Le capitalisme expliqué à mes petits enfants ou, le capitalisme pour les nuls (3)

Le Capitalisme et la propriété. Nous l’avons vu, parler du capitalisme, c’est parler de la capacité d’augmenter un capital qui a pour qualité essentielle d’être disponible. C’est à dire que personne d’autre que son propriétaire ne peut l’asservir à quoi que ce soit. Le capital effectivement est la chose d’un propriétaire. Ce propriétaire peut être une personne physique ou une personne morale.

Ceci explique que pour parler de capitalisme il faut ne pas perdre de vue qu’en arrière plan, dans les coulisses, là où se prennent les décisions essentielles, il est important de savoir de quelle organisation le capital dépend.

Le capital ne se reproduit pas par génération spontanée. Le capital n’existe pas dans un univers vide. Le capital existe et se reproduit dans un univers d’êtres humains. Pour développer son capital le capitaliste à besoin d’entrer en relation avec d’autres êtres humains. Déjà, pour constituer son capital, pour se l’approprier, le capitaliste a nécessairement bénéficier de l’apport d’autres humains.

On peut imaginer différentes situations.

1°_/ Initialement dans les sociétés primitives qui intégraient le troc comme moyen d'échange de produits ou de services utiles aux autres, le capitalisme n'existait pas parce qu'on n'avait pas encore inventé la monnaie, c'est à dire une unité de valeur relativement stable, communément admise et acceptée comme valeur intérimaire entre le produit ou le service "vendu"  et l'achat éventuel, dans le temps, d'autres produits ou services. Aujourd'hui, si mon mon voisin s’occupe de mon jardin, comme j’ai des connaissances en mécanique, je vais l’aider dans l’entretien de sa voiture. On peut dire que dans ce cas on est dans une situation de troc, en fait dans une sorte d’économie sociale et solidaire.

 2°_/ Quand au fil du temps, lorsque la monnaie a été créée,  quelqu'un est parvenu à en stocker suffisamment en différent l'acquisition d'un bien, d'un produit ou d'un service qui aurait pour lui une utilité, il peut se trouver en possession d'une grande quantité de cette monnaie, on dirait communément un "capital". Or, il ne s'agit pas ici, tant que cette masse monétaire est inerte, d'une situation capitaliste mais d'une situation d'épargne. Si par hasard quelqu'un par héritage, don, en découvrant un trésor se trouve propriétaire d'une manne monétaire importante il n'est pas pour autant ipso facto "capitaliste".

 3°_/ Il se peut que pendant le temps où se constitue cette épargne, du fait que je ne sois pas l'obliger de l'utiliser dans l'urgence , je puisse décider d'en remettre une partie à un ami qui doit faire face lui à une urgence. Il est convenu entre nous qu'il me la restituera dans un certain délai. Je lui prête de l'argent mais je n'ai pas la volonté d'en profiter pour augmenter la masse monétaire que je possède. J'ai seulement modifié les conditions de mise en attente de mon épargne. Je ne suis pas un capitaliste. Par contre, si je profite de la situation pour obtenir de mon ami qu'il me restitue plus d'argent que je ne lui en ai confier, alors oui je suis un capitaliste. Je suis un capitaliste car ma préoccupation première est d'augmenter la masse de mon capital.

4°_/ Si j'ai des compétences particulières pour réaliser une production utile à d'autres humains, je peux aussi décider d'utiliser mon épargne pour acquérir des moyens de production (outils, machines,...), et la matière première nécessaire à cette production. Je peux alors légitimement décider ce qu'il convient de faire du produit de mon travail. Je peux le négocier avec le souci de tenir compte qu'il a fallu que je reste en forme pour assurer cette production. Il est aussi légitime que je retrouve une quantité d'argent équivalente à celle qui m'a permis d'acquérir les matières premières nécessaires, de même que les moyens de production dont j'aurai eu besoin. C'est à dire qu'il n'est pas idiot de veiller à reconstituer mon épargne. Il est toutefois nécessaire que j'évalue l'état d'usure de ces moyens de production. Peuvent -il repartir encore pour une, 2, 10 productions équivalentes? Je peux légitimement amortir l'achat des machines  sur une certaine durée. Quand ces machines seront devenues improductives j'aurai normalement reconstitué toute l'épargne que j'aurai initialement investie. Cette modélisation est la même, que je travaille seul ou avec l'aide de 2, 3, 10 ouvriers. Tous, comme moi, auront dû survivre et se reconstituer pendant tout ce temps et une partie de la production réalisée aura déjà été vendue pour assurer ce que l'on convient d'appeler "salaire", que ce salaire soit directement remis à ceux qui ont travaillé, ou, socialement dévolu à la solidarité publique.

A ce stade de la réflexion nous n'avons pas encore examiné ce qu'est devenu le surplus de production. C'est ce que l'on nomme "la plus-value". On peut penser que tout les contributeurs à sa création auront été d'accord pour qu'elle soit vendue parce qu'elle répond de fait, à une certaine demande exprimée dans la population, c'est dire qu'elle se transforme et se récupère sous forme monétaire. C'est alors que se pose la question de savoir qui va décider de l'utilisation de cette somme  L'employeur que je suis peut, du fait de sa grandeur d'âme, décider de convoquer tous ceux qu'il a employé pour en décider. Ensemble ils peuvent admettre qu'en fonction des compétences plus ou moins avérées de chacun on admettra que tout le monde n'ait pas un retour équivalent. On peut aussi décider d'introduire un critère d'âge, ou un critère de charge de famille. Ce qui est important c'est qu'un débat est ouvert où tous les participants de la production participeront à la prise de décision. C'est ainsi qu'une partie de cette production peut-être aussi réinvestie pour le développement de l'entreprise. Dans la mesure où les décisions impliquent tous les participants nous ne sommes pas dans le capitalisme.

