CoViD-19 – 16 cacophonies, assassin et compagnie

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Je pensais oublier un peu la CoViD pendant quelques jours mais le désastre nous rattrape vite. Le désastre ce n’est pas tant l’épidémie elle-même que la façon dont les gouvernements gèrent cette crise. À l’instar ou à l’imitation des journalistes je pourrais me lancer dans des comparaisons entre pays, mais cela ne m’apparaît pas apporter un éclairage intéressant sur ce qui se passe dans notre pays. Toutefois, il faut souligner la différence entre les pays d’Asie auquel on joindra l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui ont mis en place dès le départ des politiques extrêmement dures voire coercitives pour lutter contre la pandémie et qui semble-t-il obtiennent des résultats assez satisfaisants. La France, au prétexte que nous ne sommes pas dans un pays « autoritaire » (comme si c’était le cas pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande), on fait le choix de mesures moins restrictives moins coercitives une 3ème voie.

 

La France, en particulier, vue par un président de la République qui pense que tous les Français sont rebelles et hostiles à toutes les mesures qui pourraient restreindre où contraindre leur vie, a fait le choix ces derniers mois de mesures extrêmement légères pour lutter contre une pandémie dont les ravages vont pourtant croissant de jour en jour ; le 26 mars on dénombrait 50% de classes fermées pour cause de CoViD et 41% d’élèves contaminés de plus que la semaine précédente mais, disait la porte-parole de LREM, « la France peut s’enorgueillir de maintenir ses écoles ouvertes ». C’est donc la 3ème voie dont le président Macron est si fier qu’il justifie par le fait que les Françaises et les Français seraient dans un état de profonde lassitude. Certes, les sondages le montrent, les gens sont fatigués par cette crise sanitaire, pour autant ils ne sont pas opposés à des mesures strictes et contraignantes dans l’espoir d’abréger la crise. Leur lassitude est d’autant plus forte qu’ils sont fatigués par la façon dont cette crise est gérée par le gouvernement, par les discours si souvent laudateurs et si vide de sens des membres de la majorité présidentielle. En janvier 2001, après qu’ils avaient fait la fête les Français s’attendaient à un confinement, ce qui était conforme aux préconisations des scientifiques ainsi qu’à leurs prévisions d’aggravation de la pandémie. Jupiter a dit : résistez, chaque jour est un jour de gagner, sans bien ni dire ni même savoir sur quoi on gagnait.

 

Le premier confinement il y a un an a été extrêmement dur mais a assez rapidement porté ses fruits ; on a vu le taux d’infection baisser. Mais, le président de la République s’est instauré virologue et infectiologue, et il a décidé, épaulé par celui qui deviendra son grand vizir ancien prêtre du déconfinement, que le 11 mai 2000 ce serait le grand relâchement. Ne voulant mécontenter personne ou plutôt voulant contenter un maximum de gens (pour conforter son image de révolutionnaire père du peuple) avec en arrière-fond l’idée de relancer l’économie au profit de ses amis de « la finance », on a décidé que tout le monde pouvait partir en vacances, que les restaurants pouvaient être rouverts, etc. Le résultat ne se fit pas attendre comme l’avaient prévu les scientifiques et notamment le conseil scientifique, à partir de la rentrée de septembre l’épidémie a à nouveau flambé. Je ne retracerai pas dans le détail ce qui s’est produit depuis fin septembre jusqu’à fin décembre avec notamment le grand relâchement de la période des fêtes de Noël et de fin d’année. Finalement de cette période-là on pourrait retenir qu’à vouloir faire plaisir à tout le monde on ne fait finalement plaisir à personne, qu’à ne pas vouloir prendre des mesures sérieuses on laisse la crise s’emballer, qu’on lasse, qu’on se décrédibilise et qu’on perd la confiance des citoyens. Au bout ce seront toujours les plus défavorisés qui payeront le prix fort de la négligence ou de l’obstination inintelligente des gouvernants.

 

