RETRAITES : UN COMBAT D'ECOLOGIE POPULAIRE

La Sécurité Sociale doit redevenir le "commun" fondé sur le principe « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins » qui inspiraient ses fondateurs. Faisons de la lutte pour les retraites le début d'une reconquête du pouvoir sur la vie. C'est une lutte pour la survie, contre les forces de l'argent.

Une brève histoire de la Sécu

Par son projet de réforme des retraites, Macron s'attaque à l'un des piliers de la Sécurité sociale. La Sécu issue du programme du Conseil National de la Résistance, était toute une philosophie, celle d'un projet humaniste, bâti sur le principe de « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ». Un projet rassembleur, construit sur la solidarité, ouvrant la voie à un avenir meilleur : un projet d'émancipation. Alimentée par des cotisations, partie socialisée des salaires, elle avait une gouvernance participative, le dialogue social était au cœur de la décision, chaque organisme, à l'échelon local et national, était autogéré par les travailleurs, majoritaires dans les conseils d'administration. La Sécu au départ, c'était un « commun » !

Dans un pays où la cessation du travail signifiait souvent entrée dans une vie de privations, le système de retraites était un progrès majeur. Il reposait – et repose encore – sur un principe de solidarité inter-générationnelle, un contrat dans lequel les retraites des vieux étaient payées par les actifs, tandis que les salarié.e.s âgé.e.s laissaient leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Ce système, progressif, s'accompagnait de la transformation d'une partie des gains de productivité en réduction du temps de travail, tant pendant l'activité qu'en permettant un départ à la retraite plus précoce.

Cependant, dès la fin des années 1960, des réformes successives de la Sécu remettent en cause la gouvernance du départ, pour donner le rôle principal à l'Etat, à travers la loi de financement qui fixe les orientations de sa politique et les objectifs pour son équilibre financier. Le « commun », c'était fini, car inacceptable pour les classes dirigeantes !

Le système, n'a pas manqué d'attaques au fil des dernières années, mais c'est encore trop pour la bourgeoisie, qui ne manque de dénoncer son prétendu « coût » qui briderait la « compétitivité » de notre économie.

 

La réforme Macron : une régression sociale sans précédent, « et en même temps » anti-écologique

La contre-réforme des retraites de Macron, c'est « travailler plus longtemps pour une retraite plus faible », dont on ne connaîtra le montant qu'au moment de sa liquidation. C'est aussi l'ouverture progressive aux fonds de pension.

Le système de points, loin d'être égalitaire, ne ferait qu'aggraver les inégalités de la vie active ; les femmes et les actifs aux carrières hachées et précaires en seraient les premières victimes.

L'augmentation de l'âge de départ à la retraite serait assuré par la règle du « 14% du PIB », l'âge pivot (largement un leurre, provisoirement retiré du projet de loi!) et la valeur du point, pour monter progressivement à 67 ans, voire plus, à l'instar des autres pays européens

L'entrée des fonds de pension serait préparée idéologiquement par la retraite à points, qui crée l'illusion que la cotisation est une épargne et une affaire personnelle ; elle se réaliserait concrètement en abaissant à 2,8% le taux de cotisation au delà de 10.000 euros de salaire par mois – ce qui va coûterait un « pognon de dingue » de 73 milliards d'euros à la branche retraites sur 15 ans ! Et, pour une part, prendrait la direction de fonds qui soutiennent les énergies fossiles.

Mise en regard avec les attaques contre les services publics et la fonction publique, les privatisations, les reculs de l'assurance chômage, on voit se dessiner une nouvelle société, celle du « chacun pour soi », livrée au capitalisme le plus féroce, qui ne règne plus que par la force et les violences policières contre les mouvements sociaux.

L'enjeu écologique est désormais sur la place publique, avec le changement climatique, l'extinction massive des espèces vivantes, la dégradation des écosystèmes. L'être humain n'est pas épargné non plus, dans un monde où la marchandise a envahi tout les champs et où le travail lui-même est en perte de sens. Nous sommes en état d'urgence écologique et sociale, et nous savons que nous devons transformer notre modèle de développement au plus vite si nous voulons éviter le pire. Le changement climatique est déjà là, la situation en Australie en donne une image dramatique.

Nous savons aussi, et cela, les Gilets jaunes nous l'ont dit, que cette transformation écologique sera juste ou ne sera pas. La réforme des retraites de Macron va précisément en sens inverse.

C'est à nous, au peuple, de prendre en charge les intérêts généraux de la société que les gouvernements ne représentent plus, et de nous rassembler pour créer le rapport de forces qui permettra de les mettre en oeuvre.

