Il est grand temps de remiser les vieilles diatribes si nous voulons avancer.

Le texte qui suit tente de rassembler les quelques idées sur lesquelles se fonde une approche critique de la voie dans laquelle s’engage le mouvement qui se donne pour objectif de mettre l’État au service du peuple dans notre pays. Elles constitue le socle sur lequel se fondent mes réserves quant à la façon dont on parle du PCF.

 

 

Voici le point de vue d’un militant qui a accumulé quelques décennies d’expérience et qui reste encore impliqué dans les mouvements de notre actualité (*).

 

 

 

1°/- Tout d'abord que je précise: il y a bien longtemps que je ne me fait aucune illusion sur la SFIO devenus PS, parti qui porte toute les tares de la social-démocratie. Je me gardais bien cependant de mettre dans le même sac l'organisation politique et les adhérents ou électeurs qui continuaient de lui faire confiance. Il me semblait qu'à l'expérience ces citoyens ne manqueraient de se rendre compte qu'ils ne pouvaient espérer de ce courant politique.

 

 

 

2°/- Il y a bien longtemps aussi que je m'interroge sur les causes de l'hostilité manifestée en France à l'égard du PCF. Certes, au nom du principe de non ingérence dans les questions auxquelles, sur son territoire d'action chaque parti communiste est confronté, au nom aussi de la valeur symbolique que porte dans l'histoire le PCUS, le PCF a quelque peu fermé les yeux sur les pratiques de ce parti, en particulier sur la substitution de fait de l'autoritarisme d'un appareil au fonctionnement démocratique par l'implication réelle des citoyens soviétiques dans l'élaboration de la politique de ce pays. N'oublions pas cependant que la guerre froide n'a pas commencée en 1945 mais en 1917.

 

 

 

3° Précisons encore que je n'idolâtre aucune organisation quelle qu'elle soit, même le PCF. Comme toute organisation il a ses faiblesses et ses insuffisances, il est de fait ce qu'en font les militants qui y sont inscrits. Cela dit, on peut observer que l'hostilité à l'égard du PCF s'est toujours exercée sur la base de ses relations avec le PCUS, mais que globalement ses actions, chez nous se sont révélées positives. Mais cela ses adversaires en parle vraiment très peu. Il a fait moins de conneries que la droite et la social-démocratie, mais c'est lui, de l'extrême droite à l'extrême gauche que l'on a systématiquement stigmatisé.

 

 

 

4°/- Que la classe capitaliste et les appareils à sa dévotion le fassent, c'est dans l'ordre des choses. Le PCF peut même en être fier. Que les calomnies, les prétextes développés sur les bases de cet anticommunisme de classe soient repris par des citoyens qui se prétendent de gauche, cela me pose question. Ainsi, je n'ai vraiment compris que depuis 2005 les causes du dénigrement systématique du PCF en 1968. Nous avons à l'époque sous-estimé la guerre idéologique engagée par le capital qui, sous le régime gaulliste préparait sa mutation vers le capitalisme financier. Est-ce une coïncidence si dans le même temps, on a vu dénier la réalité de la lutte de classe et promouvoir un syndicalisme de collaboration avec le capital pendant que la social-démocratie se refaisait avec Mitterrand une virginité? Toujours est-il qu'en 1968, pendant le mouvement de Mai, le PCF était plus que le pouvoir gaulliste la cible de donneurs de leçon émanant de différents courants d'extrême-gauche. On a bien vu depuis ce que sont devenus les Cohm-Bendit, Strauss-khann, Cambadélis, Kessler, Jospin,...

 

 

 

5°/- ... Voire aussi, le parcours sinueux de Jean-Luc Mélenchon. Comme tous ceux que j'ai cité plus haut, il fût un promoteur de l'Union Européenne comme la droite. Il appela à voter en 1992 en faveur du traité de Maastricht, pas le PCF. Je reconnais à chacun le droit à l'erreur mais pas pour autant qu'il soit fondé à se poser en donneur de leçon.