Ce qui caractérise le début de l’année 2021 c’est une grande cacophonie dans la gestion de la crise. Le président de la République n’a pas voulu prendre de mesures fortes à la fin de l’année 2000 alors que tout le monde s’y attendait, personne ne se serait vraiment opposé à un confinement en janvier 2021. Le président de la République avec son gouvernement soutenu par les députés LREM, qui propagent de plateaux de télévision en plateau de télévision les éléments de langage préparés par les communicants de la présidence de la République, a préféré tout miser sur une improbable vaccination. La campagne de vaccination a débuté sans que rien ne soit réellement prêt : ni le personnel, ni la logistique. Mais déjà à cette époque le ministre de la Santé proclamait haut et fort qu’il ne voulait pas de vaccinodromes parce qu’il était hors de question que les gens attendent dans le froid, comme si nous n’avions pas de lieux susceptibles de recevoir dans de bonnes conditions les gens qui seraient venus se faire vacciner. En fait l’analyse de la situation montre que notre pays ne disposait pas de suffisamment de doses de vaccin, en outre des difficultés de conservation, de transport et de manipulation du vaccin ; les lieux de vaccination devaient être en nombre restreint pour que la vaccination puisse se faire : l’hôpital et les Ehpad. Puis vint le moment vous espérant des doses supplémentaires d’un autre vaccin plus facile à transporter et à conserver qui finit par venir le gouvernement sollicita les médecins de ville qui se portèrent massivement volontaires pour vacciner. Le jour venu près d’un tiers des médecins qui s’étaient portés volontaires ne répondirent pas à l’appel. Alors, sans doute pour sanctionner ces médecins le gouvernement décida que désormais ce seraient les pharmaciens qui vaccineraient. En même temps on ne retirait pas aux médecins la possibilité de vacciner simplement on leur annonça tardivement dans le week-end, après une semaine de vaccination, qu’ils ne recevraient pas les doses pour la semaine d’après ; lors d’une interview sur une radio le directeur général de la santé au ministère éponyme que celles-ci seraient réservée aux pharmaciens. Là, les suppôts du macronisme comme ce journaliste sur France Info tirèrent à boulets rouges sur les médecins qui n’avaient pas tenu leur promesse ; ce journaliste de France Info n’allait‑il pas jusqu’à dire que si les médecins n’avaient pas répondu présents il était normal qu’on leur retire la possibilité de vacciner, en somme qu’il était normal de les sanctionner. Personne ni au gouvernement et ni chez la plupart des journalistes nous s’inquiéta de chercher les raisons pour lesquelles des médecins n’avaient pas répondu présents. Il y en avait des raisons : le fait qu’ils devaient passer par un pharmacien référent qui leur donnerait les doses comme si on ne pouvait pas livrer directement chez les médecins, la difficulté pour certains à établir des contacts avec les personnes susceptibles de se faire vacciner car tous ne disposent pas d’un secrétariat pour s’occuper de cette tâche, et puis plus prosaïquement on peut penser que certains d’entre eux étaient en vacances ou malades, sans oublier que certains ont déclaré forfait face aux difficultés pratiques et administratives. On aurait pu simplement continuer avec les médecins sans lancer cet anathème et cette restriction stupide, tout en livrant des vaccins aux pharmaciens qui auraient vacciné comme cela était permis ; mais l’analyse montre qu’il n’y avait pas suffisamment de doses pour servir à la fois les pharmaciens et les médecins, et du côté du gouvernement il fallait bien servir le lobby professionnel des pharmaciens comme l’a dit le directeur de la santé : « il en faut pour tout le monde ». D’ailleurs dans un grand emballement tout d’un coup tout le monde peut vacciner : les vétérinaires, les dentistes, les pompiers, et pourquoi pas demain les enseignants, les aides à domicile, les éducateurs spécialisés… Je n’ai pas vu que les vétérinaires aient réclamé à devenir vaccinateurs même s’ils se sont, dès l’automne derniers, dits prêts et ils ont les compétences techniques pour vacciner. Concernant les pompiers qui n’ont pas cette compétence et qui ne pourront le faire qu’à la condition que leur médecin qui en règle générale est un médecin généraliste de ville, soit là pour préparer les seringues, on peut penser qu’il y a une entreprise de lobbying de la part de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers et la volonté du ministère de l’Intérieur de leur faire plaisir en même temps que serait caresser le doux espoir qui puisse être des électeurs favorables à l’actuel gouvernement. Il est bien évident que l’on ne contestera pas les compétences des sapeurs-pompiers en matière d’organisation logistique, mais ils ne sont pas formés à la pratique d’actes médicaux combien même il s’agirait que d’une simple injection intramusculaire, et on peut penser que mobilisés par la vaccination ils ne seront pas disponibles pour les tâches qui leur incombent ordinairement. Mais, les services des sapeurs-pompiers, bien moines onéreux que ceux des personnels de santé, feront faire d’importantes économies à la Sécurité sociale. Pour le gouvernement il s’agit de montrer qu’il agit fort, peu importe l’efficacité des actions, et pour le président de la République dont on sait l’appétence pour les coups de communication, il ne peut pas à quelques mois des élections régionales et à un an de l’élection présidentielle, ne pas montrer son omniprésence et un activisme effréné dans une espèce de bulle paternaliste. Alors on multiplie les lieux de vaccination et on confie à un maximum de gens, surtout des gens « médiatiquement correctes » comme les sapeurs‑pompiers, la tâche de vacciner. Ce fut le cas lors d’un week-end mémorable où, voulant utiliser 440 000 doses qui sans qu’on sache pourquoi elles n’avaient pas été utilisées la semaine précédente, on a ouvert de nombreux centres de vaccination dans certains départements ; bien sûr la presse en rendit largement compte, le buzz était là. Puis après : rien, les doses n’étaient plus là, on revenait à une pratique que je qualifierais de classique avec les seuls professionnels de santé pour vacciner, d’autant qu’à la suite du décès d’un de leurs camarades les pompiers des Bouches du Rhône décidèrent de ne plus vacciner sans même savoir si ce décès, bien que concomitant, avait pour cause le vaccin (on mesure là leur compétence scientifique et médicale).

