Les primaires, progrès ou régression démocratique

Dimanche prochain se déroulera le premier tour des primaires organisées par le parti socialiste, point d’orgue d’un « processus moderne qui convient à droite comme à gauche » selon la formule d’encouragement de François Fillon

Dimanche prochain se déroulera le premier tour des primaires organisées par le parti socialiste, point d’orgue d’un « processus moderne qui convient à droite comme à gauche » selon la formule d’encouragement de François Fillon

qui regrette sans doute qu’un tel mécanisme de sélection des candidats à l’élection présidentielle ne puisse être mis en place au sein de l’UMP.

Ce satisfecit décerné par le chef d’un gouvernement autiste et fort peu soucieux de démocratie participative est plutôt de nature à inquiéter tout citoyen aspirant à une rénovation de la vie politique et à l’organisation de débats de société permettant de relayer véritablement la volonté populaire. Et la «modernité » du processus reconnue par une droite qui a le culte du chef et qui défend becs et ongles une cinquième République déséquilibrée par l’hypertrophie de l’exécutif n’est pas un gage d’avancée démocratique et d’évolution positive ; elle signifie plutôt que le processus des primaires s’inscrit dans le cadre de l’évolution des grands rendez-vous électoraux qui sont désormais largement influencés par les médias dominants. La personnalisation, la peopolisation, la recherche de la petite phrase ou de la singularité pour créer l’événement ( comme la proposition de Jean-Michel Baylet de légaliser le cannabis) prennent malheureusement le pas sur le débat de fond et occultent la dimension collective et militante de la démarche représentée par le projet du parti. Les sondages stimulent en permanence une course à l’échalote qui surexcite des egos déjà surdimensionnés, mais paradoxalement toujours prêts à se sacrifier pour le bien commun. Le travail et la représentation des militants s’effacent derrière l’aura supposé de tel ou tel : l’enveloppe plutôt que le contenu, le discours incantatoire ou déclamatoire plutôt que les propositions débattues et argumentées.

Car un des enseignements des différents débats organisés au cours de ces primaires, c’est bien que les prétendants à la compétition suprême ne semblent pas particulièrement contraints par le projet du parti qu’ils sont censés représenter. Chacun joue une partition relativement personnelle avec certes le projet en filigrane mais servant plus d’estampille socialiste que de référence idéologique : on y fait allusion de temps en temps, sans doute par égard au travail militant. Et d’ailleurs qu’y a-t-il de commun entre un Manuel Valls, chantre de la rigueur budgétaire, obsédé par l’éventualité de la perte du triple A, et un Arnaud Montebourg qui veut mettre le système bancaire sous tutelle et qui refuse une réduction trop rapide du déficit public ? Comment concilier la position de Martine Aubry sur l’installation forcée des jeunes médecins en zone rurale et la position de François Hollande hostile à toute mesure coercitive ? Finalement, leur seul objectif commun, comme l’a reconnu dans un élan de sincérité Jean-Michel Baylet à la fin du débat, est bien l’alternance en 2012.

Mais une question se pose alors : le candidat qui remportera les primaires et éventuellement par la suite les présidentielles se sentira-t-il engagé par le projet collectif du PS et au-delà par l’attente de changements profonds réclamés par le peuple de gauche, quand tout le processus qui viendra de s’achever aura plutôt tendance à lui faire penser qu’il doit son élection à ses qualités personnelles ?

Un président issu d’un processus empreint d’une telle « modernité » peut-il gouverner normalement, en ayant le souci du bien commun et de la protection des plus démunis ?

Une nouvelle journée d’action interprofessionnelle appelant les salariés à manifester et à décider « des meilleures modalités d’action, y compris la grève » est prévue le 11 octobre. Une nouvelle journée d’actions sans lendemain . . .

Peut-être conviendrait-il d’économiser ses forces ?

« Quand l’espérance de vie augmente, il faut aussi allonger la durée de vie des cotisations », cette réflexion du favori actuel des sondages peut donner à penser que mai 2012 ne marquera pas la fin de l’histoire.

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