 

 

 

6° Jean Luc Mélenchon s'est rendu compte de son erreur et a fait campagne pour le non au Traité Constitutionnel Européen en 2005 ce que je trouve très positif. Ce fût une occasion pour tenter de renouer les relations entre les différents courants susceptible de reconstituer une gauche porteuse d'une alternative à la domination capitaliste. J'ai trouvé très positive aussi la constitution des comités anti-libéraux. Je pensais que chacun tirant les leçons de ses expériences serait prêt à refouler ses aigreurs et les dissentiments du passé. Ma surprise et ma déconvenues furent grande de constater que continuait dans ce champ à s'exprimer les même rancœurs anticommunistes que dans les quatre décennies précédentes. Les perspectives devinrent si problématiques que les comités antilibéraux se sont sabordés.

 

 

 

7°/- L'avènement du Front de Gauche fût un nouvel espoir. Je fus seulement très agacé de retrouver à nouveau, trop souvent, chez nos partenaires du PG et des différents courants qui s'y rallièrent les mêmes préventions à l'égard du PCF que celles qui s'exprimaient depuis 1968. Nous avons quand même mené campagne ensemble et constaté que lors des législatives les candidats communistes n'obtenaient pas de plus mauvais scores que ceux qui émanaient des autres courants du Front de Gauche. Nous n'avons donc pas à considérer que le PCF aurait une image plus négatives que celle des autres courants.

 

 

 

8°/- Élections et rapports au PS.

 

Après la rénovation de façade du PS, le PCF a pensé que pour éviter les reniements du passé il fallait tenter de l’engager par un contrat dont le monde du travail et les électeurs seraient les témoins. L’accord sur le programme commun de gouvernement a été signé en 1972. Lors des élections présidentielles de 1974, la dynamique créée par ce contrat n’était pas encore suffisante pour battre la droite. En 1981, celle-ci, sur la base de l’augmentation du chômage et des difficultés de vie, celle-ci put être battue. Le PCF tenta d’obtenir une mise à jour du Programme commun. Il pensait que son influence sur le monde du travail était suffisante pour que cette mise à jour puisse se faire. En réalité il avait sous-estimé l’effet dévastateur de la lutte idéologique que j’évoque plus haut, au point 4.Les élections de 1981 furent gagner sur la droite mais le vers de la collaboration de classes étai dans le fruit. En 1983 le PS abandonna le programme commun sans susciter de réactions suffisantes du monde du travail. Ce manque de réactivité explique que plus de trente ans après, la situation se soit dramatiquement aggravée

 

 

 

Comme je l'écrivais dans le premier point il y a bien longtemps que je ne me fait aucune illusion sur la social-démocratie et son acceptation de fait que le capitalisme serait pérenne et que la collaboration de classe est incontournable. C'est une voie sans issue pour l'humanité toute entière. C'est de fait ce qui donne tout son intérêt à la visée communiste dont le PCF est porteur. De manière abusive la plupart des contestataires du PCF l'identifie le plus souvent comme porteur du modèle soviétique. Ce dernier a démontré par la pratique ses limites et son incapacité à mobiliser les populations sur la très longue durée. Le communisme ne se réduit donc pas à cette expérience.

 

 

 

La visée communiste actuelle du PCF, de mon point de vue repose de fait sur 4 axiomes:

 

a) La lutte des classes est une réalité.

 

b) Cette lutte est imposée par la classe dominante qui veut pérenniser l'appropriation privée de l'activité humaine par la marchandisation. Elle est d'autant plus implacable que le système sur lequel s'appuie la classe dominante s'inféode l'État et s'en sert comme une arme pour affaiblir les dominés.

 

c) Les classes et couches dominées n'ont pas d'autre choix que de combattre cette volonté dominatrice pour obtenir que l'activité humaine rende service à l'humanité toute entière. Il s'agit en fait de réhabilité la valeur d'usage des services et produits et de créer des moyens de redistribution différents de la marchandisation.

 

d) Les objectifs portés par cette visée ne seront accessibles que par la mobilisation du réel en mouvement avec intelligence et créativité. Rien ne peut-être écrit d'avance. Il résulte de ce parti pris qu'il ne peut y avoir aucune convergence possible entre la visée social-démocrate et la visée communiste.

 

 

 

J'avance comme conclusion intermédiaire que toute pensée qui n'intègre pas ces axiomes ne saurait être une pensée de gauche.

 

 

 

Reste la prise en compte de la réalité et de son actualité (c'est à dire de l'interaction des actes et des actions) , des interventions sur le mouvement du réel pour qu'il évolue vers les objectifs de la visée. C'est particulièrement la constitution du rapport de forces qui permettra le mieux de résister à la domination capitaliste. Cette réalité intègre nécessairement les rythmes imposés par le fonctionnement de l'État, des structures qu'il anime et particulièrement des séquences électorales.

