Canicule : Barbecue dans les écoles !

De nombreux élèves ont fait des malaises fin juin dans toute la France (et ce n’est pas la première année) en raison de températures trop élevées dans les classes. En dehors de ces malaises non admissibles, ce n’est pas la peine de chercher à faire entrer dans le crâne d’un gamin un savoir, lorsqu’il est dans des conditions climatiques déplorables.

Après la dernière guerre mondiale, la demande étant forte en habitats et en écoles, on a construit « plein pot » sans avoir de réflexion surtout sur l’énergie et le confort. Pour l’énergie ça n’inquiétait personne puisque le pétrole était à un prix complètement dérisoire par rapport à aujourd’hui (rapport environ de 1/50). Pour le confort climatique, ce n’était pas dans les tuyaux. On avait le confort thermique avec le chauffage central, de la lumière à profusion par de grandes ouvertures sur toute la façade, de grandes classes pour entasser 45 élèves, un éclairage artificiel correct et en général un équipement neuf. C’est parfait, sauf qu’il manquait surtout une ventilation contrôlée et des protections solaires.

Pour l’aération des poumons des élèves et des enseignants, la méthode ancrée dans la tête des décideurs, était celle de « l’ouverture des fenêtres dans les interclasses » qui était (et qui reste) une hérésie totale. Il est certain que ça ne coûtait pas cher et puis on n’allait pas s’empoisonner la vie à mettre en place une ventilation mécanique contrôlée, et pour bien faire correctement…une ventilation double flux.

Concernant la ventilation double flux, c’est excusable dans les années 1950/1960, mais au-delà on aurait pu commencer à se pencher sur le problème. La principale raison de la ventilation contrôlée est d’apporter de l’air neuf, nécessaire aux occupants de locaux et d’évacuer l’air vicié, à chaque instant. Tout simplement pour respirer. Le bâtiment, pendant longtemps, a très largement oublié qu’un bipède devait respirer. Or comment imaginer apporter un confort hygiénique en ouvrant les fenêtres cinq minutes toutes les heures ? Une classe de 30 ou 40 gamins, fermée, commence à être polluée au bout d’un quart d’heure ! De plus, une telle occupation apporte une quantité non négligeable d’humidité et de chaleur (été comme hiver). La régulation climatique « par la fenêtre» est née d’une compétence incompréhensible de la part des décideurs. Il est curieux que, depuis la réglementation de 1969 sur la ventilation des immeubles d’habitation, ceux-ci soient équipés d’une ventilation contrôlée avec un volume par heure, et que dans les écoles, qui ont une occupation dix fois supérieure, on ouvre les fenêtres toutes les heures pour renouveler l’air ! La température et l’humidité qui font le yoyo tout au long de la journée ne sont pas propices pour digérer les maths ou la grammaire française.

Concernant le confort été (et hiver), les travaux sur le traitement des bâtiments auraient dû commencer depuis longtemps. Le soleil doit être arrêté, en été, avant qu’il ne rentre dans le bâtiment pour qu’il ne surchauffe pas le local, et en hiver, juste après qu’il soit entré pour qu’il apporte sa chaleur gratuite sans qu’il gêne l’écolier dans sa tâche laborieuse. Protection solaire externe l’été, protection solaire interne l’hiver. Limiter le besoin reste depuis toujours la seule solution à suivre, hiver comme été.

Le problème de la chaleur dans les locaux en été est réglé par la consommation de kWh pour ceux qui en ont les moyens. Ceux qui ont des difficultés pour régler les factures de chauffage ne risquent pas de booster le kWh en été pour être au frais. Allons-nous continuer à créer des quartiers d’affaires avec des façades entièrement vitrées pour que l’on nous voie bien de loin, pour en mettre plein la vue ? Et on fait quoi avec ce qui existe ? Je me souviens d’avoir croisé un bâtiment-tour en pleine campagne, façade entièrement vitrée sur ses quatre façades et qui au mois de février chauffait au nord et climatisait au sud. En février ! Une modification pour faire un transfert d’énergie, entre les locaux sud et les locaux nord, n’est pas pensable dans un monde financier qui réfléchit à très court terme. Dans notre monde riche et surprotégé, nous serons beaucoup plus nombreux à souffrir de la chaleur en été que du froid en hiver. Si on continue à faire n’importe quoi, il y aura explosion de kWh. Ce que l’on gagnera en hiver, nous le perdrons en été. Statu quo.

