Le vieux monde et le monde de demain, à propos de la démission de Nicolas Hulot

Le candidat Macron avait promis de s'attaquer au « vieux monde » et d'incarner la « modernité ». La venue de Nicolas Hulot au gouvernement faisait partie de son plan marketing pour se donner à bon compte une image d'écolo. Patatras ! le ministre se rebiffe, las d'avaler des couleuvres devenues peu à peu des boas. Le roi est nu !

Au passage, la présence du lobby de la chasse dans une réunion interministérielle à l'Elysée constitue sans doute la nouvelle façon de gouverner, avec la société - enfin, avec une partie de la société, car il ne semble pas que les syndicats de salariés et les associations environnementales étaient coutumières du bureau présidentiel. A chacun ses ami.e.s .

C'est peu de dire que l'écologie a été maltraitée par ce gouvernement, nous ne ferons pas ici la longue liste des reculs ou reniements. Le discours élyséen ne peut pas masquer l'inaction et les reculs face aux lobbies. Certes, les gouvernements antérieurs n'ont pas fait mieux, et la plupart des autres pays non plus, mais cela ne fait que croître l'inquiétude face à tant d'irresponsabilité chez ceux/celles qui nous dirigent. Pendant ce temps, la disparition des espèces se poursuit à un rythme vertigineux, le bouleversement climatique est déjà là, plus vite encore qu'attendu, avec ses conséquences encore incalculables, mais que l'on sait gigantesques et sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

Pourquoi un tel décalage entre les paroles et les actes ? On ne peut pas dire qu'« on ne savait pas ». Alors, tous coupables, comme le prétend le discours dominant, les simples citoyen.ne.s comme les grands pollueurs ? Si chaque citoyen.ne a une responsabilité à travers son propre comportement, ceux qui bloquent le changement sont ailleurs, ce sont les firmes multinationales qui raisonnent en milliards, les lobbies que l'on croise dans les couloirs des cabinets ministériels et des Parlements. C'est tout un système économique capitaliste qui a envahi la planète et s'est engagé dans une fuite en avant, avalant tout sur son passage au mépris des limites. Cette oligarchie financière – puisqu'il faut l'appeler par son nom - détient aujourd'hui la réalité du pouvoir, elle fait corps avec les sommets d'un appareil d'Etat qu'elle a façonné à sa mesure et qu'elle tient sous son contrôle, par toutes sortes de moyens. Dans ce contexte, aucun Zorro ne viendra au gouvernement « sauver la planète » et les êtres qui y vivent.

Ce système est le véritable « ancien monde », celui que sert Macron. Il est ancien, parce qu'il est d'ores et déjà condamné, par ses propres limites – la planète ne négocie pas – et parce que le pouvoir de domination de l'oligarchie financière, son hégémonie, auront de plus en plus de mal à s'exercer, à mesure que le caractère parasitaire de cette classe deviendra évident. Il ne lui restera plus que la répression.

L'innovation, la fabrique du futur sont ailleurs, dans les forces qui se lèvent un peu partout dans le monde et qui esquissent une possible alternative, apportant un démenti à ceux qui prétendent que la société est allergique au changement.

Elles s'expriment dans des modes de produire et de consommer autrement en se réappropriant l'appareil de production et en pratiquant la frugalité, dans les mobilisations contre les traités de commerce qui conduisent au dumping social et environnemental, dans les luttes contre les grands projets inutiles, dans un mouvement féministe de plus en plus puissant et soucieux de jeter des ponts avec les autres mouvements, dans les initiatives de démocratie à la base et de construction des communs, dans l'accueil des migrant.e.s. Cette écologie de transformation en action est porteuse d'une nouvelle société.

Là se trouve l'avenir, la préfiguration du monde de demain. Loin de Macron « et de son monde », décidément bien vieux !

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