EELV : Au centre toute, vers l'écologie de marché !

« Le profit n'est pas incompatible avec la défense de l'entreprise » ; « je suis pour la libre entreprise, l'économie de marché », « il faut que les manifestations [des gilets jaunes] du samedi s'arrêtent ». Voilà, par la bouche de la tête de liste d'EELV aux élections européennes, le grand retour de l'« écologie de gouvernement », l'« écologie positive, pragmatique », l'écologie du concret.

« Notre objectif est de créer un mouvement qui a vocation à exercer le pouvoir », renchérit le secrétaire national du Parti.

EELV nouveau serait-il arrivé, annoncé par les succès des derniers mois des partis verts en Bavière, en Belgique et au Luxembourg et par la crise sans fin du parti socialiste ? Le fait est que cette ligne « réalo » d'EELV, qui était présente depuis de longues années au sein du parti, s'affirme désormais sans se cacher, sans crainte des critiques de l'opposition interne qui a fondu en raison des départs et qui obligeait la direction à sauver les apparences.

La mandature du président Hollande a porté le coup de grâce au parti socialiste, en lui faisant perdre le peu qui lui restait d'héritage. La création de Génération.s, sur une ligne social-démocrate « écologisée » est arrivée trop tard, et dans un paysage trop encombré pour pouvoir peser. Contrairement aux crises – nombreuses – qu'avait connues le PS dans le passé, la dernière sera la bonne et exclut toute réédition des alliances qui permettaient par le passé à EELV de participer à des gouvernements gauche-verts.

Dans ces conditions, la poursuite de la stratégie d'EELV de réformes « pas à pas » par la voie principalement électorale implique la recherche d'alliances majoritaires à l'allemande, tantôt à droite, tantôt à gauche. C'est, au fond, la poursuite d'une politique d'accompagnement du système, dans le nouveau contexte, qui conduira peu à peu le parti à abandonner ce qui reste de radical, dans son discours surtout. Le soutien exprimé aujourd'hui à l'économie de marché montre que cela ne devrait pas lui être trop difficile.

Et cela conduira où ? Cela conduit déjà EELV à l'alliance honteuse et sans principe pour les élections européennes avec l'Alliance Ecologique Indépendante. Pour du pragmatisme, c'est du pragmatisme ! Et demain peut-être à « un contrat de gouvernement avec le prochain président de la Commission » ?

Dans le contexte actuel de crise systémique du capitalisme mondialisé, devenu incapable d'assurer des conditions de vie un minimum décentes à la majorité de la population et confronté à une crise climatique qui a déjà commencé et à l'extinction très avancée des espèces vivantes, une ligne d'accompagnement n'a aucun sens. Elle ne peut que ralentir l'arrivée du chaos. Comme le disait Einstein, on ne demande pas au responsable d'un problème de le résoudre !

« Ce n'est pas le climat qu'il faut changer, c'est le système !» criaient déjà les altermondialistes au début de ce siècle . Et pour cela, il faut rassembler les forces sociales qui ont intérêt à ce changement. EELV n'a jamais voulu s'intéresser aux classes populaires, qui constituent pourtant la majorité de la population. Aujourd'hui, à quelques exceptions près, il regarde de loin et parfois même avec mépris le mouvement des Gilets Jaunes, qui pourtant parlent à leur manière d'écologie. Ce n'est pas avec les seules classes moyennes intellectuelles, celles des centres des grandes villes, que se fera le changement, pas plus que la convergence des luttes !

C'est d'une écologie populaire dont nous avons besoin aujourd'hui, de manière cruciale, la seule écologie de transformation, capable de rassembler les forces pour frapper le cœur du système. Regardez déjà la force d'un mouvement qui, en refusant les règles du jeu, a suscité une telle peur chez nos dirigeants, que ceux-ci se livrent à une répression sans précédant, tout simplement parce ces Gilets Jaunes ont déchiré la toile de l'idéologie dominante, qui en temps ordinaire assure l'hégémonie des classes dominantes.

L'écologie de transformation s'appuie sur la capacité de création des masses populaires, qui se manifeste sous de nombreuses formes : pour inventer d'autres manières de produire et consommer autrement, créer des « communs », décider et agir ensemble, s'organiser dans les luttes. Elle soutient toutes ces actions, même petites, qui, à travers la pratique changent la vie et la représentation du monde de ceux qui luttent, les rendent plus conscients et plus forts – comme l'ont dit beaucoup de participants aux mobilisations des Gilets Jaunes.

C'est cette écologie-là qui est porteuse d'émancipation et participe au changement social et qui, s'inspirant de l'expérience même des masses, est en mesure de produire une autre vision du monde stimulant en retour les luttes elles-mêmes. C'est cette écologie que nous devons travailler à promouvoir, un projet exaltant !.

 

Mouvement ECOLO

 

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