Des mots et des maux

« Mon devoir de Chef de l’Etat c’est d’abord de penser aux ouvriers aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’Etat, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège » « Vous, vous êtes exposés, c’est pour ça que je dois d’abord être avec vous plus qu’avec d’autres qui sont protégés par leur statut »
« Mon devoir de Chef de l’Etat c’est d’abord de penser aux ouvriers aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’Etat, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège » « Vous, vous êtes exposés, c’est pour ça que je dois d’abord être avec vous plus qu’avec d’autres qui sont protégés par leur statut »

 

Après les routiers (1), les ouvriers d’usine . . .

Des mots pour tenter de séduire à nouveau, pour tenter de faire oublier une politique, pour étourdir et pour s’étourdir.

Des mots aussi pour diviser : les fonctionnaires bénéficiant de droits sont désignés à la vindicte populaire, ce sont des privilégiés échappant à l’arbitraire et au bon vouloir d’un patron, ce sont les parias d’une société qui doit être au service du capital.

Mais des mots qui ne trompent plus grand monde tant il est désormais évident que nous avons installé à la tête de l’Etat français un homme en déséquilibre permanent, un homme de pouvoir en quête de reconnaissance et de grandeur pour combler un vide personnel et dont la démarche ne peut que rencontrer fortuitement l’intérêt de la collectivité. Il paraît que la marche est une succession de chutes ; avec Sarkozy, la France avance à marche forcée vers un libéralisme débridé et son cortège de souffrances.

Car derrière les mot irréels, il y a les maux bien réels !

Derrière la fausse compassion, il y a la vraie misère sociale et la casse organisée du droit du travail.

Derrière le couplet habituel sur la protection et le statut des fonctionnaires, il y a le démantèlement progressif des services publics et des missions de plus en plus difficiles pour les agents, il y a un mal-être qui s’accentue jusqu’au suicide pour certains.

Derrière les faux semblants, derrière la solidarité proclamée, il y a une dureté froide, technocratique, qui poursuit des objectifs chiffrés au détriment de toute autre considération. Avec l’affaire de Karachi, un des nombreux scandales qui émaillent la Vème République et ce quinquennat en particulier, « un certain nombre de nos politiques ont sans doute du sang sur les mains »(2) mais le sang qui souille les mains du pouvoir en place provient aussi et plus sûrement des reconductions à la frontière, de l’absence d’aide au logement, d’une politique sanitaire déficiente qui laisse le champ libre aux laboratoires pendant qu’on étouffe l’hôpital public . . . en fait, de l’application d’une politique impitoyable pour les plus faibles et notamment vis-à-vis des populations immigrées, une politique qui porte aussi en elle des ferments de haine raciale propices à tous les débordements.

Et là, il est inutile de revendiquer cette fameuse présomption d’innocence si commode dans les affaires politico-financières ; nos gouvernants sont bien responsables et coupables.

Le plus choquant n’est pas que Nicolas Sarkozy tienne ce genre de propos dont il est coutumier mais qu’il se trouve encore des gens pour l’écouter, des micros pour se tendre et pour retransmettre ses déclarations, des élus pour l’accueillir et l’honorer, bref que notre république n’ait pas encore trouvé les ressorts ( démocratiques) pour mettre au ban de la République un tel personnage. Bien que nous soyons confrontés aux mensonges à répétition, confrontés aux provocations, confrontés à la mainmise du privé sur les affaires publiques et sur nos biens communs, confrontés à l’instrumentalisation de la justice par l’appareil d’Etat, confrontés à la corruption de l’oligarchie dominante, confrontés aux affaires d’Etat, notre petite République continue son bonhomme de chemin cahin-caha.

« Dans toute autre démocratie digne de ce nom, ce qui est en train de se passer aurait provoqué une crise gouvernementale. Une crise au sommet de l’Etat, et là on est dans le déni » comme le clame fort justement Noël Mamère dans les colonnes du journal Sud-Ouest ( daté du mardi 27 septembre)

La perspective des élections présidentielles suffit apparemment à notre bonheur démocratique. La possibilité d’une alternance nous rassure. Mais c’est là une bien faible revendication. Notre conception de la démocratie paraît singulièrement étriquée et le bail élyséen est décidément inattaquable. Qu’un tel mandat aille jusqu’à son terme constitue une preuve terrible du caractère régalien de nos institutions et marque aussi la perte de notre capacité collective et civique à réagir face à l’inacceptable. Notre faculté d’indignation s’émousse malgré les mises en garde de vieux résistants comme Stéphane Hessel et c’est un très mauvais signal envoyé au futur locataire de l’Elysée.

Les partis d’opposition et les syndicats portent leur part de responsabilité. Au lieu de boycotter les RV présidentiels et ministériels afin d’alerter l’opinion publique et de marquer leur défiance vis-à vis d’un régime qui s’affranchit de toute règle éthique , les différents responsables politiques et syndicaux continuent à respecter la « tradition républicaine ». Ainsi, Martine Aubry, au mois d’août dernier, se tenait «prête à débattre de la crise financière » avec Nicolas Sarkozy comme si elle pouvait en retirer quelque honneur ou quelque avantage pour ses concitoyens.

Cette complaisance finit par ternir l’image de l’ensemble des acteurs d’une République qui se décompose lentement sous nos yeux .

Aujourd’hui trois français sur quatre pensent que les politiques sont plutôt corrompus, contre 19% qui pensent qu’ils sont plutôt honnêtes selon un sondage TNS Sofres publié mercredi 28 septembre.

Et Marine Le Pen doit se dire que tout cela est bon pour le Front National . . .

(1) Il y a environ deux semaines Sarkozy a prononcé le même type de discours devant des transporteurs routiers.

(2) pour reprendre les mots de Noël Mamère prononcés en début de semaine à l’Assemblée nationale

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