Le pouvoir d’achat, c’est quoi ?

Le pouvoir d’achat a deux bouts, pourquoi le voir que d’un seul bout ?

Il se résume simplement à deux valeurs : Montant des dépenses et montant des recettes, pour le particulier comme pour l’entreprise. Si les dépenses sont inférieures aux recettes, l’entreprise obtient une marge qui peut lui permettre d’investir pour l’avenir et/ou distribuer des dividendes. Le particulier peut lui aussi voir l’avenir plus sereinement et nourrir l’Écureuil pour se rassurer. À l’inverse si les dépenses sont supérieures aux recettes, l’entreprise fait faillite et le particulier est dans la galère. C’est ce qui permet de vivre très bien, bien, moyennement, mal ou très mal.

Bon, ça, tout le monde le sait. Par contre, ce qui est étonnant, c’est que le pouvoir d’achat ayant deux bouts, on ne parle toujours que d’un bout : le côté recette du pouvoir d’achat. Le côté dépense... jamais entendu parlé ! On a beau essayer de supporter les discours politiques, les analyses « d’experts », on est toujours du côté du bout du toujours plus. « J’augmente le salaire minimum, je mets une prime d’activité, je détaxe les heures supplémentaires et une prime pour l’un », que l’autre n’aura pas. Ce qui crée des différences, parfois des petites différences, mais qui font des grands mécontents. Et les plus démunis, dans l’histoire ? C’est parfait, on va continuer la grande pétaudière que l’on amplifie de décennie en décennie. Pourquoi faire simple quand on peut faire de plus en plus compliqué ? Bien sûr si on augmente fortement les salaires, les retraites, les aides, tout le monde sera content. Enfin pas longtemps, car nos sociétés sont en équilibre (plutôt mal équilibrées et en plus endettées) et l’on ne peut pas tirer la couverture toujours du même côté. Il est certain que pour trouver le bon équilibre c’est difficile et cela le sera de plus en plus si l’on continue de cette manière.

Le delta qui me permet de vivre décemment, ou non

Le pouvoir d’achat est plus facilement résumé par « Qu’est-ce qui fait bouillir ma marmite pour que je puisse vivre décemment ? » C’est plutôt cette valeur qu’il faudrait établir au lieu de complexifier à outrance le système. Un peu comme le principe du SMIG de 1950 qui permettait d’assurer « le panier de la ménagère ». Aujourd’hui ce calcul de 1950 paraît bien désuet, mais il suffit de le mettre au goût du jour avec les problématiques du 21e siècle. Pourquoi pas un truc qui ressemblerait à un PAMIG (Pouvoir d’Achat Minimum Individuel Garanti) et pas un SMIC afin d’obtenir des revenus plus égalitaires et plus vivables ? Aujourd’hui on a de super ordinateurs pour intégrer dans les calculs autre chose qu’un célibataire avec ses 2897 calories par jour, ses deux tabourets, sa table, son lit…et surtout pouvoir laver son slip une fois par semaine ! (1). Un salaire identique pour une activité identique ne permet pas systématiquement d’avoir un pouvoir d’achat identique en raison des disparités des compléments de salaire ou avantages divers et des personnes à charge dans le foyer.

Mais, revenons à aujourd’hui la période « des petits un peu plus à l’un, un peu plus à l’autre ». Et les économies sur les dépenses du ménage et l’environnement dans tout ça ? Dans les choux ! On essaie d’éteindre l’incendie avec des petits plus. Obligé d’intervenir en pompiers aujourd’hui en mettant encore plus au rancard l’avenir.

On entend dire que le coût de la transition écologique est important et que les revenus modestes n’en ont pas les moyens. Pas d’accord ! En finalité, si on gère ça de façon intelligente, la transition écologique est positive financièrement, sauf qu’il faut l’accompagner autrement que ce qui est fait actuellement. De plus, je crois l’avoir déjà dit dans ce blog, si on continue sans rien faire, alors là, ce seront bien les revenus modestes qui seront les premiers impactés.