 

Puis ce fut l’interruption brutale de la vaccination par le vaccin Astra Zeneca, celui-là même qui permettait l’ouverture de multiples centres de vaccination en raison de procédures de manipulation et de conservation plus simples. Face aux décisions intempestives d’arrêter la vaccination prises par certains gouvernements en raison de 5 décès et d’une trentaine d’incidents sur 5 millions d’injections, le président Macron avait annoncé qu’il ne suspendrait pas la vaccination, qu’aucune raison scientifique lui permettait de le faire, et soudain suivant comment caniche l’Allemagne il décida qu’on ne vaccinerait plus pendant quelques jours avec ce vaccin. Il prétexta de s’inclure dans une politique européenne, que nenni seulement 12 pays sur les 27 avaient suspendu la vaccination : où était la politique européenne ? Puis l’agence européenne suivie par l’agence française du médicament donnèrent leur feu vert pour la reprise de la vaccination qu’elles n’avaient jamais demandé qu’elle soit suspendue. Mais comme il fallait bien donner un quitus au président de la République, en France ont mis quelques mesures restrictives à l’usage de ce vaccin qui tout d’un coup ne pouvait plus s’adresser au moins de 50 ans. On a ainsi perdu 10 jours de vaccination : il a fallu attendre la nouvelle autorisation puis reprogrammer les rendez-vous et attendre la livraison des doses. Voilà, un coup c’est comme ça, un coup c’est autrement, les annonces arrivent tardivement ne montrant aucune cohérence entre elles et laissant penser qu’il y a beaucoup d’incompétence au sommet de l’état dans la gestion de cette crise sanitaire.

 

Alors, ce qui devait arriver arriva, puisqu'il n'y avait pas eu de mesures fortes à la fin de l'année dernière et au début de cette année, puisque la vaccination ne pouvait pas « mathématiquement » avoir eu des effets massivement positifs (population vaccinée trop restreinte, manque de vaccin), l'épidémie s'emballe à nouveau d'autant mieux qu’étaient apparus plusieurs « variants » dont un particulièrement agressif appelé le variant anglais. Il aurait fallu alors prendre des mesures extrêmement fortes comme un confinement drastique au moins dans les régions les plus infectées. Jupiter en décida autrement on rétrécit le couvre-feu d'une heure, on ne limitait pas le temps de sorties mieux on les autorisait dans un rayon de 10 kilomètres, on allongea de jour en jour la liste des commerces autorisées à ouvrir répondant ainsi à la pression des lobbies plus qu’à la raison, bref c'était un confinement qui ne confine personne !

 

Une fois encore ce qui devait arriver arriva, les habitants des métropoles se sont échappés vers des zones qui n'était pas touchées par ce pseudo confinement, dans les métropoles les gens sont sortis en masse alors jusqu’à la déraison comme on l'a vu à Marseille, et l'épidémie suit son petit bonhomme de chemin puisque hier c'était 19 départements impactés par ce pseudo confinement, demain ce sera vraisemblablement 36 voire plus. Et au milieu de tout ça les gens ne savent plus : on est confiné mais on peut faire ce qu'on veut, on doit pas aller au travail et télétravailler mais les entreprises continuent à être ouvertes donc les transports en communs continuent de fonctionner avec une restriction sur la restauration d’entreprise, les commerces sont ouverts (presque tous) et puisqu'on peut circuler comme on veut et bien on se rend dans les commerces, les écoles sont ouvertes alors que l’on sait depuis quelques mois déjà que les enfants sont contaminants comme les adultes, on doit éviter les rassemblements mais le monde de la culture y compris sa ministre multiplie les rassemblements de toute nature que ce soit pour donner des décorations pour occuper des théâtres ou vient nous narguer à l'occasion des Césars (cérémonie qui cette année a particulièrement été imbuvable ), et on pourrait multiplier les exemples à foison sans compter tous les rassemblements clandestins dans les restaurants, les fêtes d'étudiants à domicile ...

