Capitalisme et société: Quelles interfaces?

Nous avons vu précédemment ce que le vocabulaire nous dit du capitalisme. Est-ce suffisant pour bien comprendre comment il fonctionne. Quels types rapports il établit avec chacun de nous mais aussi avec les groupes sociaux dans lesquels chacun de nous est de fait inséré. Observons d'abord que le capitalisme ne se vante pas d'être capitaliste. Il se vante d'être le champion de la liberté.

1/ Les conditions d'apparition du capitalisme

Avant que n'existe le Capitalisme il y avait déjà des entreprises. Ce n'est pas lui qui les a créées. Au moyen âge ces entreprises relevaient plutôt statutairement de ce que l'on appelle aujourd'hui "société en nom propre". Elles étaient rattachées à un maître artisan qui employait des compagnons et des apprentis.  Ces entreprises étaient établies dans les concentrations civiles qu'étaient les bourgs et les villes qui avaient obtenus des seigneurs féodaux préexistants une charte leur accordant certaines libertés. Le commerce et la monnaie préexistaient depuis bien longtemps. C'est la coexistence de  tous ces facteurs qui va induire le capitalisme, le développement des capacités productives permettant le développement du commerce.

Pour résumer on pourrait dire que le commerce est la boite noire des relations entre la fabrication et la monnaie. Battre monnaie était une prérogative des petits potentats locaux. Au fil du temps cette prérogative c'est ultra centralisée au point de devenir l'apanage des monarchies mais cette centralisation d'une certaine manière est en même temps parallèles au développement des relations commerciales. On pourrait donc dire que la capitalisme se fonde à la fois sur le développement des forces productives, sources des créations de richesses et sur la possibilité de transformer cette richesse en monnaie par le biais des transactions commerciales. La Banque est une interface fondamentale entre le capitalisme et l'État. Dans l'histoire, quel que soit le régime d'État, le capitalisme s'est avéré capable de trouver des compromis acceptables. 

Par ailleurs, les seules exigences du capitalisme sont la liberté de produire qui peut induire la liberté de faire circuler la main d 'œuvre et non pas la liberté pour la main d’œuvre de circuler, ainsi que la libre circulation de la marchandise et de la monnaie... Ce sont ces conditions qui historiquement ont conduit à associer capitalisme et libéralisme, sauf que ces liberté revendiquées ne suffisent pas à assurer la liberté pour tous les êtres humains. Par exemple la capitalisme s'est extraordinairement servi de l'esclavage.

2/ Le capitalisme et les populations.

Les populations intéressent le système capitaliste à deux titres:

1° Du point de vue de leurs capacités productives.

2° Du point de vue de leurs capacités à consommer

De ce point de vue "l'Entreprise" est une interface avec la société particulièrement intéressante pour le Capitalisme. Elle est intéressante parce qu'elle est le lieu de production des richesses et qu'en même temps sous forme de salaires elle distribue du pouvoir d'achat, c'est à dire du pouvoir de consommation. Au bout du compte l'argent des salaires revient donc dans l'entreprise par le biais des circuits commerciaux. En fait ce n'est pas si simple. Toutes les entreprises du point de vue du capital n'ont pas les mêmes potentialités.

Pour qu'une entreprise fonctionne il faut investir dans des moyens de production et une organisation opérationnelle avant même que l'on obtienne la moindre production. Dans une entreprise ancienne les ressources monétaires résultant de la commercialisation des productions précédentes constituent une réserve utilisable. Cet investissement Marx le nomme "Capital constant". Il est investit une fois pour toute et il n'y a pas de raison qu'il n'aille pas au bout des possibilités des machines et matériels qu'il a servi à acquérir. Le "Capital constant" va être soumis aux conséquences de l'usure physique des matériels dans lesquels on l'a investi.

Ce Capital est constant parce qu'il ne s'accroît pas au cours de la production. On le retrouvera dans la marchandise issue de la production sous forme d'amortissement. Ce capital constant est du "Travail mort" car par lui-même, en soi, il ne produit rien. Il faut l'actionné par du travail vivant. Des êtres humains qu'il va falloir maintenir en capacité de produire et pour cela rétribuer par des salaires. C'est l'ensemble de ces salaires qui représente le "Capital variable" que Marx distingue du Capital Constant. C'est une avance que fait le capitaliste pour acheter la force de travail. Au bout du compte la Capital Variable n'est qu'une petite partie de la valeur de l'ensemble de la production.

 

Proposition de schéma pour l'interface  "Entreprise" © Jean Le Duff Proposition de schéma pour l'interface "Entreprise" © Jean Le Duff

Proposition de schéma pour illustrer l'interface entreprise entre la société et le capital. La zone grise ou "Arrière cuisine des relations capitalistiques" coiffe l'entreprise. On y trouve notamment les statuts de la société et le cahier des charges imposées par le capital. Si c'est une société en nom propre ce sera par exemple les contraintes liées aux emprunts et à leur remboursement. Si c'est une société anonyme on y fera connaître en outre les attentes du capital... C'est à ce niveau aussi que sont prises en compte les obligations légales.

Ces commandes sont transmises à l'équipe de direction et d'organisation qui sont en fait les exécutants des ordres du capital qu'ils traduiront sous forme comptable. La comptabilité est un outil redoutable dont les centres de décisions pondèrent les différents chapitres.

Ce n'est que par la sollicitation du travail humain que l'entreprise devient vraiment l'interface avec la société au sens large. C'est ce travail humain qui mobilise le plus d'individus. Ceux-ci ne seront mis en piste que comme employés, l'Entreprise étant l'employeur.

Il a fallu des siècles de batailles syndicales pour qu'ils tentent d'exister dans l'entreprise autrement que comme des producteurs. C'est toute la raison d'être du code du travail. Vous comprendrez que les attaques contre le code du travail sont en fait des attaques pour limiter le droit d'intervention des salariés dans l'entreprise.

Pour l'essentiel les préoccupations du capital n'ont rien à voir avec la société civile. Ceux qui ne parviennent pas à surnager dans le grand bassin de l'Emploi tombe au fond de la bassine. Ce n'est pas une préoccupation pour le capital. Tout se passe comme si le capital écrémait dans la société civile ce qui lui permet de grossir sous forme de travail productif et de retour monétaire par la commercialisation de la production, pour le reste il n'en arien à faire. Et c'est pour cela que Bernard Arnault est la quatrième fortune mondiale. Bernard Arnault ne travaille pas dans une entreprise. Il se contente de veiller au grain dans l'Organisation Capitaliste et Financière. Il a bien main quelques "premiers de cordée" à son service ainsi que des équipes de direction et d'organisation dont certains aspirent sans doute à devenir eux aussi des premiers de cordée.

En  fait, le capitalisme est objectivement en dehors de la société civile. Il se contente de la cornaquer avec moins de précaution qu'un vacher son troupeau car pour le vacher perdre une vache a un coût

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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