L’étiquette énergétique, alimentaire... et l'étiquette politique, c’est pour quand ?

On nous annonce que 50% des Français ne savent pas pour qui voter à quelques jours de l’élection du dirigeant de notre pays. Pour cause de trop d’informations sur les « affaires » et pas assez sur les programmes ? Comment nous aider à comprendre les propositions des candidats et ce qu’ils veulent vraiment pour notre pays ? Pourrions-nous avoir un outil pour nous aider ?

Etiquette de Marcel Etiquette de Marcel
Après les deux débats, le pourcentage d’indécis reste encore à 40, 38%...Difficile, pour chaque citoyen, de prendre tous les programmes des candidats, de les lire complètement, de bien les comprendre, de prendre des notes pendant les débats et les interviews, de faire un tableau de synthèse et de mettre de bons ou mauvais points. C’est une démarche que la majorité d’entre nous ne fait pas, à moins d’être politologue ou autre métier concerné.

Depuis 2011 lorsque l’on veut choisir un bien immobilier on a à sa disposition un classement énergétique, une étiquette de couleurs et un classement sur sept lettres. Depuis peu, l’étiquette alimentaire aussi se met en place.

Côté politique, l’étiquette existe, mais ce n’est pas la même. Etiqueté à droite, à gauche, au centre, divers droite, divers gauche… Cet étiquetage ne permet pas de  nous aider à faire un choix pour une élection. De plus si l'on a un homme politique «sans étiquette » on est encore plus dans le pétrin si on ne creuse pas plus loin. Et puis, cela veut dire quoi être de droite ou de gauche ? N’est-ce pas à la base une situation géographique ? De plus, on est toujours à droit ou à gauche de quelqu’un, sauf si l'on est au bout du banc. Ne faudrait-il pas avoir une autre étiquette pour les candidat(e)s à une élection ?

C’est-à-dire,  « Étiquette de performance politique » à chaque élection pour chaque candidat en fonction de leur proposition afin d’obtenir un comparatif qui, en dernière analyse, pourrait avoir cette forme :

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Oui, mais comment arriver à cette « Étiquette de performance politique ». On ne fait pas le choix d’un candidat comme on fait le choix d’une machine à laver (quoiqu’en politique on parle parfois de linge sale aussi).

Bien sûr établir la base d’une étiquette énergétique ou alimentaire est certainement moins compliqué qu’établir « une étiquette de performance politique ». L’énergie c’est un problème physique, mathématique, c’est un problème d’empilage de kWh. Pour l’alimentaire, c’est aussi l’empilage de produits bons ou néfastes pour la santé. Dans la politique il y a bien des données quantifiables et qualifiables, mais, en plus, il y a de l’humain. Ça se complique.

Comment arriver à ce classement final ? On pourrait avoir des (sous) « Étiquettes de performance politiques » pour chaque thème. Un exemple : « l’étiquette politique pour les personnes âgées ». On pourrait avoir la cotation des propositions des candidats concernant les personnes âgées. Comment traiter le problème des personnes âgées qui ont 750€ par mois de revenu avec des loyers à 2000€ en maison de retraite, un livret A qui est vidé en quelques mois, qui n'ont pas de biens immobiliers à vendre, avec des enfants qui ont déjà des difficultés pour boucler leur fin de mois ? Quelles solutions pour une personne de 98 ans qui attend depuis deux ans une place en maison de retraite (sans qu’elle soit obligée de se casser le col du fémur dans ses escaliers pour avoir gain de cause) ? Quelles solutions pour le maintien à domicile, les conditions de travail des auxiliaires de vie corvéables, de l’encadrement en cantou, de la fin de vie… ?

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Oui, mais comment arriver à cette « étiquette spécifique » ? Qui peut l’établir ? Bonne question. L’électeur bien sûr. Il faut bien que tout le monde bosse sans attendre que tout arrive des autres. Et si l’électeur avait à sa disposition un tableau de 11 colonnes avec les propositions des candidats points par points et la possibilité de mettre une échelle de valeurs en face de chacun de ces points ? Déjà les électeurs ne seraient pas 60% à ne pas avoir lu le programme des candidats. Ils en auraient fait au moins une lecture résumée et si en plus l’outil permettait d’avoir accès à plus de détails sur un point que l’on veut approfondir, c’est encore mieux pour appréhender les programmes sans appréhender de ne pas pouvoir faire un choix.

