Élise, ne dézinguez pas les écoquartiers !

Le 8 février, dans « Envoyé spécial » vous avez présenté un sujet sur les écoquartiers (1). C’est bien d’en parler, mais tout au long du reportage j’ai ressenti un dézingage systématique.

Vous avez montré ce qui peut se faire comme conneries dans la construction, ça pourrait faire bouger un peu les curseurs, mais je ne vois pas pourquoi ce serait sur le dos de ces constructions qui doivent permettre d’aller vers un habitat plus vertueux. Ce n’est pas le moment de les dézinguer. Nous avons affaire à un problème CLASSIQUE du bâtiment, qui malheureusement perdure au fil du temps.

Ça commence mal quand vous dites en titre « Maison écolo, gare au fiasco ». Le mot « écolo » est rabâché tout au long du reportage. Le raccourci « écolo » peut simplifier le parler courant, mais trop souvent il est employé avec un côté péjoratif, moqueur, voire condescendant. C’est ce côté péjoratif que j’ai ressenti pendant 35 mn. L’emploi du mot complet aurait été plus sympathique. Et le mot «fiasco » est pire. Ça veut dire « Échec complet». On va vers un échec complet avec l’écologie ? Ce n’est peut-être pas le bon message. Si c’est pour attirer le chaland, c’est dommage, car en dehors de ce titre, votre introduction résume correctement le sujet. Dommage que l’esprit fiasco-écolo ait dominé dans le reportage.

Sur des sujets plutôt complexes comme celui-ci, ne serait-il pas nécessaire d’être encadré de personnes compétentes, expérimentées et référencées de longue date sur le sujet, comme conseils, et en finale, comme relecteurs de votre reportage ? Ceci devrait permettre une meilleure qualité de l’information. Il faut, entre autres, éviter de récupérer et colporter les « brèves de comptoir» de monsieur je sais tout. Un exemple parmi tant d'autres : « le bois isole 12 fois mieux que le béton », qui fait croire que les maisons construites en bois sont beaucoup plus performantes que les autres constructions. Pour le bilan énergétique de la construction (énergie grise) peut-être, mais pour isoler une maison on a besoin d’un isolant, pas particulièrement du bois, sauf s’il est sous la forme de laine de bois. Et, une laine de bois, ça se pose aussi dans un habitat en béton. Ou bien que « l’air froid utilise le bâtiment pour rentrer chez vous ! », ou bien « Les écoquartiers, des techniques nouvelles ».  Techniques bien connues depuis belle lurette. Mais surtout ne pas traiter le sujet à charge contre les maisons « écologiques », qui ne sont que des maisons performantes qui, dans l’air du temps, ont pris le qualificatif "écologique". Comme vous le dites bien, ça redore les blasons.

Ce reportage traite de trois sites :

Les petites maisons dans la forêt à Bayonne : Il est vrai que ces maisons ressemblent à des ruches délabrées, mais je pense que les abeilles sont en général mieux loties. Après avoir vu pendant des décennies des énormités, je ne pensais pas que l’on puisse arriver à ce niveau d’aberration.

Cature d'écran Cature d'écran
Personnellement, je ne trouve pas que vu du ciel le tableau soit harmonieux, et au niveau du sol, même neuf, ce n’est pas esthétiquement la maison de mes rêves. Mais à chacun ses goûts. Le texte du prospectus de vente que nous lit Bruno vaut le détour « ...leur grâce paradoxale, leur poésie ne se décrète pas, la beauté toujours est un accident, regardez-les sur leurs frêles échasses en habit de lumière paré de bois et de verre, ce sont des bois qui joue à cache-cache avec la vérité». Sans commentaire. Si, une question : on peut vendre des habitations avec cet argumentaire ?

Nota : Ne pas se tromper ; les petites maisons dans la forêt ce sont les petits cubes gris, devant la forêt, pas les grands cubes blancs, derrière la forêt.

 Ce que j’aurais aimé trouver dans ce reportage :

Un questionnement sur l’architecture de ces maisons. Comment peut-on faire vivre des gens dans un blockhaus ? Une maison qui n’est pas ouverte sur l’extérieur n’est pas une habitation. S’agit-il d’un problème de réglementation thermique ? Si c’est le cas, il faudra penser à réagir. Il me semble que l’on voit de plus en plus de maisons avec des fenêtres de style « meurtrières ». Une maison c’est un lieu de vie, et, en priorité, c’est le bien-être de l’occupant qui compte. L’architecture, la technique, la réglementation ne devraient que servir les habitants afin d’obtenir leur bien-être et de les respecter. Ce n’est ni le maître d’ouvrage, ni l’architecte, ni l’ingénieur et non plus le législateur qui vont habiter pendant 10, 20 ou 30 ans dans le bâtiment dont ils ont la responsabilité de bien bâtir.