 

Dans cette cacophonie un psychiatre venait expliquer sur France Info, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, que les gens ont besoin de perspectives pour vivre. Il a raison mais a‑t‑il vu combien ces perspectives données par le gouvernement tombent régulièrement à l'eau les unes après les autres. En mars 2011 on nous disait vous verrez au mois de mai, le 11 précisément, ce sera fini, tout ira bien ; on nous avait d'ailleurs dit au début que les masques ne servaient à rien pour masquer justement que nous n'en avions pas, puis en octobre on est venu nous raconter qu'il fallait à nouveau se confiner parce que rien n'allait puisqu’on avait mal déconfiné, puis on a relâché la bride pour que l'on puisse faire la fête en fin d'année... Le gouvernement raconte non seulement qu’on ne ferme pas de lits d’hôpitaux mais qu’on augmente le nombre de ceux des services de réanimation : mensonge, ne vient-on pas d’apprendre que les services de chirurgie de l’hôpital Sud de Grenoble devraient fermer dans le cadre d’une restructuration, et que les lits supplémentaires de réanimation n’existent que parce qu’on annule des opérations et qu’on réquisitionne le personnel des services... La porte‑parole de LREM vient régulièrement sur le plateau de BFM TV, tel un perroquet enrubanné, répéter les éléments de langage élyséens : on crée des lits de réanimation tous les jours ; mais ces lits ne sont pas des créations, ce sont des lits qu’on ferme dans d’autres services pour les affecter au CoViD en renvoyant les malades chez eux, ou des lits de salles de réveil qu’on mobilise en déprogrammant des interventions chirurgicales au risque de voir des pathologies s’aggraver. Force est de constater qu’à LREM on oscille entre un crétinisme rare et une malhonnêteté intellectuelle porter en étendard de la conquête politique. Puis Jupiter est venu raconter qu'il fallait tenir le coup pour éviter à tout prix le reconfinement : d'aucuns ont appelé ça le pari du président de la République ; puis le 25 mars à une heure où pensait-il personne ne serait devant son poste de télévision il est venu, devant les journalistes, expliquer que nous devons retrouver le goût du risque et celui de l’engagement ; il a oublié, ou sans doute ne l’a‑t‑il jamais su, pour prendre des risques et s’engager il faut des perspectives. Les Français n'ont pas de perspective parce qu'il se sentent trahis par le Président et sa clique, par leurs mensonges éhontés ou menés en bateau au sein de promesses à l'issue aussi incertaine qu’intenable.

 

Cela fait un an que ça dure et les gens n'en peuvent plus qu'on leur mente et que l'on fasse des paris sur le dos de leur santé ; ils sentent trop vivement que les décisions de Macron ne reposent ni sur une réflexion scientifique ni sur la raison, pas plus qu’elles ne sont rationnelles.   Alors les Français n'en peuvent plus, et ils vont de l'incivisme à la folie. Le pays sortira sûrement de la pandémie mais en raison de l'incompétence des gouvernants les Françaises et les Français paieront un lourd tribut en termes de maladies, de séquelles et de morts : maladie non traitée, mort prématurée (Axel Kahn pense que dans les trois ans à venir 13 500 personnes mourront d’un cancer mal traité, tardivement traité, alors qu’elles n’auraient pas dû mourir s’il n’y avait pas eu les déprogrammations dans les hôpitaux), troubles mentaux un nombre croissant dont une bonne part est dû à l’incertitude dans laquelle nous plonge l’incohérence gouvernementale et les conséquences des lois qu’il continue à vomir tous les jours. Macron, perclus d’orgueil et de suffisance, dépourvu de toute empathie, suivi par des affidés avides de pouvoir et de reconnaissance par le Prince, se mue petit à petit en assassin, notamment des plus démunis de notre société.

 

La gestion d'une telle crise n'est pas chose facile, mais jouer tout seul en se prenant pour le Phénix des scientifiques et en jetant sur eux l’anathème, est l'erreur la plus monumentale que puisse faire un gouvernant surtout s'il le fait au nom de son orgueil et de son ambition « électoraliste ». C'est donc bien dans les urnes que, dans quelques mois puis dans un an, se jouera une partie de l'épilogue de cette histoire car aujourd’hui les Français sont plus fatigués par l’incohérence de la gestion de la crise et par le caractère fantasque et ubuesque de pseudo‑contraintes de cette gestion que par le virus et l’épidémie

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