Le petit monde agricole de Nicolas Sarkozy



Le salon de l’agriculture qui a été inauguré samedi dernier par Nicolas Sarkozy célèbre chaque année la France agricole, une « France forte » à sa manière puisque la production agricole française est la plus importante de l’Union Européenne ( La France réalise près de 20% de la production totale de l’UE à 27). Autrefois prépondérant, le poids électoral de cette France agricole s’amenuise de plus en plus ; la profession agricole n’occupe plus que 3% environ de la population active totale, mais, par une sorte de phénomène d’hystérésis, tous les candidats à la Présidentielle arpentent les allées du salon, courtisant un électorat qui conserve sans doute, malgré sa faiblesse numérique, une valeur symbolique forte. François Hollande a ainsi passé près de douze heures au salon, « un record ! » d’après le journal Sud-Ouest. Une journée probablement bien peu « productive » pour le candidat socialiste car les agriculteurs constituent un électorat très ancré à droite, déstabilisé et désormais sensible aux thèmes portés par le Front National , et qui s’apprête à voter  majoritairement pour Nicolas Sarkozy (d’après une étude coordonnée par Bertrand Hervieu et François Purseigle et publiée par le CEVIPOF). La France agricole de 2012 est à l’image de son Président, c’est une France dominée par l’argent, à la fois réactionnaire et libérale, paradoxalement fortement subventionnée et administrée mais  dont  les aides profitent essentiellement aux plus gros. En dix ans, entre deux recensements agricoles, une exploitation sur quatre a disparu, le nombre de petites et moyennes exploitations ayant diminué fortement alors qu’il a au contraire augmenté pour les très grandes exploitations. Le maintien, voire l’approfondissement, d’un modèle agricole intensif et intégré à l’industrie agro-alimentaire mis en place au début des années 60 vide inexorablement les campagnes françaises de ses paysans pour laisser « le champ libre » à des entrepreneurs dont le métier est de faire du profit au détriment de tous les autres aspects, notamment sociaux et environnementaux.
Derrière les produits du terroir, derrière les animaux bichonnés, derrière les paysannes en costumes traditionnels de « la plus grande ferme de France » se cache le vrai visage de l’agriculture française et une réalité beaucoup moins avenante et pittoresque : celle de productions en passe d‘être contaminées par les OGM, celle des unités d’élevage concentrationnaires, celle des gestionnaires en col blanc et d’une « coopération » dévoyée.
L’agriculture prédominante et dominatrice des grandes exploitations, issue du modèle de développement préconisé conjointement par la FNSEA et l’administration, n’est pas une agriculture durable, respectueuse des terroirs, des hommes et des animaux, mais une agriculture de plus en plus concentrée, de plus en plus polluante, de plus en plus dangereuse.
 C’est une agriculture déséquilibrée, en état de « surchauffe », tellement irraisonnée qu’elle  vient d’être assignée  par la Commission Européenne  devant la Cour de justice de l’UE pour non-application de la directive nitrates : malgré des avertissements répétés et la mise en garde de nombreuses associations (en particulier l’association « Eaux et rivières de Bretagne » ),  le gouvernement français n’a jamais mis en place les mesures nécessaires afin de protéger efficacement sa ressource en eau. Les éleveurs de porcs et de volailles ont d’ailleurs obtenu récemment du gouvernement un allègement de leurs conditions d’installation ou d’extension, avec notamment le relèvement du seuil d’animaux à partir duquel un élevage est soumis à autorisation     (dans le décret relatif au « regroupement et à la modernisation » des élevages) !
C’est une agriculture qui se place sous la tutelle de la grande industrie comme le montre la récente réélection de Michel Prugue, président de Maïsadour, à la tête de l’INAO ( Institut national de l’origine et de la qualité). Michel Prugue, fervent défenseur des OGM, a dans ses attributions, en tant que président de l’INAO, la gestion des labels et notamment des labels bio !
C’est une agriculture qui fait voter, en catimini, par quelques députés ( suivant la proposition de loi du député UMP Christian Demuynck) ,en séance de nuit, une loi interdisant désormais  aux exploitants d’utiliser librement leurs « semences de ferme ».
C’est une agriculture qui s’apprête, profitant du vide juridique actuel lié à l’annulation du moratoire sur les cultures OGM et de l’apathie du gouvernement,  à utiliser des semences de maïs Monsanto 810, contrevenant ainsi au plus élémentaire  principe de précaution.
Cette agriculture, dirigée et orientée par un petit monde de présidents de coopérative et d’industriels de la chimie et du génie génétique, épuise le vivant et détruit  l’agriculture paysanne qui, seule, peut permettre au plus grand nombre l’accès à une nourriture saine et équilibrée  en respectant l’environnement.
Cette agriculture mortifère soutenue et encouragée par l’actuel  président n’est malheureusement pas  remise en cause  par son rival socialiste qui , d’après le journal Sud-Ouest  « a, semble-t-il, rassuré la FNSEA, très inquiète des effets éventuels du contenu de l'accord PS-Europe Écologie-Les Verts. ». Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, aurait apprécié qu’il se soit prononcé « en faveur d'une intensification de l'agriculture qui s'appuie sur l'innovation ».
Le petit monde agricole de Nicolas Sarkozy serait aussi celui de François Hollande . . .                        
Avec de tels responsables politiques nous pouvons être sûrs que les différents mouvements et associations engagés dans la lutte contre les OGM et pour la promotion de méthodes de production alternatives devront rester mobilisés après le 6 mai prochain. Parce qu’elle met en péril le vivant, l’agriculture moderne symbolise le caractère insoutenable d’un système qu’il nous faut impérativement combattre et remplacer.
                                                                                                                                    

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