S'il ne restait qu'un chien

Dans "S'il ne restait qu'un chien" (livre+CD) la ville du Havre parle avec les mots de révolte de Joseph Andras et la voix de basse gutturale de D' de Kabal. Accompagnant cette métonymie, Franco Mannara et Raphaël Otchakowsky rythment le slam de leurs tranchants ostinatos. La traite des Noirs, les luttes sociales et la guerre dessinent l'histoire terrible de la ville d'Édouard Philippe !

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Écouter D' de Kabal autre part que dans ses œuvres met à la fois l'accent sur le texte et interroge sur le parti-pris de sa voix de basse gutturale. D' se l'est fabriquée comme tout musicien travaille le timbre de son instrument. Il en a une pour la ville et une autre pour la scène. Celle-là va chercher Lucifer, un diable bienveillant, du côté du peuple et des opprimés. On est sur le ring. La monotonie du slam, ses monocordes vocales, joue sur le rythme des consonnes assénées comme des coups de poing, directs et uppercuts vus sous l'angle du vainqueur. Les deux autres membres du TRIO•SKYZO•PHONY, Franco Mannara et Raphaël Otchakowsky, jouent les soigneurs, accompagnant la voix du Havre, une métonymie qui parle par celle de D'. Leur musique suit les ostinatos, répétitive, inéluctable.

S'il ne restait qu'un chien © Joseph Andras D' de Kabal
L'auteur, Joseph Andras, nous évite au moins les alexandrins. La ville du Havre raconte son passé à la première personne du singulier. Histoire singulière de la traite des Noirs, des insurrections révolutionnaires, des luttes sociales et de la guerre, loin de l'image dorée du commerce international. La mise en pages du livre, car c'est un petit fascicule littéraire avant d'être un CD, le second glissé dans une fente du premier, joue des "à la ligne" qui scandent ce récit épique écrit en janvier dernier entre la France et la Kanaky. Andras, que l'on connaît pour avoir refusé le Prix Goncourt du premier roman 2016, vit au Havre. Il dissèque sa ville avec rage dans une leçon d'anatomie au scalpel et à la machette. La société en prend pour son grade. Derrière les façades de cette ville gérée par notre nouveau premier ministre bien réac, ses entrailles révèlent une histoire terrible. Le titre S'il ne restait qu'un chien fait-il référence à la sublime autobiographie du compositeur Charlie Mingus traduite en français sous celui de Moins qu'un chien ou à la chanson de Léo Ferré, manifeste qui a donné naissance au spoken word à la française ? Aux deux probablement. Une poésie de la révolte.

→ Joseph Andras par D' de Kabal, S'il ne restait qu'un chien, Actes-Sud, Livre + CD, 19€

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