« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La droite a besoin d’un chef, c’est consubstantiel à sa nature. La droite a perdu Nicolas Sarkozy et elle est désemparée. Le vide est immense, la réalité difficile à assumer et les esprits s’égarent : on évoque le prix Nobel de la paix (proposition d’Eric Raoult) pour celui qui a quasiment remporté la présidentielle, on spécule sur son retour en politique, on parie sur la banqueroute prochaine du pays, on prédit les pires catastrophes, on fantasme sur le recours à l’homme providentiel. . . Bref, on est parfaitement ridicule. Et , dans le même temps, les sous chefs s’agitent, les ambitions concurrentes et fratricides se dévoilent. L’UMP est en passe de brûler sur le bûcher des vanités, le désordre s’installe, l’ordre et la discipline ont changé de camp.
Les Français qui, si l’on en croit les sondages sont majoritairement de droite, viennent paradoxalement d’élire un président de gauche. Le chef suprême, malgré la quasi-victoire de Nicolas Sarkozy, est désormais François Hollande et le parti de l’ordre est, dans la perspective des prochaines élections législatives, représenté par le Parti socialiste. Le respect de l’autorité, la peur du chaos, le réflexe légitimiste, jouent maintenant en faveur des candidats soutenant le programme de François Hollande. La prochaine Assemblée Nationale sera sans doute composée majoritairement d’élus de gauche et il nous faut désormais espérer que le PS n’y disposera que d’une majorité relative afin que l’ordre socialiste n’y règne pas en maître absolu.
Car les institutions de la Vème République, restent, avec les socialistes, dangereuses pour la démocratie. Le pouvoir ne s’y sent que trop à l’aise et il ne faut guère compter sur « une présidence normale » dans un environnement aussi hostile à la normalité.
Déjà, le premier ministre Jean-Marc AYRAULT s’emploie à étouffer et à prévenir toute velléité d’indépendance de la part de ses ministres écologistes. Cécile Duflot, ministre du logement mais encore Secrétaire nationale d’EELV, qui avait eu mardi dernier l’imprudence – ou l’impudence- d’exprimer la position de son mouvement sur la dépénalisation du cannabis s’est fait aussitôt rappeler à l’ordre par le Premier ministre : dans ce domaine « la fermeté reste d’actualité ». Et le chef de l’Etat de rajouter le lendemain : «C’est sur la base de mes propositions et de mon projet que mon gouvernement gouvernera, Il n’est pas question qu’il y ait d’autres positions que celles que j’ai présentées aux Français pendant la campagne présidentielle».
Il est vrai qu’en période électorale, et dans une France volontiers réactionnaire, la dépénalisation du cannabis est un sujet sensible, passionnel, qu’il est impossible d’aborder avec le calme et la rigueur de la méthode scientifique. Ce n’est pas un problème de santé publique, c’est une question de comportement et de norme sociale. Pour beaucoup d’électeurs, la feuille de cannabis renvoie à la culture « peace and love », à mai 68, à la contestation, au désordre, à la chienlit. La représentation mentale du cannabis est très douloureuse pour certains cerveaux partisans de l’ordre moral. Le cannabis évoque aussi les trafics, l’argent facile, les caïds de banlieue, la violence. Le cannabis n’a pas gagné ses galons de drogue officielle, comme peuvent l’être le tabac et l’alcool qui font partie du paysage national et qui tuent en masse avec la bénédiction de l’Etat. « Fumer un joint » reste illicite, le cannabis est dangereux pour la société, le cannabis est une affaire de voyous et non d’hommes politiques normaux. Il ne peut s’intégrer dans le plan de communication du nouveau gouvernement.
A la lumière de cette petite polémique momentanée, on imagine aisément le poids que pourraient avoir les députés écologistes ainsi que les députés du Front de gauche si une large majorité rose sortait des urnes à l’occasion de ces législatives. La négociation et le compromis se heurteraient alors à un nouvel ordre implacable.