 

Faire de la lutte pour les retraites le début d'une reconquête du pouvoir sur la vie

La croissance, telle que nous l'avons connue, ne peut plus constituer un horizon. Il faut aller vers une société plus sobre, économe en ressources, dans laquelle chacun.e pourra  « bien vivre », une société qui privilégie la valeur d'usage, qui rejette les grands projets inutiles et les traités internationaux comme le TAFTA ou le Mercosur, qui organise un aménagement du territoire privilégiant les circuits courts et réduisant les déplacements forcés. La production sera ainsi réorientée de manière démocratique, la collectivité décidera des besoins et des moyens pour les satisfaire. Cette transformation sera accompagnée d'une réduction drastique des inégalités.

Le niveau local est important pour favoriser la création d'activités autogérées utiles à la population, rechercher l'autonomie territoriale pour une partie de l'alimentation, expérimenter la gratuité, renforcer les liens et les solidarités intergénérationnels. Plus proche des habitant.e.s, il permet de construire des démarches municipalistes portées par les collectifs d'habitant.e.s.

La réduction du temps de travail et son partage devient un axe stratégique de lutte. Elle sera rendue possible par la réduction des productions et des activités rendues inutiles, et permettra de consommer moins d'énergie et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Semaine de travail plus courte, allongement des congés payés, abaissement de l'âge de départ à la retraite, permettent de réduire le chômage, notamment celui des jeunes. Cette réduction du temps de travail s'accompagne de l'augmentation du salaire minimum et de la création d'un salaire maximum, de l'égalisation des salaires entre les femmes et les hommes et du partage des tâches. Les richesses créées par le travail sont mieux partagées, libérant du temps pour des loisirs ou des activités librement décidées, non marchandes.

Cette nouvelle vision du travail créera une continuité entre la vie « active » et la retraite, qui n'apparaîtra plus comme une rupture et qui rendra justice aux retraités qui, par leur implication dans la société, ne pourront plus être qualifiés de « charge » !

Le partage du travail et la réduction des tâches pénibles, l'augmentation du salaire minimum qui améliorera les conditions de vie, mettront fin au scandale des inégalités d'espérance de vie, notamment en bonne santé, qui font que les plus pauvres payent les retraites des autres.

La transformation écologique va pouvoir s'appuyer sur un système de retraites qui doit redevenir le « commun » qu'il était au départ, et qui peut et doit être amélioré dès maintenant pour une plus grande justice sociale, au-delà de la récupération des acquis des luttes passées. On peut ainsi proposer quelques pistes :

- prise en compte des périodes chômées, indemnisées ou non, dans le calcul des trimestres ;

- sur-cotisation des entreprises qui ne respectent pas l'égalité salariale entre les femmes et les hommes ou recourent aux CDD et temps partiels courts ;

- départ à la retraite à taux plein avant 60 ans pour les métiers pénibles et pour les personnes actives qui n'ont aucune chance de retrouver un emploi ;

- fixation d'une retraite plancher permettant de vivre décemment et d'une retraite plafond (sans baisse du taux des cotisations, comme le fait Macron)

- élargissement de l'assiette des cotisations aux revenus financiers et aux dividendes ;

- lutte contre la fraude aux cotisations des entreprises, qui pourrait ramener 21 milliards d'euros par an...

Mais ce n'est pas la fin de l'histoire. La transformation écologique est un chemin vers une nouvelle société, qui aura renoncé au productivisme, où le travail ne sera plus une marchandise et aura perdu son caractère central, où la concurrence et la compétitivité auront cédé la place à la coopération entre individus libres, où la technique ne sera plus là pour asservir le travail mais pour l'alléger et permettre au collectif de travail de se l'approprier.

Dans cette société, l'économie sera au service de la société, au lieu de la diriger, les hiérarchies auront perdu leur raison d'être, exit donc les « premiers de cordée » car la production sera vue comme une œuvre collective, et place à un partage des richesses produites sur une base égalitaire.

La période de retraite ne sera plus considérée comme une coupure, mais comme une contribution à la vie sociale sous une forme non monétarisée, la pension égale pour tou.te.s assurera à chacun.e une vie décente. Cette volonté redistributive n'était-elle pas déjà inscrite dans les principes fondateurs de la Sécurité sociale, « contribuer selon ses moyens, recevoir selon ses besoins » ?

Nous sommes toutes et tous concerné.es. La grève par procuration ne suffit pas, il faut bloquer la circulation des biens et des services. Laisser le poids de la résistance sur les cheminots et la RATP prépare une défaite. C’est à toute la population maintenant, salariés du public et du privé, retraités, parents, lycéens, étudiants.. d’y aller Nous devons bloquer le pays jusqu’au retrait, car c’est de notre survie qu’il s’agit. C’est l’Heure de nous mêmes !

 

Le combat pour les retraites, à la lumière de l'enjeu écologique, est en réalité UN COMBAT POUR L'EMANCIPATION, POUR LES GENERATIONS FUTURES. LE PEUPLE MOBILISE DOIT LE GAGNER !! Oui, LE GOUVERNEMENT DOIT RETIRER SON PROJET! NO PASARAN !

 

 

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