Jean-Jacques Birgé
Compositeur de musique, cinéaste, écrivain, etc.
Abonné·e de Mediapart

2994 Billets

2 Éditions

Billet de blog 30 déc. 2015

Crépuscule de l'Histoire

J'ai longtemps revendiqué de ne pas m'intéresser à l'information au profit de l'Histoire. Cela avait justifié que je ne regarde plus la télévision, me désabonne des quotidiens et me coltine Le Monde Diplomatique de la première à la dernière page, épreuve douloureuse mais nécessaire !

Jean-Jacques Birgé
Compositeur de musique, cinéaste, écrivain, etc.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

crepuscule-de-l-histoire

J'ai longtemps revendiqué de ne pas m'intéresser à l'information au profit de l'Histoire. Cela avait justifié que je ne regarde plus la télévision, me désabonne des quotidiens et me coltine Le Monde Diplomatique de la première à la dernière page, épreuve douloureuse mais nécessaire !
Une déconvenue personnelle concernant ce fameux mensuel m'a plus démoralisé que de découvrir la personnalité paranoïaque du candidat Front de Gauche après les élections présidentielles. Un surprenant storyrtelling me concernant m'a empêché de continuer d'y publier des articles pourtant déjà commandés (en particulier une énorme enquête sur la vie des musiciens de jazz en France), jetant un doute profond sur les coulisses de la pensée (le fait que j'écrive ici n'y est pas non plus complètement étranger). Mon implication aux élections municipales a de même révélé que l'arène politique ressemblait plutôt au marché de l'embauche. Je me suis naïvement consolé en me souvenant que pendant le Siège de Sarajevo personne n'y parlait jamais politique, mais philosophie et poésie... Les rapports de pouvoir minent les rapports humains et éclairent la réécriture de l'Histoire comme de nos petites histoires.
Je savais qu'elle était écrite par les vainqueurs, mais je n'avais pas forcément perçu à quel point elle était l'apanage exclusif de la classe dirigeante qui ne relate que ses hauts faits. Elle oblitère totalement la vie du peuple en relatant essentiellement celle des têtes couronnées et les grandes batailles. Ceux qui écrivent dessinent le passé tandis que la mémoire s'éteint doucement. De génération en génération la fiction devient le réel, inoculant la culture sans que l'analyse puisse en relever les incohérences. Les religions sont le meilleur exemple de cette mécanique de l'oubli et de la foi. Pour Crépuscule de l'Histoire Shlomo Sand remonte le temps et déplie la longue suite des historiens qui s'interrogèrent progressivement sur la véracité de leur transmission.
La rigueur ne semble pas de mise en Histoire ! Pour la comprendre il faudrait d'abord envisager tous les angles, à savoir s'échapper de la mythistoire nationale, sorte de coup d'État sur la mémoire. Aujourd'hui mettre en doute l'histoire officielle revient à être traité de complotiste, terme inventé par les Américains au lendemain du 11 septembre 2001. Il suffirait pourtant de comparer par exemple les informations télévisées françaises, américaines, russes, syriennes, turques, saoudiennes, iraniennes, israéliennes, libanaises, libyennes, etc. pour se faire une idée du conflit au Moyen Orient. Mais cette diversité contradictoire ne suffirait pas, il faudrait accumuler les témoignages de celles et ceux qui sont sur le terrain, qu'ils y vivent quotidiennement ou le fuient, etc. Pour se faire une idée un peu plus juste il ne suffit pas de comprendre de quoi il s'agit, mais de regarder qui en parle. À quelle classe sociale appartiennent les historiens qui nous ont transmis ces informations ? Par exemple, les prêtres longtemps, la bourgeoisie plus récemment...
Face aux réflexions de Shlomo Sand, professeur à l'Université de Tel-Aviv, qui se demande si l'on peut encore enseigner l'Histoire, on se met à douter de tout ce que l'on nous a appris dans les livres scolaires. À qui profitait ce qui nous était inculqué, du sentiment national au fantasme social de la réussite ? Existe-t-il même une réalité ou l'Histoire est-elle un fantastique récit de fiction servant les intérêts des uns et des autres ? Une étude scrupuleuse des textes, un regard large et non exhaustif sur les sources, entendre plurinationales, une interrogation pluridisciplinaire du passé, associant par exemple la sociologie, la psychanalyse, l'éthologie, permettrait probablement de nous approcher non seulement des faits, mais également de leur manipulation systématique, instrument de contrôle des peuples par une poignée de marionnettistes agissant sous couvert de science, ce que l'Histoire n'est définitivement pas.
→ Shlomo Sand, Crépuscule de l'Histoire, Flammarion Documents et Essais, 23,90€

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À LR, des alertes jamais vraiment prises au sérieux
L’affaire Damien Abad concerne d’abord la majorité d’Emmanuel Macron qui l’a promu ministre. Mais elle interpelle aussi son ancien parti, Les Républicains, alors que plusieurs élus affirment avoir été alertés de longue date.
par Lénaïg Bredoux et Ilyes Ramdani
Journal — Politique
Le « parachutage », révélateur des dilemmes de la représentation
Les élections législatives fourmillent de cas de « parachutages ». Volontiers dénoncés, sont-ils si choquants ? La pratique, parfois assumée, n’a pas toujours été mal vue par le passé. Si elle reste sulfureuse, c’est à cause des failles de la représentation dont elle est le symptôme. 
par Fabien Escalona et Ilyes Ramdani
Journal — International
Au Pakistan, la température frôle les 50 °C et accable les plus pauvres
Classé en 8e position parmi les pays les plus à risques face au changement climatique, le Pakistan vient de subir une vague de chaleur quasi inédite. D’Islamabad à Karachi, des millions de personnes ont fait leur possible pour assurer le quotidien dans des conditions extrêmement difficiles.
par Marc Tamat
Journal — Écologie
Planification écologique : un gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
L’Âge de pierre, de terre ou de raison ?
Le monde du BTP doit se réinventer d’urgence. Les récents événements internationaux ont révélé une nouvelle fois son inadaptation face aux crises de l’énergie et des matières premières. Construire avec des matériaux locaux et peu énergivores devient une évidence de plus en plus difficile à ignorer pour ce secteur si peu enclin au changement.
par Les Grands Moyens
Billet de blog
Quartier libre des Lentillères : construire et défendre la Zone d’Ecologies Communale
« Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation. » Des architectes, urbanistes, batisseurs, batisseuses publient une tribune de soutien aux habitants et habitantes du Quartier libre des Lentillères à Dijon.
par Défendre.Habiter
Billet de blog
L'espace public, un concept « vide » ?
Comme le souligne Thierry Paquot dès l’introduction de son ouvrage, « l’espace public est un singulier dont le pluriel – les espaces publics – ne lui correspond pas. » Alors que le premier désigne grossièrement la scène du débat politique, les seconds renvoient à une multiplicité de lieux (rues, places, jardins, etc.) accessibles à tous et la plupart du temps relevant d’une propriété collective.
par Samuel PELRAS
Billet de blog
Raphaël Boutin Kuhlmann : « Les coopératives locales portent l'intérêt général »
Parti s’installer dans la Drôme en 2016, où il a fondé la coopérative foncière « Villages Vivants », Raphaël Boutin Kuhlmann est devenu une figure des nouvelles manières de faire territoire. Dans cet entretien, il revient sur la nécessité de penser autrement l’intérêt général et sur les espoirs qu’il place, face aux crises contemporaines, dans l’innovation et le lien dans les villages.
par Archipel des Alizées