L’essence a été déplombée, mais on a plombé le véhicule

Il y a de nombreux points à changer. Entre autres dans le domaine énergétique. Pour limiter la longueur de ce billet, je ne parlerai que d’un point et de manière partielle : le déplacement pour les personnes obligées de prendre leur voiture pour aller au travail alors qu’il n’existe pas d’autre transport possible - le problème du pétrole pour la bagnole - ce qui a déclenché le ras-le-bol. Pourquoi une voiture construite dans les années 50 et 60 consommait-elle, réellement, 4 litres aux 100 km pour aller au boulot (déjà en covoiturage !) et qu’aujourd’hui une voiture moyenne consomme de 6 à 7 litres ? Réponse, on a plombé les voitures de 400kg. Pourquoi ? Parce qu’on a mis de la sécurité, du confort et des grigris. Côté sécurité, ce n’est pas négociable. Côté confort, il y a peut-être un juste milieu à trouver. Côté puissance, pourquoi avoir un véhicule qui peut rouler à 180 km/h pour aller au boulot alors que le maximum autorisé est de 130 ? Il serait préférable qu’au lieu d’imposer de plus en plus le citoyen lambda, les gouvernements imposent aux constructeurs de concevoir des véhicules qui ne consomment que 3 litres aux 100 km. Mais 3 litres réels, car à la pompe, le type qui doit prendre absolument sa voiture pour aller bosser ne fait pas le plein avec une consommation de catalogue. Depuis trois décennies, la réglementation oblige la construction de bâtiments deux à trois fois moins énergivores. La sacro-sainte bagnole, elle, a doublé sa consommation.

Et le gouvernement au lieu d’inciter à acheter de la voiture essence (qui consomme plus), à un individu, à qui l'on va dire dans peu d’années qu’elle est obsolète pour l’environnement, pourrait plutôt aider le citoyen pour l’achat de voitures à basse consommation, réelle. Cela réduirait de 50% le coût du trajet maison-travail et globalement, pour tous les autres déplacements, de réduire d’autant la pollution de l’air et le vidage des cuves terrestres, qui sont loin d’être éternelles.

Égalité dans le déplacement maison-travail ?

Un autre point : les disparités du coût du trajet maison-travail, donc du pouvoir d’achat. Il y a les salariés qui ont une voiture de fonction et ceux qui n’en ont pas. Sauf erreur de ma part, ces derniers sont plutôt des personnes ayant un revenu modeste. A priori, on va plutôt fournir une voiture de fonction à un ministre, à un cadre, plutôt qu’à une caissière. Il n’est pas normal, pour ceux qui n’ont pas la possibilité de prendre un transport en commun, de dépenser des sommes qui dégradent fortement leur salaire. Pour arrêter cette disparité et cette injustice, c’est simple : le trajet maison-travail est remboursé pour tous en fonction des possibilités de transports (acceptables) sur site, comme les déplacements professionnels sont remboursés et, comme eux, intégrés au coût du produit pour avoir son vrai prix que celui-ci soit manufacturé ou de service.  À ce moment, tout le monde serait logé à la même enseigne.  Il y aurait bien sûr un point à régler : trouver une solution pour éviter qu’une embauche soit refusée pour une raison de kilométrage. Peut-être que si l’état trouve qu’un transport en commun sur certains trajets est trop coûteux à mettre en place, ne pourrait-il pas financer le transport individuel ?

Le trajet maison-travail avec parcimonie et bon escient

Dans l’ensemble des déplacements, il y a tellement de choses à transformer : le développement des transports en commun non, ou peu polluant, le prix de ce transport (ne pas être obligé d’abandonner l’idée du train plus cher parce qu’on est plus de deux personnes) - le covoiturage à faciliter (dans le cadre de la « voiture pétrole » c’est très bien pour, à court terme, réduire sensiblement les coûts et la pollution, mais ce ne devrait être qu’un pis-aller à court terme. Ça reste une pollution énergie fossile, réduite, mais pollution encore…et en plus avec des risques) - la vidéoconférence - l’audioconférence…

Réduire les incohérences de déplacements journaliers

Un point majeur, à plus ou moins long terme : avoir l’espoir que l’on aura une vraie réflexion sur la cohérence entre le site de l’entreprise et les lieux d’habitation pour limiter les déplacements, qui représentent coût, fatigue, perte de temps et risque. Il y aura toujours des déplacements, mais si l'on peut les limiter en distance, en consommation, en pertes de temps au volant et en risques, ce serait pas mal. Non ?

C’est la réduction des besoins, en général, qui apportera une meilleure qualité de vie et particulièrement pour les personnes à faible revenu.

Et pour les difficultés avec les factures de gaz et l’électricité, c’est exactement la même histoire.

(1) Vu sur France 2, le 19/12/2018, au JT de 13h à 19 mn du début

 

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