Tendresse africaine

Musique de nuit, le nouvel album du violoncelliste Vincent Segal et du joueur de kora Ballaké Sissoko, porte bien son nom. Il raconte la magie de la nuit et accompagne nos rêves comme si nous étions allongés à côté des deux musiciens, sur le toit de la maison de Ballaké à Ntomikorobougou, quartier de Bamako, où fut enregistrée la première partie du disque.

Musique de nuit, le nouvel album du violoncelliste Vincent Segal et du joueur de kora Ballaké Sissoko, porte bien son nom. Il raconte la magie de la nuit et accompagne nos rêves comme si nous étions allongés à côté des deux musiciens, sur le toit de la maison de Ballaké à Ntomikorobougou, quartier de Bamako, où fut enregistrée la première partie du disque. J'ai souvent pensé que l'on devrait intégrer les sons parasites pendant les séances de studio au lieu de chercher à les nettoyer des signes de la vie. La plupart du temps il ne subsiste que la musique, c'est déjà pas mal, mais la présence humaine fait défaut. J'adore entendre les grincements des doigts sur les cordes d'une guitare, l'enfoncement des boutons de l'accordéon, et ici un mouton, la circulation, un train ou de petits bruits que je ne réussis pas à identifier, mais qui me transportent au Mali au delà du plaisir de l'écoute. On me raconte que ce ont les ailes d'une chauve-souris, un tapis de prière qu'on secoue, une voiture de police... Il était plus de minuit, il faisait probablement chaud, on voyait les étoiles, Vincent et Ballaké étaient entourés de quelques amis, la famille peut-être, alors ils ont joué pour être bien, ensemble. Peu de prises leur ont été nécessaires, car ils se connaissent depuis longtemps. Le reste de l'album a été enregistré pendant une journée au Studio Bogolan fondé par Ali Farka Touré. La griotte Babani Koné s'est jointe à eux sur Diabaro, voix merveilleuse portée par la magie des deux discrets virtuoses...

Autre nouveauté du label NøFørmat, l'album de Blick Bassy possède la même tendresse, mais cette fois c'est plutôt le soir. Le tempo est plus rapide. Les chansons de Akö sont en langue bassa, l'une des 260 langues du Cameroun en voie de disparition. Timbre haut et voilé, rythmes rappelant ceux qu'emportèrent avec eux les esclaves en route vers les Amériques, hommage africain au bluesman Skip James, Blick Bassy s'accompagne à la guitare. Le violoncelle de Clément Petit et le trombone de Fidel Fourneyron (qui vient d'enregistrer un audacieux album solo chez Umlaut et que l'on retrouve invité sur le dernier Papanosh autour de Mingus chez Enja) le soutiennent avec tant de gentillesse. Sur Aké l'harmoniciste jazz Olivier Ker Ourio les rejoint tandis que Nicolas Repac pose ses samples sur Wap do Wap, One Love et Kiki. Musique planante comme nombreuses productions de NøFørmat, il suffit de frotter la lampe sur la platine pour que le tapis s'envole vers des contrées où la terre a gardé toute sa magie...

→ Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Musique de nuit, NøFørmat, CD 15€ (bientôt en vinyle)
→ Blick Bassy, Akö, NøFørmat, CD 15€, LP 19€
→ Fidel Fourneyron, High Fidelity, Umlaut (sortie le 12 novembre)
→ Papanosh, ¡ Oh Yeah Ho ! avec Fidel Fourneyron et Roy Nathanson, Yellow Bird/Enja, 16,09€

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