Mais revenons à nos bambins. Canicule en juin. On va nous dire que « les gosses sont sur la plage en juillet et en août, donc ça ne concerne QUE le mois de juin, une canicule de quelques jours…». Alors, on commence les vacances fin mai ? Et puis après ? On nous promet un réchauffement général et plus de canicules. Difficile de faire une année scolaire sur la période dite d’hiver. J’en connais qui seraient contents, mais le savoir en prendrait un coup.

On peut être inquiet sur la rapidité de mise en œuvre d’un vrai programme de confort dans les écoles vu la vitesse où la transition écologique avance. Et pourtant, il est urgent de traiter ce problème. Il suffit de faire une simple recherche sur Internet genre « malaise élèves canicule » c’est édifiant. Pour exemple l’article de Franceinfo de juin 2017 : la directrice de la maternelle qui a 34°C dans les salles de classe et 36°C dans le dortoir, avec problèmes pour les petits, s’entendre dire «… gardez les enfants à l’ombre et fermez les volets ». Pas de pot, il n’y a pas de volets ! Ça ne s’invente pas - ici -.

 © Jean Lhormoy © Jean Lhormoy
Le risque est que l’on fasse, comme souvent, à la petite semaine. Dans le même article : Fournir « deux ventilateurs » pour 14 classes (pour faire quoi ? même avec 14 ventilateurs !). On risque aussi de voir arriver de soi-disant climatiseurs avec « un pot d’échappement » coincé dans la fenêtre entrouverte (mais ça, c’est une autre histoire), ou poser des protections intérieures moins chères que des protections extérieures (pourtant la seule chose à faire. La protection intérieure c’est pour l’hiver). Voire d’autres bidouillages. En été comme en hiver, on réduit au maximum les besoins et ensuite on pose une petite chaudière pour l'hiver et un petit rafraîchissement, si nécessaire, pour finir de régler le problème pour l'été. Une petite idée en passant : mettre des casquettes, oui, mais pas sur la tête des gamins comme pour la réunion - ici - à Louverné avec Thomas Pesquet (c’est un comble) qui s’est terminée avant l’heure avec l’intervention de valeureux pompiers qui « a permis de remettre tout le monde d'aplomb et d'éviter la case-hôpital » (ouf !), mais des casquettes sur les longues façades vitrées. En dehors de leur fabrication, ça ne mange pas de kWh. Il va falloir que l’on apprenne à vivre avec l’été. On parle maintenant beaucoup de la chaleur qui sort, il va falloir penser aussi à la chaleur qui entre.

Combien de générations d’élèves ont été polluées pendant leur scolarité et ont étudié dans des conditions de confort climatiques déplorables ? On continue ?

2018 : La ville de Paris à un programme « Cours Oasis » « végétalisation et rafraîchissement » dans les écoles et collèges - ici -. En septembre 2018, trois premières cours ont été réalisées. Les réfugiés climatiques du reste de la ville, qui ne sont pas à l’ombre, pourront utiliser ces cours le WE, sans avoir l’obligation de suivre des cours (mais pourquoi pas, pour apprendre à ne pas être un réfugié climatique). Ces cours, de « plus de 70 hectares », soit, sauf erreur, un demi-point de la surface de Paris, ne permettront peut-être pas de remonter à l’avant-dernière place du classement mondial des villes vertes (voir précédent billet), c’est un peu court, mais c’est un début. C’est bien. Mais il faudra attendre encore 20 ans pour finir l’ensemble des établissements. Si pour la cour il faut 20 ans, alors pour le bâti il faudra combien de temps ?

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