 

5°_/Chacun en conviendra, ce n'est pas ce type de comportement qui a prévalu dans l'histoire de l'humanité. La norme dominante, pour ne pas dire exclusive, c'est que le propriétaire du capital initial devenu employeur s'accapare le résultat du travail de tous. Nous constatons déjà que ce personnage est relativement schizophrène. D'un côté il doit penser entreprise et production et de l'autre se préoccuper de savoir si son capital s'arrondit. Quand il parle à ses employés quelles sont ces préoccupations les plus fortes? Préférera-t-il pérenniser l'entreprise ou arrondir son capital si par malheur un conflit d'intérêt émergeait?

6°_/ Nous avons pris comme exemple le cas où l'employeur est une seule et même personne. C'est sa seule épargne qu'il a investi pour un temps. Cette épargne il la récupère et le plus souvent bien au delà de la mise initiale. Cet employeur est aussi un capitaliste. De surcroît il peut envisager de trouver des associés pour partager la mise initiale. Il peut choisir de faire chapeauter son entreprise par une société en nom collectif ou en société anonyme morcelée en parts. Ainsi, dans notre société humaine, sous des formes diverses, nous aurons toujours un ensemble collectif de production et un ensemble plus réduit en nombre, aux préoccupations capitalistes dominantes, en cohabitation.

La société capitaliste qui est la nôtre s'est beaucoup préoccupée du statut de "l'entité" qui possède de fait le capital. Elle est précisément définie, soumise à des règles de droit civil, commercial et financier. Par contre, du côté de l'entreprise aucun statut, aucune définition globale précise n'a jamais été mise sur le métier. On ne connaît dans l'entreprise que des rapports "employeur-employés", c'est à dire le droit du travail, qui est de fait le seul moyen de parade contre des excès éventuels, par exemple en matière de santé, d'atteinte à la vie privée...

Quand l'entreprise est condamnée, c'est la société qui la chapeaute qui passe à la caisse. Il est évident qu'on verrait mal l'employeur faire le tour de son personnel pour faire la quête avec son chapeau afin de payer les dettes de l'entreprise. C'est aussi cette société qui récupère les produits de la vente des produits ou des services. Mais quelques fois, plusieurs sociétés sont combinées en amont de celle qui est directement en prise avec l'établissement de production. En général, cette société interface, entre le capital et l'entreprise dispose de moyens et de capacités d'initiative strictement encadrés.

7°_/ La raison d'être de ces échafaudages sociétaires est la protection du capital. Dans l'émission "Cash-Investigation" qui s'intéressait à la société Lactalis on a aussi évoqué le cas de la SODIAAL, initialement société coopérative agricole. Cette société coopérative se décline en SODIAAL International incluant SODIAAL Paris. On trouve aussi au Luxembourg "Liberté Marques" qui en dépend. On parle de 4 filiales qui sont des holdings, c'est à dire des sociétés qui ont pour fonction de mettre des capitaux en mouvement. On peut lire par exemple sur le site de GROUPE SODIAAL: société par actions simplifiée est active depuis 23 ans. Située à PARIS 9 (75009), elle est spécialisée dans le secteur des activités des sociétés holding. Sur l'année 2015 elle réalise un chiffre d'affaires de -44 200,00 €. Le total du bilan a augmenté de 16,74 % entre 2014 et 2015. Il serait surprenant qu'une holding se face du blé en fabriquant du fromage.

C’est ici que l’on commence par avoir une petite notion de ce qu’est le capitalisme. Quelle que soit la manière de réaliser une masse d’argent initiale, on ne peut parler de capitalisme que dès l’instant où cette masse d’argent n’est pas mobilisée pour satisfaire des besoins personnels où mise en réserve à cette fin, mais pour être engagée dans des mécanismes de développement de la masse d’argent initiale. Ces mécanismes impliquent des organisations, des rapports de pouvoir à l’intérieur du monde singulier d’une minorité d’être humains dont l’objectif est le développement du capital, sans associer à leurs débats et à leurs délibérations, ceux qui vivent en dehors de cette préoccupation fondamentale, mais, qui leur sont néanmoins utiles du fait que c’est dans cet autre monde que se trouve le facteur essentiel d’accroissement de leurs capitaux : Le TRAVAIL ainsi que les moyens d'échanges qui contribuent à la récupération de la valeur créé par ce travail.

Reste à voir comment ces fonds rapatriés vont être utilisés par la société gestionnaire de l'entreprise. Nous n'avons encore rien dit non plus de l'arrière-cuisine où l'on débat et décide de ce que l'on fait des capitaux rapatriés. On n'a rien dit non plus des rapports qui existent entre ces arrières cuisines et l'État. Un exemple: L'appétit d'argent est tel que l'État, notre État a décidé de ne pas préserver l'épargne populaire pour contraindre les épargnants à déplacer leur épargne vers les fonds spéculatifs. Un État qui pense d'abord à préserver et à développer le capital est un État Capitaliste.

 

 

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