Constantine, dans la famille Ceccaldi

Constantine est une fresque grandiose, quasi cinématographique, à la manière des sagas familiales où l'on suit les aventures de plusieurs générations, leurs rêves et déconvenues. L'histoire du grand-père du violoniste Théo Ceccaldi et de son frère, le violoncelliste Valentin Ceccaldi, habitera leur père, Serge Ceccaldi, compositeur de musique pour le théâtre...

Constantine est une fresque grandiose, quasi cinématographique, à la manière des sagas familiales où l'on suit les aventures de plusieurs générations, leurs rêves et déconvenues. L'histoire du grand-père du violoniste Théo Ceccaldi et de son frère, le violoncelliste Valentin Ceccaldi, habitera leur père, Serge Ceccaldi, compositeur de musique de scène, essentiellement pour le théâtre. Les traces du départ précipité de Constantine pendant la guerre d'Algérie marque forcément les deux frères qui rendent un hommage bouleversant à leur père qui avait deux ans au moment de l'émigration. Avec le pianiste Roberto Negro et surtout le saxophoniste ténor Quentin Bardiau, ils arrangent les compositions de leur papa avec l'invention dont nous a habitués le Tricollectif. Font aussi partie du Grand Orchestre du Tricot l'auteur Robin Mercier, le saxophoniste-clarinettiste Gabriel Lemaire, le guitariste Guillaume Aknine, les batteurs-percussionnistes Florian Satche et Adrien Chennebault.


Mais pour que le Scope en Technicolor acquiert toute sa dimension, il leur fallait des têtes d'affiche "bankables" ! Ainsi les invités se succèdent au gré des plages : la trompettiste Airelle Besson, le clarinettiste Yom, le saxophoniste soprano Émile Parisien, le saxophoniste-chanteur Thomas de Pourquery, le bandonéoniste-clarinettiste basse Michel Portal, le performeur Fantazio, les chanteurs Abdullah Miniawy et Leïla Martial... Tous et toutes jouent le jeu, probablement émulé/e/s par la présence de cet all-stars à la française et l'émotion lyrique des deux fistons.


Écoutons Théo :
« Notre papa, ça toujours été le plus fort d’abord ! Pour résoudre des énigmes, pour construire des maisons, même en bois, pour se rebeller contre l’autorité, organiser des manifs, des spectacles à 300 sur scène, réparer des tracteurs ou des camping-cars, nous engueuler pour bosser notre violon et violoncelle, pour tout analyser, tout décrypter, composer des opérettes, diriger des chorales, observer les oiseaux. Une sorte de MacGyver qui jouerait du nickelharpa en quelque sorte…
Aujourd’hui tout pile, il a 60 ans et c’est un grand jour. C’est un grand jour car il n’y a pas loin de 12 ans, nous nous sommes mises en tête avec Valentin de lui faire une méga-surprise. Comme le bougre n’est pas le dernier pour imaginer des folies, il fallait frapper fort : arranger et enregistrer sa musique pour en faire un disque nous semblait être une belle entreprise.
De la musique, il y en avait plein les tiroirs, les étagères du grenier, les disques durs du vieil Atari, près de 600 œuvres qui dormaient dans la maison en bois, jamais déposées à la Sacem, jamais ou presque gravées sur disque. Après quelques mois de fouille discrète, de sélection, de récupération et décodage de vieux fichiers Cubase, nous nous sommes mis en quête de nous réapproprier cette matière si familière, inscrite à l’encre indélébile dans nos corps, qui a accompagné notre évolution d’humains et d’artistes. Petit à petit en creusant, en remontant la source de l’histoire familiale, s’est dessinée une sorte de fil rouge, un thème. L’Algérie, Constantine le berceau, puis l’exil, terre soleil fantasmée, nostalgie heureuse et horizons fantômes.
On y aborde des sujets à la fois très personnels et universels, qui parlent de peuples éloignés de leurs terres, de leurs repères, des peuples qui ne maîtrisent pas leur destin, qui subissent les décisions venues d’en haut. parle de vie de la conseil qui transforment la réalité au fur et à mesure des années. On y parle de vies oubliées, de la pensée qui transforme la réalité au fur et à mesure des années. On y parle de mémoire, de souvenirs impalpables et vaporeux, que l’on cherche à ressaisir en vain. Ce disque c’est à lui, nous, l’histoire de notre famille et cette nécessité de bâtir entre les humains, les disciplines, les musiques,, sûrement les ponts de Constantine.»


Sans manichéisme l'Histoire se déroule. Fantazio évoque Frantz Fanon et la violence coloniale, Thomas de Pourquery popise en anglais, Leïla Martial s'envole, Portal tangote, et tous les solistes de rivaliser de lyrisme, soutenus par la puissance du Tricot !

→ Théo & Valentin Ceccaldi, Constantine, CD Brouhaha, dist. L'autre distribution, sortie reportée au 11 décembre 2020

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.