Mouvement du réel et mouvement des idées.

Dans un commentaire à "L’entre-guillemet" d'USUL et RÉMY LIECHTI intitulé "Peut-on être communiste et objectif", ClaudeEpstein terminait pas ces mots: "Ceci étant dit, les gens d'esprit et les communistes sont des espèces en voie de disparition. Je vous sais gré de relever le défi!" Ces propos m'ont semblé par trop pessimistes. J'ai donc pensé pouvoir livrer ici ma propre analyse du mouvement du

réel et du mouvement des idées qu'il suscite.

Il est vrai que la fin des années 1970 a conduit à une certaine dévalorisation de la visée communiste et de ceux qui la promeuvent. La disparition du système soviétique a symboliquement validé cette dévalorisation et conduit, à la fois, des personnalités du mouvement communiste à se renier et conduit les nouvelles générations à s'en détourner, pire à faire passer cette visée aux oubliettes.

Les échecs avérés du capitalisme, de plus en plus significatifs au cours des 4 dernières décennies, ont pour conséquences contradictoires de stimuler la recherche d'alternatives à l'incapacité objective de la social démocratie de se positionner, ainsi qu'elle le prétend, comme alternative et, finalement, à la faire apparaître pour ce qu'elle est fondamentalement, le lubrifiant qui permet de donner à voir le capitalisme comme un moindre mal incontournable.

La classe capitaliste de notre pays, elle, a tiré les enseignement de cette situation. Elle ne pouvait plus compter sur les partis de la droite traditionnelle eux aussi désavoués, il a bien fallu qu'elle se résolve à une prise en main directe des commandes de l'État: c'est le but de l'opération Macron.

Du côté de la population, la dégradation de la situation devient de plus en plus insupportable. La droite et la social-démocratie pour elle aussi ont perdu tout crédit. Les médias dominants ont rendu pratiquement invisible l'option communiste. Les déçus de la social-démocratie ont trouvé en Jean-Luc Mélenchon, vieille figure turbulente de la social-démocratie un leader charismatique. Dans une première période celui-ci a redonné à son image une coloration révolutionnaire en se rapprochant du PCF puis il a pensé, avec son directoires dont les membres on suivi pour l'essentiel le même cheminement, pouvoir faire cavalier seul.

L'apparition du mouvement de la "France Insoumise" dans notre pays est la conséquence de ce qui est exposé dans le précédent paragraphe. On pourrait le caractérisé comme le résultat d'une exaspération indéniable qui n'a pas su trouver les causes qui la provoque. En faisant des organisations politiques les boucs émissaires de ses désillusions elle se dispense, au moins dans un premier temps de faire du capitalisme la cause réelle de la dégradation des conditions de vie, de formation, de soins et de travail. Or les organisations politiques ne sont que le reflet du niveau de réflexion et des capacités de mobilisation que portent ses adhérents. Il s'agit moins d'une question de statut que d'une capacité d'analyse et d'interventions appropriées. Pour avoir été témoin de quelques problématiques fonctionnelles de la F.I. j'ai pu me rendre compte qu'indéniablement s'y manifestait beaucoup de bonne volonté, la diversité des niveaux de conscience rendait difficiles les convergences, donc la pertinence des réponses.

Le PCF lui aussi a tiré et continue de tirer les enseignements de ces quatre dernières décennies. La Révolution d'Octobre a été et demeurera pour l'Histoire un moment majeur pour l'évolution de l'humanité. Elle a donné à la portée symbolique de la production par la Commune de Paris de mesures concrètes pour répondre aux besoins de la population, une dimension mondiale. Le système soviétique dont elle a accouché a montré ses limites objectives. Son aboutissement ne saurait être résumé par l'appréciation simplificatrice du "globalement positif". Il y a incontestablement une distance à prendre avec le récit épique qui a voulu en rendre compte mais la présentation caricaturale à laquelle certains se livrent ou se sont livrés est tout aussi absurde. Tout ce que l'existence du système soviétique a permis est loin d'être négatif. Il a permis de vaincre le nazisme, il a permis le développement du mouvement d'émancipation des peuples colonisés, il a relativement protégé du fait de sa seule existence les classes moyennes des pays capitalistes. L'aggravation de la situation de celles-ci est consécutive à la disparition de l'URSS.

Le capitalisme, c'est à dire le système qui fait de l'inflation du Capital l'outil d'une évolution progressive de l'humanité échoue à répondre aux besoins de celle-ci. Tous système peut avoir ses défaillances, tout système a besoin de se corriger. L'évolution du capitalisme s'accompagne d'un nombre croissant de crises. A chacune un palliatif provoquant un renforcement de l'oligarchie dominante et des marginalisations périphériques a été apportée mais nous arrivons au terme du possible pour cette forme de correctif. Appauvrissement aggravé et développement des zones de guerres sont la conséquence de cette évolution.

Il n'y a pas encore d'indices très convaincants de l'émergence d'un mouvement populaire assez conscient pour produire une perspective nouvelle, validée par des prises de décisions et des actions pertinentes qui permettront de commencer à dégrafer le corset imposé par la classe capitaliste à notre société. Espérons que le congrès du PCF sera l'occasion pour ses militants de développer des pratiques innovantes fondées sur l'intelligence, des niveaux de consciences élevés, le développement de l'esprit de responsabilité et de solidarité. Ils en sont déjà génétiquement porteurs mais il leur faudra intégrer de nouvelles populations de militants venant de toutes les catégories de la société civiles. L'idéologie dominante fait de l'entrepreneur le chevalier du XXI ème siècle. Constatons en passant que ce n'est pas pour autant que le système capitaliste est capable de définir juridiquement ce qu'est l'entreprise. Pour le faire, il faudrait qu'il reconnaisse que l'entreprise est un lieu de relations sociales où tous les participants quel que soit leur statut ont les même droits d'intervention sur les objectifs, les projets, la mobilisation des moyens et l'évaluation des résultats. Nous en sommes loin. La disparition du système capitaliste n'entraînera pas la disparition des entreprises bien au contraire, elle les diversifieront et multiplieront dans tous les champs de la société.  L'esprit d'entreprise suppose idée innovante et capacité d'initiative. C'est aussi incontournable pour l'activité militante.

 

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