Giscard, années 70: le nucléaire et la PALULOS, la charrue avant les bœufs

Après avoir écouté beaucoup de satisfecit sur le bilan social de Valéry Giscard d’Estaing au cours de son septennat, il est surprenant qu’en 2020, où l’on papote beaucoup sur le réchauffement climatique, on ne trouve pas de rappel sur l’outil social et environnemental créé en 1978, en avance sur son temps, ni sur le parallèle avec l’expansion du nucléaire civil.

« Le nucléaire et la Palulos » n’étant pas une fable de la fontaine, ça demande une explication pour les moins de 42 ans.

En 1973, il y a eu un choc. L’énergie n’était plus gratuite. Sauve Kippour ! Alors le gouvernement Messmer a décidé de lancer la construction d’une profusion de centrales nucléaires. L’annonce du plan Messmer, faite par lui-même, date du début du mois de mars 1974. Et le président Giscard d’Estaing débute son boulot en mai, deux mois plus tard. À la décharge de VGE, l’affaire était déjà pliée. Difficile de revenir sur une telle décision d’autant qu’à cette époque après avoir avaler le pétrole sans compter, il n’était pas dans les cerveaux l’idée de compter. Et puis avec l’esprit libéral, il fallait libérer.

Donc VGE a laissé partir cette profusion nucléaire. Au bout de 4 ans de réflexion, la PALULOS a été mise en place. La PALULOS est une Prime à l'Amélioration des Logements à Utilisation Locative et à Occupation Sociale. C’est un peu long, mais c’est bon pour les fins de mois et pour la planète. À ce moment l’état avait décidé de réduire la facture énergétique de l’habitat social.

Cette action sociale semble avoir été un peu oubliée. C’était pourtant la première forte action pour le portefeuille des locataires en habitat social… et pour la planète. C’était il y a 42 ans. D’autant qu’en plus de l’isolation des bâtiments, ça a été l’occasion de remplacer souvent le fioul par le gaz pour atteindre de très bons rendements de production avec les chaudières à condensation et réduire les polluants. Il est vrai que la planète, à l’époque, on s’en foutait royalement. Et puis, l’objectif de cette prime était social : la baisse des charges dans les habitations à loyers modérés. Dans certains cas les charges énergétiques pour le locataire arrivaient au prix du loyer !

Dès 1980, les premiers projets sont sortis avec des 50 à 70% d’économie d’énergie. L’état accordait une prime à hauteur de 30% du coût des travaux de rénovation énergétique, voire 40% dans quelques cas. Le locataire obtenait en fin de travaux : un cumul, loyer + charges, qui diminuait de façon très significative, un meilleur confort thermique et la rénovation de son environnement. Le bailleur valorisait son patrimoine et évitait la vacance de logements, sympathique pour l’équilibre financier. Pour l’économie du pays, c’était un début de création d’entreprises et surtout d’emplois, voire de nouveaux métiers. Et pour l’état qui donnait des sous ? Gagnant. Il touchait la TVA des travaux, les impôts sur les résultats des entreprises, le coût du chômage en moins. Il y avait bien la perte de la taxe sur le litre de fioul économisé (bien moins importante que celle du gazole et de l’essence), mais globalement  le bilan était positif. Tous gagnants. Sans ces aides, ces rénovations n’auraient pas été faites, ou « à la petite semaine », avec de lourdes conséquences. L’état gagnait moins d’argent que le locataire, mais il n’en perdait pas.

Pendant les années 80, c’était bien parti. Lentement, mais c’était parti. Même l’habitat privé commençait à faire quelques travaux d’économie d’énergie, qu’une aide de l’état aurait permis d’aller vers le bout du problème, avec une rénovation complète et non par petits bouts.

Dommage pour la planète, quand la décennie 90 est arrivée, quand le coût de l’énergie fossile a été divisé par deux. Joie générale…mais échec pour le vivant et le futur proche. Et échec aussi pour les faibles revenus, car depuis 1973, il était prévisible, sans faire l’ENA, que l’énergie serait toujours de plus en plus chère. L’élan était coupé. La PALULOS a perduré, mais avec des réductions d’aides, qui ont engendré une baisse des travaux, donc une baisse des économies d’énergie avec des factures réduites de façon insuffisante.

Et puis, depuis une quinzaine d’années, le pays se verdoyant, les gouvernements ont distribué des primes multiples et variées, qui apparaissent, disparaissent, grossissent, diminuent, parfois incompréhensibles, souvent avec « la politique de l’escalier » qui nous mène directement dans les ronds-points. Sans parler des réglementations !

Tout cela pour dire que sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, il n’y a pas eu que le divorce et l’IVG. II y a eu aussi le premier bon outil pour faire avancer sérieusement les travaux d’économies d’énergie.

Alors pourquoi « La charrue avant les bœufs » ?

Une analogie pour exemple : De façon très générale, devant le coût  du chauffage et de l’eau chaude sanitaire, les propriétaires on fait installer une chaudière neuve capable de chauffer leur bâtiment passoire, avec un matériel plus performant et un gain financier « apparent » intéressant. Quelques années plus tard, ils ont procédé à l’isolation du bâti. Dans cette chronologie, le rendement de l’installation se dégrade dès que l’on isole le bâtiment. La bonne solution est d’isoler d’abord. On réduit donc le besoin, et après on adapte l’installation à ce nouveau besoin, obtenant un coût d’installation chauffage moins important et un rendement optimal.

Dans les années 70, l’état a décidé d’installer une grosse chaudière nucléaire et après il a envisagé d’isoler la baraque. La première action à réaliser était de réduire fortement le besoin et après d’installer une production d’énergie plus raisonnée.

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