Ouvrez, ouvrez les fenêtres… : Rhino ou corona ?

Le 21e siècle a déjà 20 ans et en ce mois d’octobre tout le monde y va de son couplet. L’idée était a priori déjà dans la tête de certains scientifiques depuis le début de la pandémie et huit mois de réflexion plus tard, nous entendons Madame Merkel nous recommander « d’ouvrir les fenêtres pour chasser la bête ! ».

 Alors, combien de fois, par jour ? Par heure ? Les propositions fusent, mais ne sont pas toutes calées sur les mêmes courants d’air.

Depuis 50 ans le législateur a été très clair sur la ventilation des locaux d’habitation pour que l’occupant respire de l’air non vicié. Et aujourd’hui il faudrait ouvrir les fenêtres en hiver pour aérer nos locaux. Quel progrès ! Je ne veux pas être redondant avec mon précédent billet, mais juste rappeler que je parle de 1969…au siècle dernier.

Depuis 15 ans on palabre sur les économies d’énergie et maintenant que les frimas arrivent, il faudrait ouvrir les fenêtres !? C’est étrange quand on pense que l’on a été jusqu’à créer des tests pour les constructions neuves en les mettant en pression pour contrôler leur étanchéité, en bouchant le trou de la serrure avec du ruban adhésif, car c’est une fuite !

Depuis 45 ans, nous sommes utilisateurs d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux avec récupérateur de chaleur, équipée d’une  « surventilation », prévue pour l’été afin d’assurer un rafraîchissement nocturne peu coûteux en énergie. Le principe, pour ceux qui ne connaissent pas : L’air neuf est récupéré à l’extérieur, passe dans un échangeur de chaleur (caisson avec une série de plaques), il est distribué dans chaque « pièce principale » (séjour, salon, bureau, chambres…), par des bouches de diffusion. Dans les « pièces humides » (cuisine, bains, WC…), les bouches d’extraction aspirent l’air vicié. Ainsi l’air traverse tous les locaux, des pièces de vie jusqu’aux pièces « humides ». L’air est rejeté à l’extérieur en passant par l’échangeur afin de réchauffer en hiver l’air neuf qui est introduit. En été, l’échangeur est court-circuité afin d’assurer le rafraîchissement nocturne. L’entrée et la sortie sont filtrées avec des médias performants. Entrée d’un m3 d’air neuf, sortie d’un m3 d’air vicié. Entrée de 100 m3 d’air neuf, sortie de 100m3 d’air vicié. Les débits du ventilateur en habitat individuel sont en général de 90 à 300m3. De quoi avoir de l’air respirable en toute saison, de partout.

Ainsi, dès que le virus fut venu, même au temps chaud, nous fûmes fort pourvus pour mettre quelques bestioles à la porte de chez nous.

Logement aéré - © Jean Lhormoy Logement aéré - © Jean Lhormoy
Lorsqu’il y a quelques personnes de passage, il suffit de pousser avec le pouce (ou tout autre moyen de son choix) le bouton de l’air neuf, sur la position 3. Chaque pièce est aérée à une bonne dose d’air neuf en permanence, 24/24h. L’apport de chaleur des personnes supplémentaires et le réchauffement de l’air neuf introduit via le récupérateur à 90% de rendement, fait que le coût de ce débit supplémentaire d’apport d’air neuf est négligeable, et surtout beaucoup plus rentable et confortable que d’ouvrir les fenêtres avec, en plus, les risques de dégâts collatéraux rhinopharyngés. Chaque jour, chaque heure, chaque minute la maison a sa dose d’air neuf parfaitement réparti avec en plus le meilleur confort en fonction du taux d’occupation.

Dans l’habitat individuel et collectif, le tertiaire et les bâtiments d’enseignement, quels sont les locaux correctement ventilés ? Pas trop. Voire parfois pas de ventilation, hormis la porte et les fenêtres.

Dans l’habitat ancien, on trouve beaucoup d’aérations statiques, par tirage thermique avec entrées d’air en façade (éventuellement présentes ou obturées) et gaine maçonnée (simple cheminée) pour l’extraction de l’air par différence de température. Ça dépend du vent, ça dépend du temps, ça ventile au petit bonheur la chance. Le problème est souvent empiré par la pose de menuiseries neuves étanches (avec grilles d’entrée d’air prévues pour une ventilation mécanique et non pour une ventilation thermique, voire parfois oubliées). Pour la chasse au virus, en attendant une rénovation, je le concède, la seule solution à employer est la solution de Madame Merkel.

Depuis 4 ou 5 décennies, on trouve majoritairement des ventilations simples flux dans l’habitat. L’air neuf entre par de petites ouvertures situées dans les menuiseries des pièces principales et des bouches d’extraction dans les pièces humides. Il n’y a pas de récupération de chaleur. C’est déjà pas mal, si elles ont des débits suffisants. Par contre, ce n’est pas la panacée du côté confort thermique, du confort acoustique (en zone urbaine), et la répartition de l’air n’est pas toujours bien équilibrée. De plus, comme il faut bien, en hiver, chauffer cet air neuf, la récupération de chaleur sur l’air extrait n’étant pas possible, cette consommation d’énergie est importante dans le bilan de l’habitation.

En dehors d’un petit nombre de personnes qui s’intéressent récemment à la construction de leur maison individuelle afin qu’elle soit moins énergivore, la ventilation double flux est boudée. Pourquoi ? Tout simplement, une ventilation « simple flux » est moins chère dans l’instant de la construction, et simple à mettre en œuvre. La réflexion sur l’importance d’un geste et de ses conséquences à moyen terme ou long terme n’est pas inscrite dans les gènes du bipède. Difficile de mettre une plus-value à la ventilation (qui pourtant se récupère en quelques années)  quand on veut installer une baignoire rose ! À décharge, il faudrait que toute personne qui a un projet individuel, soit parfaitement informée des conséquences de ses choix sur sa vie, dans sa maison, entre autres pour la ventilation.

