Pourquoi se réjouir d’un baril à 40€ ?

Les producteurs de pétrole mettent le turbo pour détruire le pétrole et de ce fait accélère la destruction en cascades des économies, des matières premières, leur propre fin et surtout les économies d’énergie. Se réjouir ? Peut-être, mais pour quoi faire ? Surconsommer ou profiter de cette « manne » pour faire avancer la baisse des consommations énergétiques ?

Vous avez dit COP ? Cela veut dire quoi ? « Consommateurs Obséquieux de Pétrole » ? « Consommateurs Obsessionnels de Pétrole » ? Non, plutôt « Consommateurs Obtus de Pétrole ». Obtus, les producteurs nous aident à l’être.

Le Brent passe de 120 à 40 dollars en 3 ans. 30 euros en janvier. Dans les JT on nous dit que le consommateur va être content. Que pour lui, c’est une bonne nouvelle.

Pourquoi ne pas essayer de comprendre que c’est une très mauvaise nouvelle. Les consommateurs sont l’humanité et un Brent à 30 ou 40 euros c’est idéal pour foutre en l’air cette humanité.

On s’est gargarisé de COP21, les propos écologiques de tout poil sont dans tous les médias, depuis 2007 la France est passée au vert d’un seul coup de baguette magique, les sociétés sont passées au vert pour vendre avec du vert de partout, on emploie le mot « durable » à toutes les sauces et on applaudit quand le Brent est à 40 dollars le bidon. Quel monde de brut(es) !

Pourquoi cette chute de prix ? Pour financer une armée qui veut faire la guerre au monde entier, ou pour avoir une armée la plus forte du monde, ou encore pour faire baisser la production de pétrole de schiste concurrente ? Comment peut-on dire que c’est une bonne nouvelle pour le consommateur ? Ça montre bien qu’avec tous les ronds de jambe et ronds de fesse que l’on fait à l’écologie, on a rien compris à l’écologie et au devenir du consommateur.

Une telle chute du cours du pétrole ne peut qu’encore plus rapprocher l’échéance de la décroissance et favoriser la décroissance non maîtrisée.

Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un petit coup d’œil en arrière. C’était au tout début des années 80 (après la montée du prix des énergies, due aux premiers chocs pétroliers) on a vu se réaliser les premiers vrais travaux d’économies d’énergie, les premiers diagnostics énergétiques aidés (AEE puis AFME et ADEME aujourd’hui), des labels 4 étoiles en constructions neuves (label de l’époque avec des performances énergétiques dignes d’une réglementation actuelle), et quelques rénovations réduisant de 30, 50 voire 70% les consommations de chauffage et d’eau chaude sanitaire. C’était un bon début, c’était bien parti.

Et puis l’énergie a été bradée dans les années 90 et tout s’est arrêté, ou presque. Les années 90 ont été des années perdues, des années noires, pour les économies d’énergie et le début des années 2000 a peiné à faire repartir la machine jusqu’à la fin de l’année 2006 où Nicolas Hulot a secoué le cocotier et excité tous les politiques. Depuis, bien sûr, il y a eu de belles réalisations, des volontés de faire, mais aussi et malheureusement beaucoup de parlottes. La baisse de 50% du prix du fioul dès le début des années 90 a donc fortement ralenti, pendant près de 15 ans, les bonnes volontés et surtout des actes. De combien de temps cette dégringolade du cours du pétrole va à nouveau retarder la réduction des consommations ? On peut espérer qu’en 2016 plus de personnes sont conscientes du problème qu’il y a 25 ans et que les nouvelles générations seront plus respectueuses. Espérons.

Je n’ai jamais compris pourquoi les producteurs de pétrole continuent de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Plus ils siphonneront rapidement le jerrican et plus vite ils seront fauchés. Cela montre bien l’égoïsme par rapport à ses propres générations futures, avec cette mentalité « pompadourienne » (ou celle d’un roi). Et l’on voit comment le règne suivant a été raccourci. Malheureusement « Après moi le déluge » est toujours d’actualité. Se réjouir d’un pétrole pas cher est du même tonneau. Le yoyo est un jeu amusant, mais le yoyo du Brent n’a rien de réjouissant.

Des énergies fossiles pas chères permettent de consommer encore plus. Ce sera donc plus compliqué pour tenir ses promesses de COP. Bien sûr, les énergies fossiles pas chères vont permettre à des industries, consommatrices de pétrole,  d’avoir de meilleurs résultats. La preuve, une information nous dit qu’Air France va finalement moins licencier (?) et aussi devrait arriver à rembourser les chemises qui pourraient être dégradées. Par contre, il faudra accélérer la construction des Airbus solaires (qui ne sont pas encore près de décoller comme les missiles sol-air).

Les énergies fossiles pas chères vont aider les personnes à faibles revenus, à avoir un peu plus de pouvoir d’achat. D’accord, mais à court terme, car lorsque la pénurie sera là, ce seront ces personnes qui trinqueront les premières et seront encore beaucoup, mais alors beaucoup plus en difficulté. Les personnes aisées auront un délai plus grand pour commencer à en pâtir.

Alors il faudrait arrêter de se réjouir d’un Brent à 40€ et jouer au yoyo avec le prix des carburants. Il faudrait arriver  à comprendre que pour un état non producteur comme la France, en gardant un prix des énergies fossiles  (et électrique) à un certain niveau (et stable), ce prix bas du Brent est un apport financier qui permettrait de faire avancer les réductions de consommations énergétiques, de financer la mise en place des énergies renouvelables et d’aider (sérieusement) les travaux d’économie d’énergie et les déplacements utiles (entre autres pour l’emploi en l’absence de solutions collectives), et ceci en fonction des difficultés financières, ou non, de chacun.

Est-ce qu’un jour un gouvernement aura le courage de le faire ?

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