Retraites : 17 février, deux assemblées se font face

Dans les mobilisations sur les retraites et sur le climat, deux mondes se font face. L'ancien, celui de la finance, que représente E. Macron, n'est plus capable de proposer d'autre horizon que la "compétitivité" et la "croissance". Le nouveau, se dessine dans les expérimentations locales et dans les luttes populaires pour l'émancipation et la réinsertion de l'être humain dans les écosystèmes.

Ce 17 février, l'Assemblée nationale commence l'examen de la réforme des retraites, que le Président Macron veut imposer, malgré l'opposition de la majorité de nos concitoyen.ne.s ; il espère la faire voter, fort des 300 député.e.s LREM !

A quelques pas de cette institution, lui fait face notre Assemblée populaire , émanation de celles et ceux qui, depuis des mois, se battent contre le projet et, plus largement, contre la politique du gouvernement et disent : stop ! Deux légitimités face à face.

Le peuple est dans la rue depuis novembre 2018, Gilets jaunes, syndicats de travailleurs, militant.e.s associatifs, simples citoyen.ne.s, et il discute, il regarde comment agissent nos gouvernants, et il apprend beaucoup, car l'expérience concrète est la meilleur école.

Et ce peuple a bien compris, derrière le flou et les explications alambiquées du gouvernement, que ce projet de loi sur les retraites ne lui apporterait rien de bon.

Ce projet, c'est « travailler plus et toucher moins ».

C'est la trahison du système solidaire pensé par le Conseil National de la Résistance et mis en place par Ambroise Croizat, avec pour philosophie « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ».

C'est aussi ouvrir la voie aux intérêts privés des fonds de pension, qui lorgnent sur les 320 milliards d'euros de l'assurance retraite.

Avec la réforme punitive de l'assurance chômage, elle aussi imposée, l'asphyxie de l'hôpital public, la mise en œuvre du rapport CAP 2022 contre la fonction publique et les services publics, les privatisations, et j'en passe, ce gouvernement nous entraîne vers une régression sociale, un retour au XIXème siècle, avant les grandes conquêtes ouvrières !

Dans le même temps, dans l'inaction de nos gouvernements, nos forêts brûlent, la banquise fond, la biodiversité fond elle aussi à l'échelle d'une vie humaine, les premières catastrophes climatiques se répandent sur la planète entière, triste avant-goût de ce qui attend demain nos enfants et nos petits enfants.

Quel avenir la classe à laquelle vous appartenez, Monsieur Macron, leur réserve t-elle, quelle sécurité sur le plan social, alors que les inégalités explosent et que ce qui relie les humains se défait peu à peu à cause de votre politique ? Quel projet de vie construire dans ce monde déshumanisé, où tout est « concurrence » et « compétitivité », où la course à la « croissance » est le seul horizon, alors qu'il faudrait réduire le temps de travail, partager le travail et les richesses, vivre plus lentement, réinsérer l'être humain dans les écosystèmes, redonner enfin du sens à sa vie.

Mais votre classe a déjà fait sécession de la société, elle vit « ailleurs », elle n'est même plus capable de s'assurer le consentement des classes dominées en leur concédant quelques miettes, elle ne tient que par la répression. Elle dirige, mais elle n'est plus crédible lorsqu'elle prétend représenter les intérêts de la société.

Cependant, la convergence des luttes se met peu à peu en route – gilets jaunes, syndicats de travailleurs, jeunes mobilisés pour le climat, militant.e.s associatifs, se rencontrent, même si « Macron ne veut pas ». Et l'indifférence, ce « poids mort de l'histoire » pour reprendre la formule de Gramsci, tend à céder le pas à la conscience qu'il faut agir. C'est un grand espoir, car le peuple est lui-aussi en marche, il a pris goût à la politique.

Et il vous crie : le vieux monde, c'est vous ! l'avenir, c'est nous !

 

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