« Les voleurs de feu » sur la politique solaire en France

« Les voleurs de feu » de Brigitte Chevet est un documentaire qui raconte de façon très claire les errements des politiques françaises sur l’énergie solaire depuis quatre décennies. Pour ceux qui n’ont pas l’âge d’avoir suivi ce fiasco ce film est un parfait enseignement et pour ceux qui ont vécu cette histoire, un triste rappel de toutes ces années perdues.

Une des trois centrales thermiques d’Ivanpah aux États-Unis © Google earth Une des trois centrales thermiques d’Ivanpah aux États-Unis © Google earth

Quand le décideur respectueux du futur et couillu se présentera-t-il aux élections pour arrêter ce gâchis ? A priori pas encore en 2017. Si un jour il se présente, il ne faudra pas le lâcher.

Après avoir visité la centrale thermique solaire Thémis à Targassonne lors de sa mise en service, plein de futurs dans la tête, quelle déception de voir sa fermeture trois ans plus tard ! Le premier sentiment qui venait à l’esprit à l’époque était « tout ça pour justifier que seul le nucléaire civil était valable ». On devait être de mauvaise foi ? C’était une centrale-test ! Mais un test de trois ans avec un tel investissement, ça fait cher le test ? La France était pourtant devant, question solaire. Thémis c’est 40 ans avant la centrale d’Ivanpah aux États-Unis. Espérons que les Américains ne font pas un test pour justifier la rentabilité du gaz de schiste. Eux.

Pour le photovoltaïque aujourd‘hui le problème est différent. Il n’est que la suite des décisions des politiques, et de leurs conseillers, pour la mise en place d’aides sur l’énergie. On  décide de favoriser le développement des économies d’énergie, du solaire thermique, du solaire voltaïque, de la pompe à chaleur ou autres. Alors on finance pour que ça puisse se faire. Oui, mais comment ? De façon souvent aberrante. Aujourd’hui, on constate les dégâts de la décision d’un rachat du kWh à 55cts. Déjà le jour où le chiffre a été annoncé publiquement il était évident que cette décision allait atteindre les utilisateurs et en priorité les personnes à faibles revenus au bénéfice d’une spéculation. Il n’était pas obligatoire d’avoir une boule de cristal. Que le politique soit mal informé par ses conseillers, c’est possible, mais il peut avoir un peu de jugeote. Non ?

 Au début des années 80, les premières aides en habitat social, pour réaliser des économies d’énergie sérieuses, étaient de 30% du montant des travaux, voire 40% dans quelques cas. C’est parfait pour les bailleurs qui ont réalisé des travaux dans ce cadre et les locataires concernés. Mais ça n’a pas duré autant que les impôts. Lorsqu’un plus grand nombre de bailleurs sociaux ont décidé de s’atteler à la tâche, les aides ont fondu. Avec 10 ou 15% d’aides, il est plus difficile d’aller loin dans les travaux. Un juste milieu aurait certainement permis d’avoir un autre résultat à plus long terme.

On peut aussi se souvenir des pompes à chaleur des années 80/90 et ses similitudes avec les problèmes du photovoltaïque aujourd’hui. Plus proche, on a les crédits d’impôt pour faire des travaux d’économie d’énergie avec des aides qui font le yoyo, des TVA à 5.5 à 10… sans parler des complexités d’application. Mais ça, c’est un autre sujet. On peut aussi réfléchir sur la perversité de certaines aides sur le coût des travaux.

Pour résumé, on booste et après on casse. Mettre en place une bonne politique pour faire avancer notre société dans le domaine énergétique n’est pas simple, mais quand on a tant d’années d’historique on peut se poser les bonnes questions et apporter des réponses possibles, voire évolutives, mais pas dans l’excès.

Dans le documentaire, on pourra apprécier les informations données par le directeur de RTE qui rappelle l’interconnexion du réseau permettant de consommer du solaire allemand. Attendons encore un peu et nous allons consommer du solaire lapon pour la Côte d’Azur. C’est vrai qu’en été ça doit bien produire là-haut. C’est allumé toute la journée. En hiver, on devrait négocier avec les Terres australes. Si je comprends bien, un peu des fumerolles de charbon allemand distribuées dans l’est de la France seraient dues à un manque d’installations solaires chez nous ?

Quant au PDG d’EDF, il nous apprend qu’il y a peu de soleil en France et qu’il y a peu de surface pour l’installer, car la société EDF est très respectueuse des surfaces agricoles. Impressionnant !

Ce film montre le côté visionnaire du dessinateur Jean Marc Reiser et du chimiste et physicien Félix Trombe (et quelques autres). Ça rappelle ce que l’on a raté.

Les contraintes collées au solaire par EDF ont fait développer l’autoconsommation. Intéressant comme pied de nez et comme solution, mais, attention, avec la force des puissants nous risquons de voir arriver des lois pour mater les irréductibles Gaulois. On a déjà vu. Mais l’autoconsommation comme les projets privés de grandes tailles (ex. : centrale de Constantin citée dans le film) s'ils permettent de faire avancer le solaire (et aussi d’autres types de production d’électricité) ne risquent-ils pas de poser quelques problèmes au futur d’EDF et au financement d’un parc nucléaire à maintenir en bonne santé pendant encore quelques décennies pour assurer la transition de production et le démantèlement des centrales ? Ferons-nous payer le solaire pour les dettes du passé ? 

Les énergies sont très importantes dans nos vies. On pouvait espérer que la production et la gestion de toutes les énergies restent publiques. En énergie électrique, les décideurs ont décidé d’avoir 75% de nucléaire. Le proverbe « ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier » est bien connu des chefs d’entreprises. Au-delà de 33%, il y a péril en la demeure. Mais le proverbe n’est pas connu des chefs successifs de l’entreprise France. Et pourtant c’est la plus importante…en France.

On va croire le poète nobélisé « The times they are a changing ».

 

Public Sénat a diffusé le film le 14 janvier. Il est rediffusé le samedi 21 janvier à 23h15 et le dimanche 22 janvier à 10h20 et 18h00. Les deux vidéos de l’intro et le débat du 14 janvier sont sur : http://www.tv-replay.fr/un-monde-en-docs/

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