rouveyrollis, plus habitué aux spectacles de variétés, éclaboussent hélas de couleurs criardes la dramaturgie. De même les acrobaties des deux danseurs font regretter l'élégance sauvage des véritables amateurs de tango. Sans parler d'une première partie jouée par un guitariste ridiculisant le concept d'improvisation à ne pas en maîtriser les structures dans la fulgurance de l'instantané. Peu importe, la musique nous embarque dans un voyage tragique et dépaysant...

Inspirée par
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La traite des blanches, livre d'Albert Londres, Louise Jallu dresse le portrait de ces filles perdues, Griseta, Francesita, Claudinette, La Negra, María, attendrie par cette époque terrible, univers nostalgique suffisamment éloigné pour que la sympathie s'exprime sans regrets... La présence canaille de Sanseverino sur Au paradis perdu de François Béranger y a toute sa place, tout comme Katerina Fotinaki interprétant Anibal Troílo. Sur le premier CD, Louise Jallu joue seule ou avec ses invités. On croise ainsi Tomás Gubitsch à la guitare, Anthony Millet à l'accordéon, César Stroccio au bandonéon, Claude Tchamitchian à la contrebasse, et sur Claudinette Claude Barthélémy joue du oud. Nous avions découvert le quartet sous chapiteau lors du beau spectacle équestre de la Compagnie Pagnozoo délicatement mis en scène par Anne-Laure Liégeois. Le double album possède une parfaite homogénéité où la virtuosité se cache toujours sous une apparente simplicité due au naturel de la jeune musicienne dont on peut s'attendre à des surprises pour l'avenir.

→ Louise Jallu,
LOUISE JALLU QUARTET - FRANCESITA © JalluProd JalluProd
Francesita, 2cd Klarthe, dist. Harmonia Mundi/Pias, à paraître le 6 avril 2018

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