La médiation : une approche transversale

La première fois que j'ai utilisé le mot médiation dans un texte, pour présenter une posture dans le genre de celle des "médiateurs professionnels", c'était en 1987. Après une petite poignée de décennie, une nouvelle profession a émergé... Un peu d'histoire et d'état des lieux...

Telle que les promoteurs institutionnels l’ont initialement imaginée, la médiation a été reprise comme un moyen de répondre à des préoccupations gestionnaires. Historiquement, elle a été utilisée jusque dans la diplomatie moyenâgeuse, et même après sous toutes les dictatures, pour régler les différends entre vassaux. Un remake américain s’est propagé dans le courant des années 1970 sur la thématique d’économies infrastructurelles. L'Europe et la France se sont inspirées de ce modèle. Pourtant, sur le plan culturel, les principes fondamentaux ne sont pas du tout les mêmes.

Nommée processus ou procédure, la médiation à l’américaine, combinée avec un discours « gagnant/gagnant », aussi séduisant que l’idée du « self made man », a connu du succès. Définie comme un pis-aller valorisant le mauvais accord face au bon procès, il en a été fait une pratique centrée sur les enjeux et les intérêts. Aux USA, la médiation consiste dans l'intervention d'un tiers qui n'est pas dans un rôle officiel de juge. Le terme est synonyme de négociation, de conciliation et même d’arbitrage, c’est cette médiation qui est associée à la « modernisation du système judiciaire ».

C'est vrai qu'aux USA, les « Modes Alternatifs de Règlements des Conflits » ou « Alternative Dispute Resolution » ont fait revisiter la régulation amiable des problématiques relationnelles. Mais en aucune manière il n'a s'agit de s'intéresser au sort des justiciables. En réalité, les gestionnaires des Etats ont fait le choix de la privation par souci d’économie infrastructurelle. 

C'est alors que simultanément, une autre forme de médiation s’est développée : la « médiation professionnelle. » Celle-ci est apparue en France, à la fin du 20ème siècle. En réalité, c’est un concours de circonstances qui a fait émerger ces deux conceptions de la médiation. La « médiation professionnelle » a été fondée dans le sillage de la culture de la liberté de décision, avec la publication de mon ouvrage « Pratique de la médiation professionnelle » aux éditions ESF. Elle consiste dans une approche hors champ autoritaire. Elle est rationnelle.

Sur le coup, la conception de cette médiation n'a plus rien à voir avec les pratiques traditionnelles. C'est une médiation néosémique. Avec ce nouveau sens, j'ai introduit de nouvelles pratiques, des dispositifs, des outils, des référentiels, une technicité, des dispositifs, et aussi de nouveaux objectifs. C'est un instrument au service d'un nouveau paradigme social.

Dans la foulée, une organisation de médiateurs a vu le jour avec des exigences sur le plan éthique et déontologique, un Code professionnel, le CODEOME.

La médiation professionnelle, version néosémique de la médiation

Avec la médiation professionnelle, une nouvelle profession est en place. Les outils de ces professionnels sont identifiables dans ce qui fonde les relations, en garantit la qualité, pousse à leur dégradation et permet d’entretenir des projets contributifs. Dans les situations d’alerte et de conflits, elle consiste moins à rechercher un accord, qu’à promouvoir la définition des projets relationnels. Dans tous les cas, elle promeut la qualité relationnelle et la liberté de décision. L’instrumentation est innovante. Elle n’a pas de référentiel d’autorité. Tandis que le système judiciaire et les modes d’arbitrage s’appuient sur le droit et les règlements, la médiation professionnelle est outillée par l’ingénierie relationnelle. Les Médiateurs professionnels n’utilisent ni la morale, ni le droit ni la norme. Contrairement aux MARC / ADR, la profession du 21ème siècle ne puise rien dans les traditions confessionnelles, les rappels juridiques, ou les concepts psychosociaux.

C’est dans ce cheminement de la pensée et des pratiques que la médiation professionnelle interroge l’exercice de l’autorité. Elle n’est pas « gestionnaire des conflits », elle ne vise pas un « accord ». Elle interfère autant sur le système de décision judiciaire que sur celui de la décision managériale et politique. Elle prend le pas sur le paradigme du droit qui était le seul à avoir un référentiel régulateur et ouvre la voie à une nouvelle profession, la profession du 21ème siècle. Elle sort des habitudes de pensée. Elle dépasse les réflexions inachevées des Lumières qui ont conduit au paradigme du Contrat Social et accompagne la réflexion de notre siècle, avec une économie et une culture mondialisées, vers un nouveau paradigme, celui de l’Entente Sociale. C'est une instrumentation pour un renouveau du management. Nous avons ainsi tout pour l'intégrer dans les petites et grandes entreprises.

Si les médiateurs inspirés des conceptions traditionnelles souhaitent une reconnaissance par les Etats, cherchent des servitudes avec des reconnaissances étatiques, les médiateurs professionnels ont bien compris que pour promouvoir l'entente sociale, pour exercer en toute indépendance, c'est en affirmant leur profession en dehors de toute forme d'institution étatique.

Alors, n'hésitez pas à faire appel aux médiateurs professionnels !

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