Et si nous abandonnions l'idée démocratique ?

La démocratie est bien moins menacée qu'elle constitue un vrai carcan pour les libertés que nous imaginons qu'elle permet de protéger en les limitant. Elle est un paradoxe, une illusion, une fable.

Les mots portent en eux la relation que l'on a avec la réalité. Le mot de démocratie est un instrument de servitude. Je n'en ai pas pour longtemps. Mon cheminement est rapide. Un pas en arrière. Je retourne un instant dans l'Antiquité. La civilisation grecque a toujours été présentée comme un creuset d'éminents inspirateurs. Et si en fait, c'était une erreur de s'y référer ? Les Lumières auraient fait un bien mauvais usage de la Raison. Au lieu de faire évoluer la pensée, ils l'auraient mise dans une boucle.

Oui, je pense que les Lumières nous ont transmis l'éclairage d'une bougie et que nous en sommes au spot à LED. De plus, leur pensée s'est recroquevillée sur des certitudes et des croyances présentées comme des vérités qu'il n'est pas recommandé de mettre en cause. Et c'est dans cet état de pensé que nous sommes formés à l'école, avec des postulats spécieux transmis de génération en génération. C'est un jeu entre la rationalité et le raisonnable. Un plantage sémantique. Une confusion. Et ce que montre le gouvernement d'Emmanuel Macron, avec les élites intellectuelles (énarques, polytechniciens et tous ces génies sortis des grandes écoles), c'est précisément cette confusion culturelle dont ils ne se rendent pas compte. Ils sont dans le pire des brouillards. Ils meurtrissent, mutilent, violentent et pensent qu'ils propagent le Bien. Ils briment, corrompent et détournent, en pensant qu'ils aident, assistent et subviennent.

C'est l'héritage de la pensée bloquée des Lumières. D'un côté, la Raison rationnelle est ce super outil qui permet de bouger les repères du tangible ; de l'autre, la Raison du raisonnable renvoie la réflexion sur les fondamentaux de la pensée à 18-20 siècles en arrière et sert à prospecter des idées déclarées comme les plus fondées. L'erreur serait bien là. Nous le savons, sans se montrer complaisants en raison de l'admiration rétrospective que l'on peut avoir, nombre des raisonnements des Grecs étaient foireux. Bien sûr qu'ils ont découvert des choses, mais les Chinois aussi et les Mayas également. Il convient de dépasser la complaisance de cette considération sympathique.

Je prends l'exemple de la pensée de Freud inspirée de Spinoza pour la théorie du désir. Freud a puisé dans la mythologie grecque pour donner de l'autorité à ses élucubrations. Oui, parce que du genre pseudoscience, la psychanalyse se pause-là. Freud s'est enlisé dans la psychanalyse pour tenter d'aider l'humanité complexée, en manque de reconnaissance et en quête d'affirmation. Il a remis au goût du jour une pratique imitant le modèle de Socrate : l'accouchement des âmes, dans le genre chacun détient en lui les moyens de son épanouissement. Et puis il y a aussi la représentation de l'origine de l'univers qui en arrivent à revisiter le chaos avec le big-bang. L'idée de l'ordre universel est présentée comme une règle d'harmonie. Ça n'est qu'une idée, mais elle est affirmée comme le modèle cosmique. De là découle l'inspiration d'une organisation sociale, avec une autorité souveraine - qui reste très virtuelle - et un système représentatif : le peuple avec ses représentants, à l'image de dieu et ses représentants. Tout semble se tenir, alors qu'il n'y a que de l'imaginaire qui justifie les allégeances et les servitudes. 

Ainsi, d'un seul pas, un système politique est affirmé comme le meilleur : la démocratie. Pourtant, à notre époque, après expérimentation, non. Nous le voyons, la démocratie porte dans son concept le virus qui la gangrène : le rapport de force. Le terme lui-même véhicule la fiction de la souveraineté du peuple. Il signifie une soumission, une domination, une autorité. Il signifie une privation de liberté. Il est si difficile d'imaginer par-delà les limites de ce type de carcan. Les audacieux sont considérés comme des utopistes, des naïfs, voire des marginaux.

Pourtant, à notre époque de créativité, si nous avions cette audace d'inventer un nouveau concept adapté à la phase de l'évolution humaine et sociétale où nous sommes et vers laquelle nous souhaitons aller ?

En tout cas, pour commencer, voici la fable des cuillères pour tous qui vous démontre ce qui fait que le modèle démocratique est totalement illusoire.

https://youtu.be/spMjjowBDjg

 

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