Dans l’habitat collectif, les ventilations "simple flux" sont bien présentes depuis 1969. Il est difficile d’accepter de mettre en place une ventilation double flux. Beaucoup de ventilations "simple flux" sont déséquilibrées, voire bruyantes. Et comme le confort n’est pas toujours au rendez-vous, beaucoup d’entrées d’air sont obturées. Donc l’occupant respire de l’air vicié (sans parler des condensations sur les ponts thermiques et autres plaisanteries).

Pourtant le principe est simple : l’homme a deux poumons. Ils ont été fabriqués pour être alimentés en air neuf, non pollué. Quand ces deux poumons sont dans un local fermé, il est de bon ton d’apporter dans ce local la bonne quantité d’air nécessaire à leur bon fonctionnement. C’est tout et c’est très facile de répondre à cette demande.

Dans le monde du travail et le tertiaire, ce serait trop long et puis c’est le même principe. Juste un point sur les commerces : Monsieur le gouvernement, vous avez l’intention d’aider les commerces pour vendre sur internet. C’est dommage qu’il y ait du retard à l’allumage pour contrer les géants d’internet, mais c’est bien de vouloir les faire avancer dans la méthode. D’autant que vous savez bien qu’une aide (bien faite) c’est un investissement. Et cet investissement n’est pas à perte, car impôts, taxes, emplois restent à la maison, à disposition, sans négociations internationales. Et puis, le téléphone pour commander, ça existe encore. Tout le monde a un téléphone et sait s’en servir. On peut même récupérer le bouquin en faisant ses courses. Ça évite un timbre.

Je n’ai jamais compris pourquoi on achetait des livres chez des géants du Net. Quel en est l’intérêt ? En tous les cas, pas financier. Pour les personnes qui n’ont pas de librairie proche de chez eux ? Mais ciel, comment font les « géants » ? Je comprends que mettre un pied sur la lune c’est compliqué, mais faire des commandes sur un site ou  par  téléphone et utiliser La Poste (ou un voisin qui passe par là) pour le distribuer, cela ne doit pas être insurmontable.

Par contre, si les commerces que vous avez classés, comme « non essentiels », avaient été ventilés suivant une norme permettant d’admettre que l’on a sensiblement à l’intérieur, un air extérieur, vous n’auriez peut-être pas osé les nommer de cette façon et leur interdire de travailler ? Ne serait-il pas urgent de plancher sur de vraies ventilations de lieux où la culture s’exprime ? Je pense que même avec une réduction de potentiel, avec les gestes barrières et la gestion des tests, ils vous sauraient gré de ne pas les laisser sur le carreau.

Dans ces petits magasins, les gestes barrières ne sont-ils pas mieux respectés ? On a moins de risque de tomber sur le type qui plonge sur la boîte de thon qui se tient à côté de votre boîte de thon, car il y a urgence. Il va être en retard pour son feuilleton, et vous n’existez pas. C’est son feuilleton qui existe. Il me semble que le respect de l’autre, base même de la protection virale, est plus courant dans un petit commerce où l’on va croiser trois ou quatre personnes que dans une foule. Et puis, ça éviterait le ridicule des rubans blancs et rouges interdisant l’accès aux rayons « non essentiels ». Bien sûr, le ridicule ne tue pas, mais essayons de commencer à apprendre à vivre avec un virus.

Il faudrait peut-être conseiller à vos conseillers de plancher sur le sujet pour qu’ils puissent vous conseiller.

Parlons de l’enseignement. Ça concerne nos gosses. Le gouvernement, qui ayant entendu Madame Merkel, emboîte aussi le pas à ce discours ancestral qui consiste à dire aux enseignants « ouvrez les fenêtres dans les intercours ». On a même entendu « même pendant les cours » ! Il y en a qui ne manque pas d’air ! Ça fait des décennies que cela m’énerve. Il faut qu’ils me le re-servent aujourd’hui. Je ne vais pas vous embêter encore une fois avec ce sujet, j’en ai déjà parlé dans mon précédent billet concernant la canicule. Canicules, rhumes, virus,  grippe, même combat ! Vivement que l’on arrête de polluer nos gamins…dans l’inconfort ! Un m3 entré, un m3 sorti, ceux que l’on veut, là où on les veut et quand on les veut.

Monsieur le gouvernement, c’est peut-être l’occasion de faire avancer la qualité de l’air intérieur des bâtiments quels qu’ils soient. On est quand même au 21e siècle.  Si vous comprenez que c’est une bonne solution pour limiter certains problèmes, alors aidez à réduire la plus-value d’une ventilation vraiment contrôlée, confortable et peu énergivore. Accompagnez de façon simple, sans tarabiscotages inutiles complexes, injustes, c’est-à-dire de façon efficace. En plus, ça remontera cette sacro-sainte économie, pour la bonne cause.

Est-ce que ce virus permettra de prendre au sérieux la qualité de l’air des locaux de tout poil, afin d’essayer de réduire les problèmes pulmonaires quels qu’ils soient, et pourquoi pas, d'éviter de shooter les gamins aux antibiotiques de façon excessive ? Et puis pour tous les petits gestes de la vie collective, allons-nous entrer dans l’ère du « bon sens » ?

De plus, vivre, travailler, étudier, acheter avec un air extérieur… à l’intérieur, c’est très agréable.

Et en attendant des jours meilleurs, en ce mois de novembre, n’hésitez pas à prendre votre heure de bol d’air extérieur quotidien. C'est toujours ça de pris.

 

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