Vous avez bien enregistré la remarque judicieuse de Bruno concernant les grandes baies vitrées au nord. Le plan a été lu à l’envers ? Il aurait été intéressant de savoir comment on peut faire ça.

Google Street Wiew Google Street Wiew
Un questionnement sur la conception structurelle et thermique de ce bâtiment. Les fameuses « frêles échasses », apportent quoi dans ces maisons ? On est en zone inondable ? Il faut faire une cité lacustre ? À moins que ce soit pour la sacro-sainte bagnole que l’on veut protéger de la pluie ? Il y a d’autres solutions. En tous les cas, le coût de construction et surtout le bilan thermique n’est peut-être pas au top pour une maison que l’on veut à faible consommation. On a bien dû examiner ce plancher extérieur propice aux déperditions au moment de la conception et des calculs thermiques. Non ?

Un questionnement sur l’ingénierie. Vous citez le maître d’ouvrage (la société d’HLM) et une des entreprises (bois). Mais pourquoi n’avez-vous pas questionné la maîtrise d’œuvre ? Il y avait bien une équipe d'ingénierie ? Au minimum, un architecte, un ingénieur-thermique (fluides), un ingénieur-structure, un économiste. J’ai fini par trouver sur internet un très court, mais très complet reportage de franceinfo (2) indiquant clairement les responsabilités et le résultat précis des indemnités décidées en première instance. Bonne info. 

« La société HLM n’a pas assez surveillé les travaux ». Pourquoi ? Elle n’avait pas donné la mission à l’équipe d'ingénierie ? C’est l’ingénierie qui coordonne et suit le chantier. Quelle mission avait-elle ? Une équipe d'ingénierie ça ne doit pas laisser passer le coup de la douche des matériaux et doit faire une conception et une coordination pour que cela n’arrive pas pendant les travaux. Que s’est-il passé de ce côté ? Et l’organisme de contrôle ? Ce qui s’est passé au niveau de la conception, le suivi et le contrôle, c’est mystère et boule de gomme ! Et ça me paraît primordial pour comprendre comment on est arrivé à mettre les acheteurs dans une telle galère.

Un questionnement sur la pose aujourd’hui de radiateurs électriques dans ce type de construction. Surprenant. Comment le justifier ? La consommation annuelle et le coût de l’électricité est le premier point de départ de toute analyse… et certainement le plus marquant dans ce dossier. « Gouffre thermique » d’accord, mais de combien ? Bien sûr 500€ en deux mois c’est une première indication, mais sur un an ? Difficile d’extrapoler devant sa télé. La consommation annuelle d’énergie raconte déjà beaucoup de choses sur un bâtiment. On ne le saura pas.

Un questionnement sur le choix de panneau de particules. C’était un « parti pris » de tout faire en panneaux de particules pour faire novateur et économique ? Pour un plancher, à voir, mais pour une façade non protégée, c’est incompréhensible. Il est vrai qu’une avancée de toit protectrice, ça n’aurait pas fait cube...et pas ruche.

Un questionnement sur le coût global de l’opération. Ces maisons ont été vendues 140.000€ à l’époque (200.000€ certainement avec le terrain de source franceinfo) . Un métreur vous aurait fait facilement une analyse du coût. Étudier dans un pré, sur une table de camping, le coût du plancher, ne traite que très partiellement ce point. Et le coup de l’escalier ! Mais là, c’est le rapport de l’expert qui dit que c’est un manque de vis et vous ne pouviez pas vous méfier. L’avocat, qui ne peut que se référer au rapport d’expertise, nous explique «qu’il y a un manque de vis, la contremarche est vissée sur la marche avec des vis très espacées permettant aux marches de fléchir légèrement une fois le bois rétracté…on a fait des économies de vis et il y a des boulons à l’extérieur qui ne sont pas bloqués ». Désolé, mais sur le coup, j’ai éclaté de rire, et puis, en pensant à la galère de Bruno, je suis redevenu sérieux. Stupéfiant ! Un vrai conseil, ou mieux, un menuisier vous aurait dit qu’un escalier normal ça tient tout seul. On peut mettre quelques vis pour éviter le grincement dans le temps entre marche et contremarche, mais ce ne sont pas des vis qui tiennent un escalier dans une maison à 140.000€. La vidéo n’est pas assez lisible pour voir la conception de cet escalier, mais il ressemble à un escalier de style Louis caisse. Ah le coup du coût des vis ! L’entreprise a rogné sur les vis et le blocage de boulons à l’extérieur pour faire du bénef. Une boîte de vis par pavillon ! Quelle fortune ! Voyons, on n’est pas dans la vis, mais dans le vice de forme, global.

