Biche, ô ma biche…

La nature nous renvoie une image critique de notre humanité. Car là où l’homme passe la nature trépasse. Si les minéraux, immuables depuis des millénaires, du moins à l’œil nu, un peu comme les étoiles qui trouent le linceul qui nous recouvre à la nuit tombée, rappellent notre éphémérité, les autres animaux que nous-mêmes impliquent un changement d’angle. Les végétaux ne sont pas en reste...

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La nature nous renvoie une image critique de notre humanité. Car là où l’homme passe la nature trépasse. Si les minéraux, immuables depuis des millénaires, du moins à l’œil nu, un peu comme les étoiles qui trouent le linceul qui nous recouvre à la nuit tombée, rappellent notre éphémérité, les autres animaux que nous-mêmes impliquent un changement d’angle. Les végétaux ne sont pas en reste dès lors que l’on a un peu d’imagination ou d’ouverture d’esprit. Les végétariens réagissent simplement par mimétisme et anthropomorphisme. Un arbre naît, vit et meurt, il peut souffrir et certains communiquent entre eux sans rhizomes apparents par l’on ne sait quel mystère. L’hyperactif que je suis en milieu urbain devient contemplatif face à la beauté des paysages naturels et je n’ai pas de plus grand plaisir que d’admirer les bestioles qui s’y meuvent.
D’habitude lorsque nous prenons nos quartiers d’été dans la montagne, loin de la foule et de la lumière électrique, entendre que la vallée offre un panorama sans trace humaine et que la nuit le ciel sans lune s’allume de milliers d’étoiles, je n’évoque là que ce que je vois, les voisins les plus proches parlent des biches qui passent le soir devant ou derrière notre grange sans que j’en profite jamais. Il y a bien les buses et l'aigle royal, les vautours fauves, les gypaètes barbus et les percnoptères d’Égypte, le grand duc d'un soir, les chocards à bec jaune et les perdreaux, les lézards et les mouches, un isard par ci par là, les vaches ou les moutons quand le vacher ou le berger leur font tondre le gazon abrupt, mais ces damnées biches, jamais ou presque. Nos deux chats font un carnage en chassant campagnols, mulots et musaraignes, dont ils font souvent ripaille, et cette année le compost attire des dizaines de mésanges nonnettes. Le vent qui soufflait vers nous nous a permis de surprendre deux grands renards en train de jouer. Mais les biches ?

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Et bien cette fois nous avons été vernis. Chaque soir elles sont sorties du bois, accompagnées par un ou deux cerfs, s’approchant très près de nous. La nuit ma nouvelle lampe torche à led m’a même permis d’allumer leurs yeux dans l’obscurité. J’ai d’abord cru à notre chat Django, mais alors ils étaient deux. En grimpant quelques mètres je suis tombé sur une dizaine de paires de billes brûlantes qui me fixaient sans bouger, se remettant tranquillement à brouter comme si nous n’étions pas là. Magie de l’aube et du crépuscule où leurs silhouettes graciles s’élancent soudain, magie de la nuit où les photophores sont remplacés par un cul blanc si l’on peut s’en approcher assez. Nous avançons discrètement et les suivons pendant un quart d’heure tandis que minuit a sonné depuis longtemps. Django nous accompagne. Nous rentrons nous coucher, croisant Oulala qui rejoint son copain pour une danse macabre qui se termine chaque matin lorsque je ramasse les corps intacts ou dévorés dans le salon carrelé. Il restera toujours l’ours puisque la grange est située sur son passage et que l’abreuvoir est un point de ralliement de tous les mammifères dont nous faisons partie. Quant au grand tétras ou coq de bruyère qui justifie que nous soyons en Natura 2000, mieux vaut ne même pas y penser… Encore qu’ici on aura tout vu, même une vache voler, pour de vrai, mais ça c'est une autre histoire !

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