Canicule : Ôtez-moi l’ombre d’un doute.

Si les gouvernements et autres politiques et décideurs ne comprennent pas, il faudra finir par les mettre à l’ombre. Pas à Fresnes (quoique), mais à l’ombre d’un frêne ou de tout autre feuillu pour qu’ils comprennent l’intérêt du vert.

J’ai un doute sur les décideurs. Qu’ils soient politiques ou concepteurs. On entend des cris d’orfraie sur la déforestation de certains pays. Bien. Mais on en est où, chez nous ? En France, côté verdure on est dans les choux. Et un chou ça ne fait pas beaucoup d’ombre.

Le site de « treepedia” (1) en 2017 a donné les zones de verdure de 26 villes dans le monde. Paris est bonne dernière avec 8.8 % soit 4 fois moins que la meilleure élève ! On a préféré planter des voitures, mais ça chauffe, ça pollue et ça consomme. Le retard ne se rattrapera qu’à la vitesse de la nature.

Fin juin, on a vu la vidéo de François Rufin (2) réalisée dans la cour de l’Assemblée Nationale sur les grosses berlines qui tournent au ralenti pour que le ministre

Gestion de la canicule dans le monde rural (ph. JL) Gestion de la canicule dans le monde rural (ph. JL)
monte dans une voiture bien fraîche et que le chauffeur qui attend ne soit pas carbonisé. En dehors de Jean Michel Blanquer qui reconnaît que ce n’est pas terrible, toutes les autres réponses montrent bien que dans le haut du pavé la déconnexion est totale avec l’écologie et incapable de donner un début de réponse à la question. Déplorable. On aurait aimé que plusieurs ministres nous disent que ce n’est pas bien, que l’on pourrait laisser les voitures à l’ombre, d’aller dans la cour à pied jusqu’à sa voiture (c’est bon pour le tour de taille après le homard) ou simplement que l’utilisation de voitures électriques permettrait de participer à la réduction de la pollution dans le quartier.

Pour donner l’exemple, ils donnent l’exemple. Ce n’est pas étonnant que l’on voie des moteurs tourner pendant 10 mn devant la boulangerie en été comme en hiver et je comprends mieux que la conductrice, qui après une (diplomatique) remarque, m’ait répondu par un doigt d’honneur. En réalité, elle voulait certainement me montrer, le doigt en l’air, qu’en haut ils font pareil, donc elle fait pareil. Et Dieu sait (mais je ne suis pas sûr qu’il sache), si les moteurs tournent au ralenti inutilement devant les magasins, dans les embouteillages ou lors de longues conversations téléphoniques par temps chaud comme par temps froid (comme quoi le pétrole n’est pas si cher que ça, pour certains).

À la suite, François de Rugy (3) sur franceinfo nous explique que la clim tourne « parce qu’il n’y a pas d’ombre dans la cour de l’Assemblée », que « les chauffeurs et officiers de sécurité sont là » et « certains font tourner le moteur pour ne pas être en plein soleil ( ?) » et « qu’il n’y a pas d’endroit pour les accueillir correctement». Il nous confirme qu’il vient à pied ou en voiture électrique. Alors pourquoi pas tout le monde ? Si j’ai bien traduit sa réponse, on va mettre les voitures à l’ombre, trouver un petit local rafraîchi pour les chauffeurs et la sécurité et tout ce beau monde va utiliser des voitures électriques. Il y aura peut-être même quelques marcheurs dans le gouvernement qui ne craignent pas pour leur sécurité. Et pourquoi pas, en plus, un arbre majestueux au centre de la cour ? Super, on va avancer. Attendons quand même les actes après les paroles. Dire quand 2019, on en est encore là !

On a oublié à quoi sert la verdure. À part de s’entendre rabâcher qu’elle absorbe le CO2, ce qui est déjà très utile, on a tendance à oublier qu’elle fait aussi de l’ombre. Et par temps de canicule et de réchauffement général de la planète, l’ombre est un « outil » confortable et non énergivore.

Combien d’espaces urbains sont devenus minéraux après rénovation ? Pour faire chic ? Les bons vieux platanes ont disparu de places ombragées. Parfois remplacés par quelques arbustes rachitiques. Si l’anthracnose, le chancre coloré ou autre bestiole pas très sympathique ont attaqué les platanes, pourquoi n’avoir pas fait de prévention ? Et dans les cas ultimes des premiers arbres malades, pourquoi les fusiller tous en même temps au lieu de faire un remplacement étalé dans le temps ?

