Emmanuel Macron, le scandaleux.

Skandalon en grec, c’est l’obstacle placé sur le chemin, celui qui vous fait tomber. . .

 

Skandalon en grec c’est l’obstacle placé sur le chemin, celui qui vous fait tomber. . . 

Le dessinateur Jul et le président de la République Emmanuel Macron CRÉDIT PHOTO : DOCUMENT JUL

 

Il ne l’a pas véritablement porté mais il l’a exposé aux regards des caméras, tout sourire, à côté du dessinateur JUL, lors de son passage au festival de la BD d’Angoulème. 

 

Le message paraît clair : sur le tee-shirt figurent le croquis d’une victime éborgnée, en l’occurrence la mascotte du festival,  et la référence à l’arme du crime, le fameux LBD, le lanceur de balles de défense. Sur un sujet sensible, qui fâche en principe le pouvoir,  le lien de cause à effet est établi et la dénonciation évidente, il manque toutefois sur le dessin l’utilisateur de l’arme, celui qui appuie sur la détente, le policier, mais surtout les vrais responsables : ceux qui permettent l’utilisation de telles armes quasi- létales - ou à “létalité atténuée” - et ceux qui donnent les ordres. Mais, il est  inutile de mettre les points sur les i : n’importe quel observateur, un tant soit peu avisé, de notre vie publique peut a priori tirer de cette scène des conclusions peu amènes vis-à-vis de la police et du gouvernement concernant la douloureuse question du maintien de l’ordre dans notre pays. 

Mais il faut se méfier des évidences. . .

Tout se complique donc et tout s’embrume quand notre Président fait lui même l’exégèse d’un événement qui fait le buzz. Il s’agit pour lui de “défendre la créativité, la liberté d’expression, y compris l’insolence, y compris la création d’artistes qui font des choses avec lesquelles je ne suis pas en accord“. Et, une nouvelle fois, il récuse le terme  de violence policière”.

Nous le savons, notre Président est un adepte de la pensée complexe, une pensée qui sans doute désarçonne, déconcerte, déstabilise. Ici, elle nous a fait entrevoir de la compréhension et une certaine humanité pour tout aussitôt exprimer  le mépris et le refus de toute compassion et de toute solidarité. 

Ainsi, le Président peut s’exposer avec ce tee-shirt et “en même temps” continuer à nier toute violence de la part des forces de l’ordre. Ce tee-shirt, symbole d’une meurtrissure et d’une colère,  prend dès lors des allures de muleta que l’on agite devant les victimes. C’est une provocation et un mauvais coup supplémentaire porté à tous les citoyens qui se sentent solidaires des mutilés et éborgnés inutilement par un pouvoir aux abois.

Par démagogie, pour faire diversion, pour donner le change, pour paraître protéger une liberté d’expression qui s’amenuise de plus en plus, Emmanuel  Macron croyait sans doute tendre un piège à ses détracteurs. Mais le piège s’est refermé sur lui-même ; tel est pris qui croyait prendre. 

Skandalon en grec est l’obstacle placé sur le chemin, celui qui fait tomber. Le geste d’Emmanuel Macron était scandaleux car, bien évidemment,  il fait encore chuter dans l’opinion publique le crédit de l’institution policière, et les syndicats de policiers ne s’y sont d’ailleurs pas trompés(*) , mais aussi parce qu’il contribue à dégrader encore plus  son image et son autorité personnelles. 

 Mais Emmanuel Macron est en lui-même un personnage scandaleux. 

En 2017, Macron était  un piège tendu par l’aristocratie financière pour faire chuter définitivement notre système de protection sociale et l’ensemble de nos services publics. Depuis, son action politique marquée par l’injustice et la dureté à l’égard des plus démunis fait  chuter la société toute entière, exacerbant les inégalités et la précipitant dans les conflits et la violence.

“Malheur à celui par qui le scandale arrive” nous dit l’Evangile.  

 

(*) Pour Yves Lefebvre, secrétaire général de l’Unité-SGP-FO, « On attend autre chose d’un président. C’est scandaleux. On se demande s’il y a des conseillers en communication à l’Elysée »



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