Shirley Clarke, réalisatrice majeure de l'avant-garde

La réalisatrice Shirley Clarke est une figure majeure du cinéma d'avant-garde américain. Deux de ses films principaux ressortent aujourd'hui en DVD, remasterisés par Milestone et publiés en France par Potemkine.

La réalisatrice Shirley Clarke est une figure majeure du cinéma d'avant-garde américain. Deux de ses films principaux ressortent aujourd'hui en DVD, remasterisés par Milestone et publiés en France par Potemkine.


Unité de temps, unité de lieu, The Connection fut en 1959 le premier succès du Living Theater avant que Shirley Clarke s'empare de la pièce de Jack Gelber pour réaliser deux ans plus tard le faux documentaire d'un cinéaste imaginaire qui entre de temps en temps dans le cadre. Les comédiens s'adressent souvent à la caméra pour jouer leur rôle de junkies en manque attendant leur dealer. La mise en scène et leur jeu un peu théâtral, la plupart étaient présents dans la version originale, confèrent à ce concentré de vie new-yorkaise branchée et sordide la distance de la fiction. Quatre d'entre eux accompagnent l'action en jouant en direct des morceaux hard bop, le jazz étant à l'époque souvent associé à l'héroïne. Le compositeur Freddie Redd est au piano, Jackie McLean au sax alto, Michael Mattos à la basse et Larry Ritchie à la batterie. The Connection est probablement un des films les plus jazz de l'histoire du cinéma. Tourné sur vingt ans, le dernier film de Shirley Clarke sorti en 1985 sera d'ailleurs Ornette Coleman: Made in America.

Troisième d'une sorte de trilogie dont le second est The Cool World (musique originale composée par Mal Waldron et interprétée par le Dizzy Gillespie Quintet en 1963), Portrait of Jason doit beaucoup à la personnalité d'Aaron Payne dit Jason Holliday, artiste de cabaret noir et prostitué gay particulièrement extraverti. Filmé durant une nuit de décembre 1966 dans le salon de la suite du Chelsea Hotel de Shirley Clarke, le documentaire souligne cette fois encore la mécanique du tournage. La présence hors-champ de la réalisatrice et de Carl Lee (le dealer de The Connection) est explicite, contrariant le concept de cinéma-vérité auquel on l'associe abusivement et dont le sens est absurde car le cinématographe s'affranchit du réel dès que "ça tourne". Au montage la réalisatrice comprendra qu'elle doit conserver la présence de l'équipe et les aléas du tournage. Au travers du long monologue autobiographique qu'il met lui-même en scène Jason, ivre, raconte sa vie en faisant son numéro, opportuniste décidé à s'intégrer d'une manière ou d'une autre à la société blanche de son époque. L'essence-même de la fiction et du documentaire se révèlent à l'écran dans une confrontation de fantasmes et de mensonges où la réalité quotidienne émerge sous ses appâts les plus crus.

Les deux DVD sont accompagnés de divers bonus : photos de tournage, interview de Shirley Clarke de 1956 et trois courts métrages chorégraphiques : Bullfight (1955), Buttefly (1967), Trans (1978, sur une musique de Morton Subotnick).

On peut regretter que Rome is Burning, le Cinéastes de notre temps enregistré à Paris en janvier 1968 avec Shirley Clarke et réalisé par Noël Burch et André S. Labarthe n'ait pas été réédité alors qu'une VHS était sortie en 1996. Filmés avec la perche dans le champ (l'esprit était là !), figuraient autour d'elle Burch, Rivette, Jen-Jacques Lebel et Yoko Ono allongés dans des coussins profonds...

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