Agrandissement : Illustration 1
Le 20 décembre dernier j'avais reproduit trois planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco intitulées Never Again!.. And Again… And Again… (Plus jamais ça...) et acquis un des croquis exposés jusqu'au 10 janvier à la Galerie Martel en soutien aux journalistes palestinien/nes. Adhi Vroumah me signala aussitôt que les planches en question seraient reproduites en français dans le livre 100 dessins pour Gaza qui réunirait 126 dessinateurs/trices de presse, illustrateurs et auteurs BD du monde entier pour dénoncer le génocide en cours, et publié par les Éditions Massot. J'ai donc reçu hier l'ouvrage dont les droits d'auteur/ices et bénéfices seront reversés aux journalistes palestinien/nes. Au moment de son impression, 250 journalistes avaient déjà été tués et plus de 500 blessés par l'armée israélienne qui interdit tout accès à la presse internationale sur ce territoire.
Cela m'ennuie de ne citer aux côtés de Spiegelman et Sacco qu'Altan, Aurel, Ben Jennings, Angel Boligán, De Moor, Emil Ferris, Philippe Geluck, Marilena Nardi, Siné, Ann Telnaes (prix Pulitzer 2025), Willem, Winshluss, Wozniak, Mohammad Sabaneeh, Safaa Odah alors qu'ils sont plus d'une centaine, à l'initiative de Sié, dessinateur de presse ayant travaillé pour Siné Mensuel, Causette et Médiapart.
La qualité des dessins de presse est la concision des éléments pour produire une réflexion profonde. Qu'ils jouent sur la terreur, l'empathie ou l'humour, la dialectique du montage y est contenue tout entière par un jeu de références qui renvoient à notre compréhension des enjeux. Certains jouent sur les mots, d'autres détournent une évidence. L'effet doit être rapide et durable. Organisés alphabétiquement, la suite des scènes produit néanmoins des effets étonnants.
La dénonciation du laisser faire de la plupart de nos gouvernements est consternant. L'horreur tient-elle de l'absurde ou d'un calcul cynique pire que tout ce qu'on peut imaginer ? Chacun/e y répond à sa façon le temps et l'espace d'une page. La somme des interventions témoigne d'un fossé entre la mobilisation de la société civile et les politiciens élus par les peuples dans des démocraties qui n'en ont que le nom. L'ouvrage est si dense et puissant qu'il nécessite que l'on y revienne en plusieurs fois, goutte à goutte du sang versé par des assassins avec la complicité de la plupart de nos dirigeants et de ceux dont ils sont les pantins.