Usagers, le combat pour les services publics est aussi le vôtre !

Macron, en bon commis du capital financier qui l'a mis au pouvoir, a entrepris de rayer un siècle de conquêtes sociales (1936, programme du Conseil National de la Résistance) à travers la démolition des services publics. Le rapport Action Publique 2022, qu'il aurait voulu garder secret, annonce clairement la couleur de ce qu'il faut bien appeler une entreprise de démolition massive.

La mise en œuvre de ce projet nous ferait entrer dans une autre société, celle du chacun pour soi, où toute solidarité aurait disparu.

C'est tellement gros qu'il est contraint de procéder par étapes, afin de masquer la finalité de son projet. La première étape, c'est la fonction publique, à travers la loi Dussopt, qu'il espère faire adopter avant l'été : il s'agit de s'attaquer aux agents, à leur statut, qui les protège des pressions et qui surtout est une garantie d'impartialité pour les usagers et, « dans le même temps », de casser l'esprit de solidarité entre les agents publics par un management transposé du secteur privé, les mettant en concurrence les un.e.s avec les autres par un salaire au mérite.

Mais d'autres « réformes » sont en préparation, sur le chômage, sur lequel le gouvernement a décidé de reprendre la main dans une logique d'économie financière, au détriment des chômeuses et des chômeurs menacés de perdre leurs indemnités s'ils ne justifient pas suffisamment leurs efforts de recherche d'un emploi, dont on sait, depuis la révélation de Macron, que celui-ci vous attend « de l'autre côté de la rue » !

Après le chômage, ce sera le tour les retraites, avec un système à points qui va supprimer la solidarité du système actuel, créera une incertitude sur le montant de la retraite et pénalisera les carrières entrecoupées d'arrêts. Les femmes, déjà moins bien payées, en seront les premières victimes.

Ajoutons, pour compléter le tableau, les privatisations déjà votées par une Assemblée nationale aux ordres. Après le scandale des autoroutes, qui se révèle un pactole pour ses bénéficiaires, ce sera au tour d'Aéroport de Paris. Et pendant ce temps-là se poursuivront la litanie des fermetures de services publics, les incitations au départ des agents publics, et les politiques d'austérité dans tous les domaines. Cela, alors que les inégalités sociales et territoriales explosent, amplifiées encore par les choix fiscaux en faveur des riches, tandis que le gouvernement refuse d'augmenter le SMIC.

Comme on ne voit, il s'agit d'une offensive « tous azimuts », d'un plan d'ensemble, d'un véritable projet de société, visant à adapter notre pays à la mondialisation libérale. Si ce projet est mis en place, ce sera un séisme de grande magnitude, qui fera de nombreuses victimes, à commencer par celles et ceux qui vivent déjà dans des conditions difficiles : une société du « chacun pour soi », livrée aux intérêts privés, qui lorgnent déjà sur les sommes énormes que gère la sécurité sociale et sur les futures privatisations.

II - Mais comment se fait-il que, face à cette perspective, les réactions ne soient pas plus fortes ? La tactique du « saucissonnage » pratiquée par Macron y contribue, car elle ne permet pas d'avoir une vision d'ensemble du projet. Mais ce n'est pas la seule raison.

Depuis le tournant libéral qui a submergé l'Europe dans les années 1980, toute une série d'arguments ont été développés pour justifier le recul des services publics.

1) Lorsque l'on parle des services produits par les administrations publiques (aide sociale, santé, enseignement, etc.) il est toujours question de « dépenses », de ponctions sur l'économie. Ainsi l'école publique, gratuite et financée par l'impôt, serait en quelque sorte une charge qu'il faut réduire, tandis que l'école privée participerait à la production, car payée par l'usager. C'est évidemment absurde, et d'ailleurs les statisticiens incluent dans le PIB les biens et services produits par les administrations publiques, en les calculant par leur coût de production, car elles n'ont pas de valeur marchande et donc pas de profit.

En outre, pour souligner le caractère prétendu « insupportable » des dépenses publiques en France par rapport à d'autres pays, on y intègre le budget de la Sécurité sociale, basé sur la solidarité et qui est effectivement plus important en France que dans les pays où chacun.e doit s'assurer pour son propre compte, s'il en a les moyens.

2) Le service public serait plus cher que le même service assuré par le secteur privé, réputé plus efficace. C'est faux. Le système de santé aux Etats-Unis, privé, coûte presque deux fois plus cher par habitant qu'en France, pour des résultats nettement moins bons. On pourrait aussi rappeler la renationalisation du secteur ferroviaire au Royaume Uni, après une privatisation qui s'est révélée un désastre. On peut ajouter le retour à la gestion publique de l'eau par de nombreuses villes de bords politiques divers, comme Paris et Nice.

