Gilets jaunes: «C'est une révolte?» - «Non sire, c'est une révolution»

Pourquoi les Gilets Jaunes font-ils si peur au gouvernement et aux grands media ? Pourquoi ont-ils obtenu plus (même si les 10 milliards lâchés en décembre par Macron sont quelque peu gonflés) que des années de manifestations, qui réunissaient parfois plus d'un million de personnes, comme sur la loi travail ? Et quelle suite au mouvement ?

Ce mouvement social tranche à bien des égards avec les mouvements « classiques », normalisés en quelque sorte, dont le scénario est inscrit à l'avance. C'est un mouvement spontané qui vient de la profondeur du pays, de couches sociales qui souffrent en silence depuis plusieurs décennies de la violence sociale résultant de la mondialisation libérale, méprisées par les classes dominantes et éloignées de la politique. L'arrogance de Macron, ses cadeaux éhontés aux plus riches, la multiplication des contre-réformes, ont apporté la touche qu'il fallait pour que le couvercle saute, à l'occasion d'une injustice de plus, la taxe sur les carburants.

Le gilet jaune est le signe de ralliement pour celles et ceux qui veulent par l'occupation des rond-points afficher leur visibilité et leur droit au respect, et prétendent à être des acteurs et actrices avec lesquel.le.s il faudra désormais compter. Elles/ils le font avec leur langage, invoquant – comme souvent dans les grands mouvements – les mânes du passé, des moments historiques forts lors desquels les dominés ont relevé la tête et imposé leur volonté aux dominants. Ces moments, c'est la grande Révolution française de 1789, non pas celle aseptisée de l'imagerie dominante, mais celle des sans-culottes avec son drapeau synonyme de liberté, égalité et fraternité, et depuis longtemps dévoyé ; c 'est aussi la Résistance, accouchant du programme du Conseil National de la Résistance qui a permis les réformes sociales à la Libération. Les Gilets Jaunes s'inscrivent ainsi dans le fil des mouvements d'émancipation des opprimé.e.s, adoptant également les modes démocratiques de décision et d'action des conseils ouvriers. Entrés en lutte par le bout de la justice fiscale, ils ont su – ce qui était fondamental – élargir leur vision et commencent à embrasser tous les champs de la vie sociale. Cette inscription dans l'histoire, vue du côté des opprimés, résonne dans la société, elle a largement contribué au soutien, qui ne se dément pas, de la majorité de la population.

Les nombreux témoignages de participant.e.s racontent la jubilation ressentie par les Gilets Jaunes dans les échanges et les partages sur les rond-points, le plaisir d'être, de décider et d'agir ensemble, laissant au vestiaire leur appartenance à une association ou à un parti politique : ils et elles sont là comme « simples » citoyen.ne.s, éléments du peuple souverain. Une expérience d'entrée en politique qui, au vu des doléances et des propositions, se pose en rupture avec la société de marché où l'argent vaut plus que l'être humain et le monde vivant, ce qui donne au mouvement un caractère clairement progressiste.

Loin de se limiter aux manifestations du samedi - dont le gouvernement et les grands media comptent goulûment le nombre de participant.e.s, espérant y trouver l'indice d'un recul voire d'une fin proche – le mouvement des Gilets Jaunes s'inscrit dans la durée. Il a entrepris, à travers les Assemblées d'assemblées initiées à Commercy, d'élaborer de manière démocratique un projet issu de la base.

C'est pour toutes ces raisons que le gouvernement a peur. Mais le « Grand débat », supposé enterrer doucement le mouvement, a fait « flop », tant il était téléguidé et biaisé. De même que les tentatives de présenter les gilets jaunes comme des violents et des racistes, pour détourner leurs soutiens. Il s'est lancé dans une répression féroce du mouvement, appliquant des méthodes déjà rodées dans les banlieues populaires, testant de nouvelles armes, s'attaquant au droit de manifester par la loi dite « anti-casseurs », en fait anti Gilets Jaunes. On peut penser que cette répression va encore s'accentuer, si l'on en juge par les propos du Premier Ministre considérant les résultats du Grand débat comme une validation de la politique du gouvernement.

Et maintenant ? Il apparaît que le gouvernement ne peut ni ne veut satisfaire les demandes du mouvement, car elles vont à l'encontre des intérêts des classes qui l'ont porté au pouvoir. Il veut poursuivre sa politique mortifère, protégé par une majorité de députés godillots et par sa police. Mais le roi est nu.

Le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit avec détermination. Sa transversalité lui donne une responsabilité particulière pour la convergence des luttes. Sa présence aux manifestations sur le climat, sur le logement, dans des manifestations syndicales, les initiatives des femmes gilets jaunes, sa présence dans les banlieues populaires, son fonctionnement de démocratie d'assemblée, doivent lui donner un rôle particulier pour articuler les revendications multiples issues des différents mouvements dans un projet populaire, écologique et sociale. Aux autres mouvements aussi de faire le pas.

 

 

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