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Billet de blog 3 févr. 2013

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4 ans avant Robert Boulin, le juge François Renaud

Antoine Perraud a consacré deux excellents articles à l’affaire Boulin, en évoquant ici le téléfilm produit par FR3, et dans lequel François Berléand est remarquable, et là le débat, animé par Frédéric Taddéi, à la suite de ce même téléfilm. Dans ces deux articles, Antoine Perraud a montré clairement, avec une vidéo très convaincante, que les liens entre SAC, RPR et grand banditisme ont conduit à l’assassinat de Robert Boulin en octobre 1979, et a mis en lumière les pratiques politiques pendant le septennat de Giscard. Ces habitudes avaient été testées, en quelque sorte, quatre ans auparavant, avec le meurtre commandité du juge François Renaud, le 4 juillet 1975.

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Antoine Perraud a consacré deux excellents articles à l’affaire Boulin, en évoquant ici le téléfilm produit par FR3, et dans lequel François Berléand est remarquable, et le débat, animé par Frédéric Taddéi, à la suite de ce même téléfilm. Dans ces deux articles, Antoine Perraud a montré clairement, avec une vidéo très convaincante, que les liens entre SAC, RPR et grand banditisme ont conduit à l’assassinat de Robert Boulin en octobre 1979, et a mis en lumière les pratiques politiques pendant le septennat de Giscard. Ces habitudes avaient été testées, en quelque sorte, quatre ans auparavant, avec le meurtre commandité du juge François Renaud, le 4 juillet 1975.

François Renaud était, tout comme Robert Boulin, un homme libre et indépendant. Les deux avaient une personnalité et un profil assez proches : tous deux résistants et compagnons de la libération, tous deux francs-maçons de la Grande Loge de France, tous deux engagés dans une conception intègre et claire de leur fonction, qu’elle soit politique ou juridique. Tous deux ont payé de leur vie de vouloir faire éclater la vérité au grand jour. François Renaud avait été nommé premier juge du tribunal de Lyon, en 1972, soit un an après le braquage de l’hôtel des postes de Strasbourg, qualifié de plus gros hold-up de l’après-guerre. L’instruction avait été confiée au parquet de Lyon et le juge François Renaud en avait la direction.

Le juge Renaud avait rapidement acquis des convictions fortes et des certitudes sur ce hold-up sans précédent et il avait entrepris d’ordonner des filatures de plusieurs truands du milieu lyonnais, qui s’avéreront par la suite en étroits et permanents contacts avec des membres du SAC. Curieusement François Renaud va constater que jamais la police ne peut prendre sur le fait les dits truands, comme s’ils étaient prévenus à l’avance des initiatives du juge. Le coup de grâce à son enquête est porté, sans doute naïvement et maladroitement, par le substitut François Colcombet, invité de l’émission Les Dossiers de l’Ecran, le 7 mars 1974, qui lance tout-à-trac : « Nous espérons ne pas avoir à découvrir que le hold-up de Strasbourg a servi à remplir les caisses d'une organisation politique ».

Ces propos ne trouveront étonnamment aucun écho politique, ni aucune résonnance médiatique — nul n’a aucun souvenir, par exemple, d’un article, sur le sujet,  de Michèle Cotta si prompte à rapporter, avec le ravissement d’une petite fille, les confidences de Chirac, pendant le débat organisé par Frédéric Taddéi, sur FR3 —et François Colcombet se verra proposer presque immédiatement une promotion à Paris. Il déclarera le 10 décembre 2011 au journal La Montagne, quotidien entre autres du département, l’Allier, où il est devenu député socialiste de 1988  à 1993, puis de 1997 à 2002, qu’il avait accepté car il craignait pour sa vie. Mais craignait-il pour la vie de son collègue François Renaud ? La question n’a pas été posée.

Or le 3 juillet 1975, le juge François Renaud est abattu, à trois heures du matin devant son domicile, de trois balles dans la tête. Le meurtre aurait été commandité par un parrain du milieu lyonnais, membre du SAC, Jean Schnaebélé, et exécuté par trois malfrats lyonnais. En 1992 l’instruction de ce meurtre avec préméditation a fait l’objet d’un non-lieu par le juge Georges Fenech, membre de l’UMP — mais il doit certainement s’agir d’un pur hasard — et s’avère désormais prescrite, ce qui signifie que non seulement aucune enquête n’a été lancée, à l’époque, pour tenter de connaître les commanditaires politiques de Schnaebélé, mais, en plus, le citoyen lambda épris de justice et d’égalité ne saura jamais rien.

Au silence médiatique assourdissant ne succédera que le film lourd et maladroit d’Yves Boisset, Le juge Fayard, en 1977, avec une interprétation caricaturale de feu Patrick Dewaere, qui, loin de présenter le dossier à fond, étaiera l’image fausse d’un juge aux confins du respect de la loi. Donc pour avoir une idée plus proche de la vérité, mieux vaut lire l’ouvrage du fils de François Renaud, Francis, et de feu l’excellent journaliste de L’Express, Jacques Derogy.

Francis Renaud, Justice pour le juge Renaud, éditions du Rocher, novembre 2011.

Jacques Derogy, Enquête sur un juge assassiné. Vie et mort du magistrat lyonnais François Renaud, éditions Robert Laffont, Paris, 1977

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