Des écologistes menés en bateau . . .

 

A l'ouverture de la Conférence environnementale du 14 septembre 2012, François Hollande avait fixé un cap :« La transition énergétique et écologique, rendue nécessaire par la rareté des ressources naturelles et par la lutte contre le réchauffement climatique, est un axe prioritaire de développement de demain ». Et certains esprits s'étaient échauffés ; Cécile Duflot en particulier, la jeune ministre du logement, chef de file du mouvement EELV, s'était laissé porter par la vague verte des grandes espérances présidentielles, elle avait lancé sur twitter : « Je pèse mes mots : ce discours du Président de la République est historique et infiniment émouvant à entendre pour une écologiste.». A l'époque François Hollande, salué encore par de nombreux acteurs impliqués dans la défense de l'environnement, semblait filer vers « le cap de Bonne-Espérance ».

Oui, mais voilà : peut-on faire confiance à François Hollande pour mener une politique volontariste et déterminée, pour garder le cap dans quelque domaine que ce soit quand il s'est lui-même ligoté, entravé, en avalisant le TSCG et en faisant de la réduction de la dette publique une contrainte majeure  ?

Peut-on faire confiance à François Hollande pour mener une politique écologiste volontariste alors même qu'il fait partie de ces décideurs politiques qui ne s'intéressent à l'écologie qu'en tant que vecteur potentiel de croissance ?

Il n'y a rien de tel qu'un ministre débarqué pour en savoir un peu plus sur les intentions réelles du « capitaine ». Après la « démission » et la conférence de presse de Christine Batho, les Verts commencent (enfin) à se poser la question de leur maintien dans le gouvernement Ayrault.

Edgar Faure, ancien président du conseil et ministre radical de la IV ème République , avait coutume lorsqu'on lui reprochait certains ralliements qui pouvaient paraître opportunistes et déroutants, de s'en tirer par ce bon mot «ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent !»

Et le vent a visiblement tourné pour l'écologie. François Hollande ne peut plus maintenir le cap.

Le budget du ministère de l'écologie amputé de 7%, la durée de vie des centrales nucléaires portée de 40 à 60 ans, la remise en cause récente de la législation environnementale applicable aux élevages agro-industriels, la fiscalité écologiste oubliée, etc , etc, la liste des renoncements ou des mesures négatives prises par le gouvernement dans le domaine de l'écologie atteste de sa volonté de mener effectivement une politique de transition écologique  marquée en fait par une formidable régression de la prise en compte du facteur environnemental dans les politiques publiques. Les quelques annonces positives, comme par exemple l'abandon d'un certain nombre de lignes LGV comme la ligne Bordeaux-Hendaye, sont uniquement dues au tarissement des financements publics, des mesures contraintes, des mesures « malgré-nous » en quelque sorte, même si elles sont habillées d'un discours démagogique à destination du partenaire EELV.

La prise en compte du facteur environnemental est plus que jamais perçue comme une contrainte supplémentaire, un coût insupportable pour les acteurs économiques. La facture globale sera payée plus tard par la collectivité. Il n'y a plus de politique écologique. La crise économique et l'objectif de réduction accélérée des déficits publics imposent leur tempo et sur-déterminent l'ensemble des décisions et des priorités gouvernementales.

Les Verts hésitent, ils veulent encore peser de tout leur poids minuscule, ils veulent encore croire aux engagements du Président au sujet de l'exploitation des gaz de schiste : "J'ai demandé à Delphine Batho (...) de prononcer sans attendre le rejet de sept demandes de permis déposés auprès de l'Etat et qui ont légitimement suscité l'inquiétude dans plusieurs régions. S'agissant de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, telle sera ma ligne de conduite tout au long de mon quinquennat."

Oui mais voilà : que valent des déclarations d'intention prononcées il y a un an face au lobbying forcené entrepris depuis par les grandes firmes privées ?

Que valent les déclarations d'un président qui, après s'être indigné des opérations d'espionnage américain vis-à-vis de l'UE provoque un incident diplomatique avec la Bolivie en refusant notre espace aérien à l'avion du président Evo Morales, soupçonné de transporter le dangereux lanceur d'alertes Edward Snowden ?

Pas grand chose assurément . . .

 

 

 

 

 

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