Il serait normal que celui qui pense que l’écologie est importante et qu’il va y avoir de plus en plus de problèmes avec le vieillissement de la population mette des (bons) points à celui qui traite sérieusement ces sujets. Une bonne connaissance du programme de chacun permettrait aux indécis de voter plus facilement et certainement de limiter l’abstention.

Il ne faut pas rêver. Avant d’avoir une « Étiquette probité », l’eau aura coulé sous les ponts. Par contre, comme je l’avais proposé il y a quelques semaines dans un commentaire, une « étiquette dépenses publiques » ne pourrait-elle pas voir le jour ? Quand aurons-nous un site indépendant qui fournira en toute transparence les tableaux des revenus des politiques payés sur les fonds publics? Et plus largement, une sorte de « Wikipédia » de la dépense publique en générale où chacun pourrait avoir accès à une information financière crédible. Des données mises à jour en fonction des valeurs connues et reconnues. Pas des données brutes de fonderie, mais expliquées simplement, argumentées, discutées avec droit de réponse. Les montants légaux, les pas trop légaux, les revenus non sujets à l’impôt sur le revenu...Avoir des tableaux, des graphes et textes comparatifs où chacun pourrait avoir accès à une information financière crédible, à la portée de chacun et qui pourrait permettre à beaucoup de citoyens de réfléchir plus facilement pour faire ses choix. Et surtout, pour les politiques et ces « experts » de tout poil qui causent dans le poste en nous abreuvant de chiffres plus ou moins justes pour « noyer le poisson » et faire « avaler des couleuvres » aux téléspectateurs, aux auditeurs ou aux lecteurs. Ils seraient obligés de « faire gaffe ».

Il faudrait aussi des gardes fous. Si l’électeur a obtenu des « A » sur tous les thèmes pour un candidat, l’outil pourrait lui dire « Vous avez voté pour le père Noël. Pour information, il ne se présente pas à cette élection ». Juste un avertissement. À chacun de croire, ou pas, au père Noël.

Pour pousser le bouchon un peu plus loin, le top du top serait d’avoir un questionnaire général rédigé par les citoyens à remettre aux candidats pour avoir : - QuestionRéponsecotation - résultat.

Avec un cahier des charges, c’est toujours plus facile de juger des propositions. On pourrait espérer aussi que le candidat améliorerait son projet pour tendre vers le « A » lorsqu’il serait dans le rouge et voudrait passer au vert. C’est avec de bons outils que l’on fait un bon ouvrier. C’est avec de bonnes informations que l’on peut faire un bon électeur.

On est obligé d’aller vers un changement pour le choix d’une politique. On ne peut pas se contenter d’avoir des politiques qui, dans les mois précédents  le jour de l'élection, font du serrage de cuillères sur les marchés et nous d’avaler tout ce qui se dit dans les médias, les micros-trottoirs, ou la dernière brève de comptoir pour aller mettre un bulletin dans l’urne. Bien sûr, on a l’impression que dans cette élection, certains candidats ont fait plancher sérieusement des personnes, certainement compétentes, mais chacun dans son coin. On voit le résultat à droite comme à gauche.

Heureusement, on commence à avoir un début d’avancée dans la demande citoyenne avec par exemple le collectif des 75 associations sur le site https://www.appel-des-solidarites.fr/. C’est un début dans cette demande collective, surtout que cela concerne les problèmes les plus urgents. D’autres entités ont fait des demandes et des propositions aux candidats. Il faudrait qu’à l’avenir ces demandes soient étendues, regroupées et présentées collectivement. Et voilà comment le questionnaire général revendicatif, le « cahier des charges ».

Une solution qui consisterait à proposer aux politiques, les demandes et aussi les propositions des citoyens, permettrait d’avoir de meilleures politiques. C’est l’électeur qui est le premier détenteur des bonnes questions et des bonnes réponses. Il suffit de les analyser, les quantifier et les qualifier avec des seuils, dans un cadre le plus équilibré possible pour que ce soit réalisable.

Le politique doit répondre à la demande des citoyens, c’est son boulot. Autant lui faciliter la tâche pour éviter qu’il passe à côté de la plaque. Son travail serait de plancher sur des solutions réalistes pour tendre vers cette demande sur la base de ses convictions et de présenter son projet suivant ces demandes structurées. On peut toujours rêver.

Aujourd’hui le facteur vient d’apporter une grosse enveloppe de documents. Ce n’est pas très écologique et c’est très coûteux. Mais ces documents vont-ils permettre aux indécis de voter en toute sérénité, plein d’espoir sur notre avenir proche et lointain, et surtout celui de nos enfants ?

 

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