Un questionnement sur l’assurance « Dommage ouvrage » qui est censée protéger l’acheteur d’une maison neuve contre des malfaçons. Que s’est-il passé après les constats de malfaçons à la réception ? La réception a-t-elle été prononcée sans aucune levée de réserve ? La réception de la performance du bâti a dû être sautée à pieds joints. La caméra infrarouge, dans ce cas, est d’une grande utilité. Si elle est restée dans la valise à la réception, je suppose que l’expertise s’en est servie. Que fait l’assurance « Dommage ouvrage » face aux risques d’accident ? A priori rien puisque Bruno passe au travers de son plancher et de son escalier.

Encore une question : Une habitation faite en panneaux de bois pleins de colle, est-ce très bon écologiquement ? C’était juste une question.

Le directeur de la société de construction dit que ce n’est pas son entreprise qui a fait appel, alors que c’est elle qui écope du plus gros pourcentage de responsabilité. Donc, qui a fait appel ? Ce point aurait pu être creusé pour savoir qui permet à Bruno et ses voisins de continuer à galérer et à d’autres de dépenser plus tard. C’est vrai qu’un Bruno à 1400€ par mois, face à des assurances, ça ne pèse pas lourd. Sauf pour son escalier.

Cette opération est évidemment un échec total, oui, un fiasco. Mais est-ce un écoquartier ? Vous parlez de maison écolo, d’un quartier écolo et les sites qui en parlent titrent « Lotissement », « quartier ». Ces termes sont justes. C’est un lotissement. Allez-vous balader avec le petit bonhomme de Google Street et vous vérifierez que ce n’est absolument pas un écoquartier. Alors pourquoi l’associer aux écoquartiers ? Ce lotissement méritait bien un reportage indépendant, mais l’associer aux écoquartiers, ne me parait pas correct.

Je me suis permis de nommer Bruno par son prénom, non seulement parce qu’il a toute ma sympathie (d’accord, ça ne lui règle pas son problème), car j’ai croisé pas mal de personnes qui se sont heurtées à de grandes difficultés dans leur projet, et surtout, parce que lorsqu'on lui demande pourquoi il reste, il nous répond «…et puis moralement comment je pourrais vendre cette maison ». Cet esprit est plutôt rare lors de la vente d’une habitation lorsqu’il y a des problèmes notoires.

Et le futur ? Que prévoit la société d’HLM ? On efface tout et on recommence proprement, de A à Z ?  Un bon coup de bull. Bruno, dites-leur que la prochaine fois, la maison « regarde bien largement vers le soleil », avec protections vitrages et façades et qu’ils oublient les échasses. Il doit bien y avoir une équipe ingénierie qui peut vous faire une vraie petite maison dans cette forêt.

Limeil-Brévannes

Le quartier paraît être fort sympathique. « Des appartements très bien isolés, avec double vitrage et  isolation par l’extérieur, très bien chauffé par la centrale biomasse, c’est très efficace, ça chauffe très vite et très bien…construction très écologiste, une vie sans voiture, un pédibus.. ». Donc que pourrait-on dire sur le sujet ? Le double vitrage, ça existe depuis les Romains, enfin plus récemment de façon très répandue depuis un demi-siècle, l’isolation par l’extérieur couramment depuis plus de quarante ans. Donc de quoi peut-on causer qui peut ressembler à un fiasco ?

