Monsieur PEPY merci de respecter nos envies

C’était vendredi après-midi gare de La Part Dieu. Avec ma copine nous étions en transit avec trois gamins. Nous sommes à l’entrée de la gare, côté Vivien Merle, sous le panneau d’annonce des départs de trains. Il est 14h00. Le hall de la gare affiche complet soit deux voyageurs par mètre carré.

Et bien sûr, à ce moment, il y a trois urgences. C’est normal, ça peut arriver à tout moment. On nous conseille en permanence de boire un litre et demi d’eau par jour. Comme rien ne se perd, rien ne se crée, il faut bien que cette eau trouve à un moment le moyen de ressortir. Donc il faut abandonner la lecture du panneau d’annonce et rechercher les toilettes pour régler ce problème quotidien afin de poursuivre le voyage en toute sérénité.

C’est à partir de là, que la sérénité a commencé à s’étioler. D’abord, où se trouvent les toilettes ? D’après le site Internet de la gare, il est écrit (à l’onglet « services », dix écrans plus bas et bien après « le piano en libre-service ») qu’elles se trouvent « à proximité du bureau d’accueil ». On peut penser alors que l’on va être bien accueilli, mais elles ne sont pas notées sur le plan. Tout est noté, sauf les toilettes.

Donc nous nous lançons courageusement dans l’arène. Cramponnant les enfants nous fendons la foule. À un moment, je suis obligé de tirer mon loupiot fortement derrière moi. Une femme d'affaires, de un mètre quatre-vingt, quatre-vingts kilos, un attaché-case à la main droite et un téléphone rivé à l’oreille gauche, nous fonce dessus. Nous sommes des milliers, elle est seule. Comme pour trop de gens, l’autre ne compte pas. Mon loupiot a certainement le bras un peu plus long maintenant (ce qui ne le favorisera pas obligatoirement plus tard), mais au moins il est sauvé.

Monsieur PEPY, imaginez que vous ayez une envie pressante en étant à l’entrée Vivien Merle. Il vous faut traverser un hall bondé jusqu’à l’autre bout de la gare à côté de l’entrée de La Villette. Vous pourriez tenir ? Il y a tellement de monde dans cette gare que vous ne pouvez même pas marcher, sans risque d’avoir un pied écrasé, en ayant les pattes à 30° comme les roues arrière des R8 Gordini pour essayer de coincer la tuyauterie afin de limiter le risque de créer une trace, qui vous ferait remarquer par trop de monde. On est assez tracé comme ça. Si vous n’avez pas les moyens de mettre des toilettes à chaque extrémité de la gare, mettez-les au milieu. Ça diviserait le parcours de moitié.

C’est dans ces moments que l’on rêve de plages désertes (en plus, c’était vendredi).

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Les premières indications lisibles sont les pancartes signalant l’accueil. Donc on va trouver bientôt ces foutues toilettes, à proximité. Là, nous apercevons les premières pancartes qui concernent notre problème, mais il restera encore une demi-gare à se coltiner, puis un deuxième hall.

Nous avons pensé un instant que la sérénité allait revenir. Eh bien, le pire moment était à venir. Vous arrivez devant un (seul) tourniquet qui vous barre le passage. Entre parenthèses, Monsieur PEPY, ces tourniquets inventés par un sadique il y a plusieurs décennies ont vite fait de vous percuter. Et pour un Français de taille moyenne, il est plutôt situé à hauteur du matériel d’évacuation des liquides absorbés. Je ne vous fais pas un dessin ? Pour chanter la tyrolienne, il n’y a pas mieux.

Le montant de l’octroi pour soulager sa vessie à la gare est de soixante-dix centimes d’euros. Ce montant est hors de prix. Savez-vous que s’il fallait régler cette somme chaque fois que cela est nécessaire, cela vous coûterait un SMIC par an? D’accord, vous êtes un peu au-dessus du SMIC, mais pour tous ceux qui sont en plein dedans, ça ferait une paie en moins. Et ça serait encore plus pénalisant pour ceux qui ont des problèmes prostatiques. Et avec trois gamins, faites le compte ! Heureusement qu’à la maison c’est compris dans le loyer et que dans la nature il y a encore des arbres et des buissons gratuits.

Je voudrais vous rappeler un point : quand vous êtes dans la gare ou dans le TGV, vous pouvez acheter et boire une bière ou un jus de fruit. Vous savez à quelle vitesse la bière dévale la tuyauterie ? Or, lorsque vous achetez un produit neuf, le vendeur à l’obligation de récupérer, gratuitement, le produit usagé. C’est une obligation. Pour chaque bière achetée dans l’enceinte de la SNCF, il faudrait songer à délivrer un ticket gratuit de sortie.

Cela étant le vrai gros problème c’est le mode de paiement. À l’époque de la carte bancaire, du paiement par téléphone mobile, ou bientôt rien qu’en y pensant, ici on ne peut payer qu’en monnaie sonnante et trébuchante. Sauf que pour faire 70 centimes d’euro, il faut mettre dans la fente une pièce de 50cts et une pièce de 20cts. Si on fait l’addition, ça tombe juste, mais Monsieur PEPY, avez-vous dans votre poche une pièce de 50cts et une pièce de 20cts ? Pas certain. Est-ce que les milliers de voyageurs qui passent par votre gare ont systématiquement dans leur poche ces deux pièces ?

Nous avions les 50cts, mais pas les 20cts. Donc on a mis un euro. Sauf que cette espèce de machine ne rend pas la monnaie et n’accepte pas les pièces de un euro. Elle a besoin (nous aussi ce jour-là) d’être alimenté QUE de pièces de 50cts et QUE de pièce de 20cts. Et en plus, elle garde l’euro avalé !

Nos gamins sont entrés en même temps grâce à la gentillesse d’un monsieur qui nous a fait un don de 20cts (j’en profite pour le remercier encore une fois d'avoir fait ce don utile, mais non déductible). Je ne vous cache pas la grogne des voyageurs qui constataient ces conditions de paiement. Un homme d’affaires (semble-t-il ?), grand, distingué, a dit que c’était scandaleux (je ne cafterai pas ce qu’il a rajouté). Il fallait s’y attendre, les voyageurs se sont mis à jouer à saute-mouton au-dessus du tourniquet.

J’ai fait ce billet en dehors du thème de mon blog (quoi que ?) pour rendre service (enfin je l’espère) aux clients de votre grande société ferroviaire. Lorsque vos clients prennent le train, vous conseillez aux voyageurs de composter leur billet. N’hésitez pas à leur conseiller aussi d’avoir dans leur poche des pièces de 20 et 50cts et en nombre suffisant pour assurer leur(s) besoin(s) lors de leurs passages à la gare. Une annonce avant le départ ne ferait peut-être pas bon effet, mais ça pourrait être noté sur le billet ? Encore mieux : dans les commerces, les toilettes sont gratuites. La SNCF est bien une entité commerciale qui souhaite respecter ses clients ?

Ah! Au fait, Monsieur PEPY, si un de ces jours vous passez par la gare de La Part Dieu, pourriez-vous nous récupérer notre euro ?

Nous vous en saurions gré.

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