Que dire des routes ombragées ? Il est certain que les platanes ont la fâcheuse manie de rentrer dans les voitures. Il faudra peut-être bien en replanter à quelques mètres du goudron derrière la barrière de sécurité (pour éviter qu’ils sautent sur la route, les bougres). Avec les millions de véhicules qui roulent sur les routes en été avec la manette de la clim au taquet on pourrait gagner en confort, en énergie, et réduire les rhinos et les sinusites.

Et les parkings des zones commerciales en été, c’est le désert de Gobi à portée de chez soi. En repartant, la clim est à fond (pour ceux qui ont la clim dans leur bagnole) avec choc thermique assuré, sans oublier le « risque de rupture de la chaîne du froid » pour les produits frais dans un coffre surchauffé. Comme « l’évolution de l’espèce climatique » met des décennies à se faire, on aura certainement l’obligation de faire une énième réglementation un jour sur le sujet des zones surchauffées. Mais comme on est déjà noyé sous trop de réglementations, il serait souhaitable qu’un jour, un responsable d’une grande surface plante des arbres sur son parking (arbre à croissance rapide, car les gens d’affaires aiment bien des temps de retour rapides) et ainsi il pourrait faire une pub du genre « parking à l’ombre ». Il pourrait être copié. Ça va marcher…mais plus tard. De plus, une grande surface entourée de verdure serait moins désagréable à regarder. La verdure cache la misère architecturale et fait de l’ombre aux parois passoires.

Nous avons vu des reportages sur les maisons de retraite. Certaines ont créé une salle climatisée pour refroidir un peu le troisième âge. Mais le reste des locaux, les chambres, les services ? Combien de bâtiments sont-ils armés contre les canicules estivales ? Pas nécessairement climatisés, mais conçus pour un vrai confort été. Et certains hôpitaux ? C’est bien dans des lieux où les personnes sont en difficulté que de bonnes conditions climatiques sont nécessaires.

Aujourd’hui, en France, sous nos latitudes, les bâtiments qui n’ont pas d’apports spécifiques importants (machines) n’ont pas, ou peu, besoin de climatisation dynamique (consommatrice d’énergie) sous réserve de les mettre à l’ombre, c’est-à-dire d’avoir des bâtiments protégés : Ombrage été (caduc, dans le sens feuillage), gestion de protections extérieures des vitrages de couleur claire (volets roulants, bannes…), bâti inertiel, type d’isolant « lourd »…et une ventilation double flux, une gestion de la température nocturne (fenêtres ou surventilation), voire rafraîchissement adiabatique...

Il faut mettre le monde à l’ombre en été et au soleil en l’hiver. Simplement.

Et en attendant la fin de l’été, n’oubliez pas de marcher à l’ombre par temps chaud.

PS : Au cours de son discours en direct depuis le G7, le président de la République vient de dire qu’il fallait « aider le Brésil pour les incendies et la reforestation… ». Si je ne me trompe pas, c’est d’aider le Brésil à maintenir en état ce poumon de la planète qui sert à tous. Est-ce une évolution des mentalités politiques sur ce sujet ? C’est-à-dire d'arrêter de critiquer le Brésil sur une forêt qui est sur son territoire, son patrimoine, sa responsabilité, et ceci pour le bien-être d’autres pays qui ont largement contribué à la déforestation de la planète. Si la forêt Amazonienne est le (ou un des) poumon du monde alors c’est le monde qui doit participer à son maintien. Sous réserve que les pays les plus riches se mobilisent suffisamment et que la présidence de ce pays ait la capacité de l’intégrer. Mais actuellement, c’est une autre paire de manches.

 

  1. Site treepedia : http://senseable.mit.edu/treepedia/cities/paris
  2. Vidéo François Rufin : https://twitter.com/Francois_Ruffin/status/1143881606681096192/video/1
  3. Franceinfo, François de Rugy : https://www.francetvinfo.fr/politique/la-france-insoumise/video-si-les-ministres-ne-circulent-pas-ou-peu-a-pied-ou-a-velo-c-est-pour-des-raisons-de-securite-explique-francois-de-rugy_3511853.html

 

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