La grosse chaufferie rouge Capture écran La grosse chaufferie rouge Capture écran
Ah, la grosse usine rouge ! «Pourquoi une telle facture ? Parce que dans ses charges de chauffage le couple finance la centrale biomasse. Elle a coûté très cher et ne sera amortie QUE dans 30 ans ». Encore heureux que l’amortissement soit dans la facture et que l’investissement s’étale sur 30 ans. Pourquoi ces copropriétaires ne payeraient-ils pas leur chaudière comme tout le monde ? Par exemple, en gaz, on paie bien la chaudière ET la prime fixe ET le contrat de maintenance. Le seul point qui peut être pris en compte dans le propos est qu’« elle a coûté très cher ». Les habitants paient trop cher cet investissement ? Alors de combien ? Il semble que cette chaufferie a fait couler pas mal d’encre depuis sa construction. Mais on en est où aujourd’hui en 2018 ? Dans la facture, quel est le coût de la production et de sa maintenance par an (abonnement), celui du kWh, et la consommation en kWh. Ce ne sont que trois chiffres, très parlants pour que chacun puisse se faire une opinion juste. Il y a peut-être problème, mais il ne faut pas le présenter comme cela. La grosse chaufferie rouge ne peut pas être gratuite.

Le coup du « 1€ par m2 » est du même tabac. On parle d’un prix dans le mois, mais quel mois ? Un comparatif de la quantité d’énergie et du coût annuels, sur les bases de données d’organismes comme l’Ademe par exemple (qui doit bien avoir ce qu’il faut au fond d’un tiroir), aurait été plus crédible.

Désolé, encore une question : Avez-vous demandé le nombre de semi-remorques de bois qui sillonne chaque jour le quartier pour alimenter la grosse chaufferie bois ? Allez, c’est pour vous taquiner.

Par contre, que vous souleviez le problème de la poubelle, c’est très bien. C’est même très enseignant. Un point que je ne comprends pas. Les bâtiments ont été construits sur une ancienne décharge sauvage partiellement traitée sur un mètre avec pose d’une membrane (comment les fondations sont-elles réalisées avec une membrane à un mètre de profondeur sur un remblai relativement récent et d’une telle hauteur ? Quelle solution a été choisie pour rester sur la membrane ?). Dans la présentation, vous dites que « les habitants sont exaspérés » de ne pas pouvoir planter des légumes. Or, une personne explique « Le notaire nous a dit que les terres sont considérées comme impropres à la consommation. On n’a pas le droit de manger quelque chose que l’on fait pousser dedans... ». Les acheteurs ont été avertis (par oral ou sur l’acte notarié ?). Ça laisse rêveur. Comment les acheteurs ont-ils pu accepter si c’était sur l’acte notarié ? On pourrait penser que la commercialisation aurait été impossible. Si ce n’est pas sur l’acte notarié, n’est-ce pas une bombe à retardement ? Et même si c’est sur l’acte notarié il peut y avoir une réaction. On a vu des procès pour moins que ça. Faire un tel investissement sur une poubelle partiellement traitée n’est-ce pas un risque ? L’eau et l’air, ça se balade comme ça veut.

J’ai été sidéré par le propos des deux maires. Le premier assume (il habite le quartier ?) d’avoir bâti sur une décharge « …c’était la seule surface disponible parce que c’étaient des friches…et si vous les laissez à l’état sauvage très rapidement vous avez des déchets sauvages et ces friches deviennent polluées ». Donc quand on jette un déchet ce n’est pas une pollution, il le devient plus tard. Ça, c’est nouveau ! « …il n’y a pas d’autre solution si vous voulez construire », donc on n’a plus le choix, les générations futures vivront sur des poubelles à moitié traitées. Sympa pour nos gamins ! « …puisque c’est un quartier écologique, vous travaillez sur la pollution avec ces contraintes ». Pour les autres quartiers, allez vous faire voir !!!

On apprend que la dépollution partielle a été décidée par la ville. Son coût, 1.6 million d’euros, a été pris en charge par les constructeurs. Pas de réaction dans le reportage. C’est le copropriétaire qui a payé la note dans l’investissement de son appartement. Ça m’étonnerait qu’un constructeur fasse un cadeau de 1.6 million d’euros à de gentils acheteurs. C’est bon pour sabrer le bénéfice. Le côté « pollueur payeur » est plutôt dans les choux pour cette affaire. Sauf erreur de ma part, la ville a réussi à passer le bébé au constructeur qui l'a refilé à l’acheteur. Ni vu ni connu. Enfin, c’est ce que l’on peut en déduire en visionnant ce reportage.