 

 

 

Par exemple, en 2012, dans la mesure où le candidat du Front de Gauche n'était pas présent au second tour, nous ne pouvions pas faire autrement que d'appeler à voter pour François Hollande afin qu'il puisse faire lui-même la démonstration de son impéritie et de ses choix politiques qui étaient contraires aux intérêts du monde du travail. La démonstration a été faîte. Ce n'est pas pour autant que cette décision était une compromission.

 

 

 

Dans toute élection il y a des enjeux généraux et des enjeux circonstanciels. Il importe avant de prendre une décision de bien analyser le contexte dans lequel ces enjeux s'inscrivent. Dans les enjeux circonstanciels je prends en compte évidemment les intérêts opportunistes qui généralement sont occultés car inavouables et dans certains cas peuvent être pris en compte au détriment de la visée. De tels cas sont condamnables. J'en connais évidemment. Cela ne suffit pas, même si des personnalités communistes sont concernées à remettre globalement en question le PCF. Le PCF est d'abord un ensemble de militants plus ou moins actifs qui progressent au travers des actions dans lesquelles ils s'impliquent et qui, au fil du temps, doivent avoir pour préoccupation essentielle une pratique affûtée du sens critique. Cela n'est pas acquis d'emblée. Déjà en 1931 c'est ce que souhaitait Maurice Thorez.

 

 

 

Le PCF donc n'est pas parfait, il est critiquable. Je souhaite seulement que ceux qui manifestent tant d'exigences à son égard soient aussi exigeants envers eux-même, pour le présent et dans notre histoire commune.

 

 

 

Depuis 2011 je suis assez régulièrement les articles de Médiapart et les commentaires qu'ils suscitent. Il m'a semblé que le panel des commentateurs, pour une part pouvaient être assez représentatifs de la mouvance "Front de Gauche". J'ai constaté que ceux qui s'y exprimaient au nom de la "France insoumise" étaient généralement peu amène à l'égard du PCF. En ce qui me concerne je n'ai aucune raison de me mettre à genoux et de faire acte de contrition. Je me suis donc contenté d'argumenter. J'ai observé que sur le fond j'étais très rarement contesté. Je n'ai jamais non plus manqué d'irrespect à l'égard de ceux que je contestais par contre parfois bien des échanges exprimait une certaine bassesse mais ceci est anecdotique.

 

 

 

Pour conclure je voudrais ici évoquer une question que je pose souvent. Admettons que le PCF soit très nul, j'attends toujours qu'on m'explique les raisons pour lesquelles d'autres ont fait moins bien encore, et, que je sache je ne vois pas d'organisations politiques qui aient fait mieux que lui.

 

 

 

J'espère que nous parviendrons à créer une dynamique sans exclusive et sans culpabilisation outrancière à l'égard de qui que ce soit. De cette capacité à définir ensemble une plateforme politique ouvrant d'autres horizons au peuple de France, de cette capacité à remiser les "Egos" dépend de fait, en ce qui me concerne la solidité de la perspective et donc la probabilité, au delà de l'élection présidentielle à réussir le changement.

 

 

 

Les élections présidentielles sont certes un épisode important mais il est tout a fait illusoire de penser qu’elle seront gagnées si le monde du travail ne se mobilise pas dès à présent. Quand le PCF met l’accent sur la nécessité de voir plus loin que l’élection présidentielle, de créer les conditions d’une victoire aux législatives et de réfléchir attentivement à l’ensemble des mesures immédiates à prendre en cas de victoire, ce n’est pas par caprice ni coquetterie, mais pour développer une dynamique victorieuse. Jusqu’à présent il semble bien que beaucoup de ceux qui espèrent de grands changements ne soient pas conscients de tout ce qu’il implique. Il ne suffit pas d’avoir un panache à suivre.

 

 

 

Ce que j’exprime, beaucoup de militants communistes d’expérience le pensent. Le changement a besoin d’eux. Ce n’est pas en les stigmatisant qu’on renforce le mouvement.

 

 

 

* Pour en savoir plus vous pouvez éventuellement vous reporter à la 5ème période du Maitron.

 

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