3) « l'Etat n'a plus les moyens de financer les services publics, il faut se désendetter ». Là encore, on tord la réalité. Mais la part du budget de l'Etat dans le PIB n'a pas bougé depuis une vingtaine d'années et représente environ 16%. C'est la baisse des recettes qui explique l'augmentation des déficits, en raison des cadeaux faits aux entreprises et aux plus riches et de la fraude fiscale (100 milliards d'euros par an). L'argent existe, encore faut-il le chercher là où il est !

4) « C'est la faute au statut des fonctionnaires », qui entraînerait des rigidités et empêcherait les services publics de s'adapter à l'évolution des besoins. En réalité, ce qui empêche cette adaptation, c'est plutôt la réduction des moyens, les sous-effectifs, la disparition des services publics dans de nombreux territoires : c'est ainsi que le nombre de maternités a baissé de 40% depuis 20 ans !

5) On doit enfin mentionner la tactique employée pour détourner les citoyens de leurs services publics : il suffit de leur couper peu à peu les moyens pour qu'ils se dégradent, puis d'ajouter la mise en concurrence avec le privé, qui va les obliger à adopter à leur tour les méthodes du privé et à supprimer leurs activités non rentables. Attendez quelque temps et vous verrez monter les récriminations des usagers, qui vont se mettre à douter de leur service public. Ils seront alors mûrs pour assister sans réagir à la dernière étape, celle de la privatisation.

III - Diviser pour régner, opposer salarié.e.s du public et usager.e.s, c'est la devise des destructeurs de services publics, chaque fois qu'ils préparent un mauvais coup. Un exemple de plus, la sortie, à la veille de l'examen du projet de loi, du rapport de l'Inspection générale des Finances sur la durée du travail dans la fonction publique. Tout de suite, le chœur de la plupart des médias présentant les fonctionnaires comme des privilégié.e.s. Nous avons déjà entendu cela sur les retraites, il y a quelques années, et tout le monde y a perdu. Vous savez, nos gouvernants aiment l'égalité, chaque fois qu'il s'agit d'harmoniser la condition des salarié.e.s vers le bas. Mais pas touche aux vrais privilèges des riches !

Nous disons, au contraire : usagers et agents, même combat !

Et aujourd'hui, il y a vraiment le feu. Si comme tout salarié, les agents des services publics refusent la régression sociale qui est devenue la règle aujourd'hui, ce serait une erreur de considérer leur lutte comme la défense d'intérêts catégoriels ou de supposés privilèges, et finalement, pas la vôtre. C'est beaucoup plus que cela. Nous voyons la société se déliter peu à peu, les inégalités sociales se creuser, les services publics abandonner les territoires et leurs habitant.e.s, et une action déterminée du gouvernement de casser ce qui continue encore de tenir ensemble la société, par la solidarité à laquelle nous sommes tou.te.s attaché.e.s. Pour combien de temps encore ? La dématérialisation ne pourra jamais remplacer la présence humaine !

Nos sociétés sont également menacées, à court terme, par les conséquences du changement climatique et de la disparition du vivant sur notre planète. Nous savons que ce sont encore les laissé.e.s pour compte qui en seront les premières victimes. En haut, au gouvernement, c'est l'inaction. Croit-on vraiment que ce sont les banques et les firmes multinationales qui vont s'attaquer à ces problèmes, alors qu'elles en sont à l'origine et qu'elles en retirent des profits ? C'est aux citoyen.ne.s de prendre les affaires en mains, de se mobiliser pour une transition écologique nécessaire et urgente, qui ne sera possible que si elle est aussi juste socialement. Les services publics, par les principes d'égalité et de solidarité qui sont les leurs, ont vocation à être un levier majeur de cette transition.

Usagers des services publics, vous n'êtes pas de simples consommateurs, vous êtes des citoyen. ne.s. Les services publics sont notre patrimoine commun. Non seulement ils produisent des services utiles, en les rendant accessibles à tou.te.s, mais ils sont un ciment de la société, ils traduisent le fait que nous sommes une collectivité de citoyen.ne.s qui vivent et agissent ensemble.

Mobilisez-vous aux côtés de leurs agent.e.s, interpellez le gouvernement, pour les défendre et pour les développer, face au hold up qui est en cours. Exigez d'être partie prenante des décisions qui les concernent, de participer avec les salarié.e.s des services publics à leur définition, à leur gestion et à leur contrôle ! Vous en avez la légitimité, car ce sont des biens communs !

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.