Et les contrôles. C’est la cerise sur le gâteau. La préfecture a demandé des mesures d’air qui n'ont été faites que dans 3 bâtiments et seulement dans des équipements collectifs, mais pas dans les logements. La maire actuelle nous dit que «ce sont les mêmes bâtiments. Je ne pense pas qu’il y ait plus de problèmes dans les logements ». J’avais un professeur à qui j’avais dit « ...je pensais que… », m’avait répondu que « je n’avais pas à penser que… mais à savoir ». De plus, on ne peut pas comparer des équipements collectifs et des appartements. Ce ne sont pas les mêmes volumes, pas la même occupation ni le même temps d’occupation.

Quand vous lui demandez si l’on peut avoir les résultats des relevés, « Les études ne sont pas consultables publiquement. Comme on n’est pas capable de les interpréter donc par définition on ne les donne pas ». Sans commentaire ! Une étude de qualité, doit pouvoir, avec une conclusion d’une page, résumer l’étude, quelle que soit sa complexité. Pourquoi commander une étude si l’on n’est pas capable de la comprendre. Vous avez pu obtenir un résumé de quelques pages. Que dit-il ? « Oyez braves gens, dormez en paix, on veille sur vous » ?

Les « oscars écolos ». Juste une remarque. J’ai entendu « ...ces écoquartiers sont des laboratoires…c’est tâtonner…c’est avancer…c’est parfois se tromper…et dans la mesure du possible tirer des leçons des erreurs  que l’on a faites…. ». OUF ! Comment est-ce possible ? Comment peut-on construire en tâtonnant, en faisant des erreurs quand on sait qu'à la moindre bricole qui coince, la mise en référé arrive par courrier recommandé ? Les bâtiments dans un écoquartier, comme dans tous les quartiers, sont réalisés avec les connaissances, les réglementations, les avis techniques, les matériels, les matériaux et le savoir-faire existants. En cas de litige, l’expert se fera plaisir en vous ressortant la réglementation, pour vous dire que le tâtonnement ne peut pas exister dans la construction. Ce ne sont que des erreurs de professionnels.

Grenoble, sa caserne et son écoquartier :

Visite d’un appartement « …quelque part on doit payer le fait d’être précurseur ». Non monsieur ! On ne doit pas payer le fait d’être précurseur. On n’est pas précurseur dans un bâtiment de ce type. Ce n’est pas un laboratoire. C’est classique. Le « gros » problème de la menuiserie, « avec un courant d’air », se règle normalement par l’entreprise, qui au constat du manque d’étanchéité, doit faire correctement le joint sur le trumeau entre les deux cadres des menuiseries. Ce n’est pas dramatique.

Balcons et balcons voisins Balcons et balcons voisins

 Par contre, c’est tellement classique, qu’à priori, dans ce bâtiment neuf, il semble que l’on vous a affublé de balcons en béton. On sait que, depuis les premières réhabilitations de bâtiments anciens dès le début des années 80, les balcons en béton avec une isolation extérieure, sont des superbes pompes à chaleur (pas avec une isolation intérieure). Dans le cas où les balcons seraient bien en béton, reliés à la structure, c’est peut-être plutôt à ce niveau qu’il faut barbouiller en bleu votre vidéo. Le plancher moins confortable, encadré de deux balcons, semble le confirmer. Là, il y aurait un vrai problème, sur un bâtiment récent. Par contre, on n’est pas dans « l’air froid qui utilise le bâtiment pour rentrer chez vous !», mais dans un problème de conductivité thermique. C’est un peu différent.

Dans la vidéo, la vue aérienne suivante montre bien des balcons dissociés des façades sur les bâtiments voisins. Un petit coup d’œil comparatif aurait certainement été instructif. Mais il aurait fallu avoir une aide pour comprendre ce problème simple pour une personne qui grenouille dans la thermique de bâtiment, mais pas pour une personne qui a un autre métier.

Terminons par les «accroches de bardages. « Attention à cette découverte-là… c’est une chose que personne ne savait ». C’est vrai qu’il n’y a QUE 40 ans que l’on sait qu’une attache métallique de bardage peut créer un pont thermique. Quelle découverte ! Bien sûr au fil du temps, concepteurs et constructeurs n’ont peut-être pas toujours bien fait leur boulot. Mais est-ce bien l’architecte qui a choisi les supports ? En général, il s’agit de « systèmes fabricants ». Si le système de fixation vient du fabricant, c’est le fabricant qui n’a pas fait son boulot. Mais architecte ou fabricant, peu importe, il y a le thermicien qui doit intervenir sur ce type de sujet. En principe, c’est lui qui a la connaissance sur les ponts thermiques.

