Emmanuel Macron, la farce tranquille

Le microcosme de la "classe spécialisée" s'est beaucoup agité cette semaine sur un non-évènement tristement révélateur.

Depuis la banque Rothschild jusqu’à la récupération du souvenir de Jeanne d’Arc, en passant par un strapontin d’intérimaire au ministère de l’économie, Emmanuel Macron demeure, à ce jour, la farce la plus obscène de ce lamentable quinquennat. Sans parti, sans circonscription et donc sans aucune base électorale, comme l’a rappelé François Bonnet, et, surtout, sans identité politique et sans l’ombre d’un programme, Macron vient de claquer la porte d’un gouvernement  — où l’on se demande encore ce qu’il pouvait bien y faire — dans une posture aussi convaincante et désopilante que celle du chouchou-lèche-cul de la classe qui mènerait une fronde contre le maître d’école qui l’a installé au premier rang. Qu’a-t-il à son actif ? 

Rien ! Le vide sidéral. Hormis une « une » de Paris-Match très révélatrice de la volonté de la « classe spécialisée » (voir article précédent) d’avilir un peu plus le journalisme et le débat politique, une loi, imposée par le très anti-démocratique 49/3, loi qui, à grand renforts de subventions publiques pour des liaisons par autocar, introduit une indécente et scandaleuse concurrence avec le service public ferroviaire. Sinon que retiendra-t-on encore de ce lugubre sosie de Boris Vian — que l’on regrette, lui ! mais qui nous a laissé tellement — qui a eu l’incommensurable toupet de ré-écrire, de façon abrégée, caricaturale et pitoyable « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » ? 

Quelques déclarations scandaleuses (qui traduisent un dédoublement de la personnalité inquiétant…) contre le service public, dont il est douillettement issu, et contre les salariés — sans doute a-t-il été tenté d’utiliser l’expression péjorative des nantis en 1936, « les congés payés ». On retiendra surtout qu’il symbolise le vide idéologique d’un pouvoir personnel à la dérive et la fin annoncée d’une monarchie pseudo-républicaine qui a enterré définitivement la Vème République. Le départ de Macron, summum du non-évènement, est la parfaite illustration de ce que feu Marshall Mac Luhan, professeur de littérature à l'université d'Edmonton, Canada, et, surtout, grand théoricien de la communication, dénonçait en 1967 dans son ouvrage judicieusement intitulé The Medium is The Massage, puisque tous les laquais se sont précipités pour tendre micros et caméras, alors même qu’il n’y a strictement rien à entendre. Qu’un système qui a permis successivement à François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et François Hollande de faire, selon le fait du prince, de Bernard Tapie, Rachida Dati et Emmanuel Macron des ministres de la République montre qu’il est désormais grand temps de passer à autre chose et de restaurer la République, la vie parlementaire et la démocratie.

 

A voir toute cette misérable agitation autour de ce personnage, on ne peut s’empêcher de penser à cette petite annonce publiée en 1969 dans L’os à moelle du très regretté Pierre Dac : « Gardien de la paix, doté nouvelle tenue Défense passive, demande emploi bonhomme de neige pour heures de loisir »…

 

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