C’est un peu comme une peur enfantine, une peur irraisonnée, une peur plus forte que vous, une peur rétive qui ne se laisse pas facilement dominée, un peu comme la peur du loup qui survécut longtemps à sa disparition .
Pour beaucoup d’entre nous, il est depuis longtemps disqualifié , il reste là mais il n’est déjà plus « le Président » ; ce n’est qu’un usurpateur qui dévoie chaque jour un peu plus sa fonction. Donné battu par les sondages, on a déjà pris goût à son éviction, on a déjà rêvé sa défaite. On aperçoit le bout du tunnel. . .
Même si l’horizon reste sombre c’est quand même plus clair là bas. On veut vraiment passer au chapitre suivant avant même d’avoir tourné la page. On se projette dans l’après pour oublier plus vite, pour guérir plus vite, pour sortir de cette longue maladie. Mais on ne peut pas s’empêcher de penser à la rechute, toujours possible . . . On se surprend à penser : et s’il passait . . . , et si les instituts de sondage se trompaient . . . , et si la peur de l’étranger était plus forte que tout . . . Alors, on imagine avec horreur tous les malfaisants qui ont infesté cette campagne électorale de leurs slogans nauséabonds investir les plateaux de télévision avec des mines de conquérants, reprendre position sur un territoire qu’ils pensaient perdu . On imagine leurs déclarations, leur nouvelle hargne, leur morgue stimulée par une victoire inespérée. On les imagine dans leurs costumes de nouveaux maîtres, impatients de donner la leçon à ce peuple turbulent qui, un temps, les a nargué, les a défié. On imagine « la reprise en main », les journalistes obséquieux avec leurs commentaires élogieux : la belle campagne volontaire, le défi immense à relever, le mérite qui n’en est que plus grand, la leçon de réalisme politique et de ténacité, la malédiction qui pèse sur la gauche, la France qui préfère la rigueur et le courage . . .
Non, c’est un cauchemar.
Sarkozy ne peut pas gagner, Sarkozy sera battu.