Youtube Pub 2009 Youtube Pub 2009
Il semble que le problème va plus loin que le simple support. Le comble, c’est que l’on a un exemple très concret sur la vidéo publicitaire de 2009 (visible sur le site du Ministère de la Cohésion des Territoires ou sur Youtube). On voit que l’isolant est réduit pour passer les gaines électriques, et le support (rond dans ce cas) tient une plaque, qui semble être métallique, en façade, qui en plus, rejoint les tableaux des ouvertures. Si vraiment c’est une plaque métallique, on a fait un excellent radiateur rayonnant au bénéfice des moineaux du quartier. Et dans ce cas, comme la déperdition de chaleur se diffuse sur l’ensemble de la surface, y compris sur les tableaux, la caméra thermique doit moins voir le différentiel de couleur qu’avec un seul point support. C’est plus discret, mais c’est pire. Alors je dois me tromper, ce ne doit pas être une plaque de tôle…en aluminium. On n’a pas osé faire ça. Dans le doute, on ne va rester que sur le fait que l’on ne taillade pas un isolant pour passer sa gaine. On peut espérer aussi que les tableaux sont isolés.

Toujours sur la vidéo publicitaire de 2009, une personne nous dit que, sur cette opération, « …non seulement les bâtiments sont isolés en façade, mais aussi en terrasse et aussi en sous-sol ». C’est incroyable, ils ont fait exactement comme d’habitude !!!

Mais que représentent ces ponts thermiques ? Les caméras thermiques réalisent de belles images coloriées qui font super dans un rapport, mais ne quantifient pas. Voir des ponts thermiques c’est bien, c’est un bon début, mais les quantifier, c’est mieux. En regardant sur l’épaule de l’ingénieur, on aperçoit un graphique avec des amplitudes importantes. C’est vrai qu’en ratatinant l’axe des « X » on obtient de belles amplitudes. Donc, il faut zoomer, pour voir que l’amplitude représente une différence de température de 1°C entre la surface de la fixation et celle du bardage. Que représente ce 1°C ? Cela représente quoi sur le bilan des appartements ? Il est certain que pour rendre performant un bâtiment il n’y a pas de petite économie. Ces supports, ce n’est certainement pas l’œuvre d’un thermicien mais est-ce qu’ils représentent un fiasco ? On aurait pu le savoir parce qu’avec 2 ans de relevés, de contrôles sur l’écoquartier on doit avoir pas mal d’indications certainement très intéressantes.

Alors le bilan énergétique est-il atteint ? Proche de 50 kWh/m2/an ? Ce n’était pas le deal ? Par rapport aux bâtiments construits sous Label HQE 4 étoiles, bien avant la fin du siècle dernier, a-t-on fait des progrès ? Ça non plus, on ne le saura pas. Dommage.

Élise, il faut savoir que fin 2006 tout le monde en France est devenu vert de chez vert. D’un coup, comme par enchantement. Les professionnels du bâtiment, les industriels et même les sociétés polluantes. La couleur verte a été collée de partout. Mais la compétence écologie, thermique, énergétique ne peut pas tomber du ciel comme ça, par enchantement. C’est un peu compliqué. Elle demande de la formation et de l’expérience comme dans tous les métiers. Donc des ratés dans ce domaine, on doit en avoir quelques-uns depuis 10 ans. Mais ça concerne toute la construction. Pour les écoquartiers je pensais que j’allais voir l’analyse de ce qui fait leur spécificité : L’évolution dans le choix des matériaux écologiques, comment les déchets de chantiers ont-ils été traités, l’énergie pour construire (énergie grise) a-t-elle été réduite, comment les habitants vivent la mixité copropriété-HLM, le pédibus, le quartier sans voiture. Ça va, ça ne va pas ? En un mot, vivent-ils bien dans ces écoquartiers, en dehors de la note de chauffage et des défauts classiques du bâtiment.

J’aurais aimé le savoir.  

 (1) Envoyé-spécial, 2ème reportage, à 36mn du début

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/envoye-special-du-jeudi-8-fevrier-2018_2589744.html

(2) Page franceinf(o

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques/malfacons-ecoquartier-plantoun-bayonne-proprietaires-gagnent-leur-proces-1230975.html)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.