Pour 2020, Macron veut une France qui se tient sage

Tout le monde se souvient de cette classe d’enfants mis à genoux à Mantes la Jolie par des policiers. Aujourd’hui, c’est la France entière que Macron veut mettre à genoux ! Mais, avec ses voeux inutilement provocateurs, notre cher Président a peut-être contribué, paradoxalement, à ce que 2020 soit effectivement une bonne année.

Les voeux présidentiels, très attendus cette année, ont fait l’objet de nombreux commentaires et décryptages tant sur la forme que sur le fond.  Ils ont été finalement sans surprise, conformes au personnage, conformes à sa politique, conformes à ce que l’on pouvait attendre d’un président porté au pouvoir par une petite caste de financiers et d’industriels. Il n’y aura pas de changement de cap, il n’y aura pas de changement de méthode ; la marche forcée vers le néolibéralisme va se poursuivre. Ces voeux s’adressaient en fait à lui-même, à l’image glorieuse que lui renvoie en permanence sa petite garde rapprochée, à son parcours fantasmé puisque “ le réel compte moins pour lui que le récit qu’il s’en fait” ; des voeux qui ont été plutôt longs mais qui auraient pu être très brefs tant ils ressemblaient à un coup de trique à la face du peuple français ; des voeux hors sol  dans un régime hors norme qui n’est plus en prise avec la société et qui sont particulièrement inquiétants car ils n’offrent plus qu’une seule option aux citoyens pour se faire entendre, celle de l’affrontement. 

Des voeux pour rien puisqu’ils ne créent pas d’empathie et d’apaisement mais exacerbent au contraire les passions et les tensions. 

Emmanuel Macron n’est pas le président de tous les Français, et il le fait savoir à chaque occasion. Il souhaite encore plus de bonheur et de prospérité pour les riches, pour tous ceux qui vont bientôt recevoir leurs dividendes de 2019 (et pour lesquels il faut bien évidemment que ceux de 2020 soient encore plus importants) et plus de servitude pour les pauvres. Les réformes engagées, et en particulier la réforme des retraites, visent toutes à limiter, à encadrer strictement le coût des travailleurs, qu’ils soient en activité ou retraités, tout en offrant de nouvelles possibilités de profit aux détenteurs de capitaux. 

Plus de croissance  pour les grandes entreprises comme par exemple BlackRock, plus d’argent pour les grands patrons et leurs actionnaires, c’est aujourd’hui, compte tenu des ressorts, des mécanismes  actuels du capitalisme, quasi-automatiquement plus de pénibilité, plus de précarité, plus de fragilité, plus de détresse sociale pour la majorité de la population. Mais cela signifie aussi  une accélération de la crise écologique et une espérance de vie en bonne santé qui s’amenuise, qui se rétracte alors qu’elle est pourtant d'ores et déjà inférieure, pour les hommes, à l’âge pivot de la future retraite (lire ici) ; il faut être aussi fou ou mal intentionné que nos gouvernants pour tabler sur une augmentation de l’espérance de vie dans un environnement de plus en plus pollué et un climat de plus en plus déréglé. 

Ce qu’Emmanuel  Macron nous offre en perspective, c’est un monde de travailleurs où le travail social, le travail rémunéré, le travail contraint pour beaucoup,   remplirait définitivement toute la vie en bonne santé ne laissant aux individus pour leur retraite que la tranche de vie jugée impropre à une productivité suffisante, la  vie cassée, la vie diminuée et fragilisée, Le capital, pour s’engraisser, doit se nourrir du meilleur et manger la vie pleine et entière.  

La France est dirigée d’une main de fer par un psychopathe incapable d’empathie réelle. Tout le monde se souvient de cette classe d’enfants mis à genoux à Mantes la Jolie par des policiers. Aujourd’hui, c’est la France entière que Macron veut mettre à genoux ! Macron veut une France “qui se tient sage”. En ce début d’année, il sait qu’il joue son va-tout mais il croit en son destin, il est  intimement persuadé de sa supériorité et de sa légitimité. On peut donc prévoir une fermeté inébranlable dans les prochaines semaines et il va falloir lui opposer un front d’airain pour le faire plier. 

La bataille qui s’engage est  déterminante car si la gauche alternative veut avoir une chance de mettre en oeuvre une politique susceptible de surmonter la crise sociale et écologique, il faut impérativement stopper Macron qui est en train d’alimenter les rancoeurs, la déception, le ressentiment et, bien évidemment,  l’extrémisme de droite.   

Avec ses voeux inutilement provocateurs, notre cher Président a peut-être contribué, paradoxalement, à ce que 2020 soit effectivement une bonne année. 

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