Le capital ne peut se soucier des retraités

Dans un monde où le capital est de plus en plus gourmand, l’obsession de la performance et de l’exploitation optimale des facteurs de production devait nécessairement entraîner un changement de notre système de retraite.

Dans un monde où le capital est de plus en plus gourmand, l’obsession de la performance et de l’exploitation optimale des facteurs de production nécessite des efforts continus de la part des travailleurs, il ne saurait y avoir de temps mort dans le processus d’adaptation à l’idéologie libérale entrepris par Emmanuel Macron. La réforme de notre système de retraite qui débute, suivant le schéma de communication et d’enfumage habituel, par une phase de concertation syndicale, est présentée comme l’un des chantiers majeurs de la deuxième moitié du quinquennat.  Comme dans beaucoup d’autres dossiers, cette réforme est bien évidemment nécessaire, elle doit permettre d’équilibrer les comptes des caisses de retraite, de simplifier notre système et de l’ajuster aux exigences de la modernité.  

Le changement imposé par le changement. . .  

Le débat est lancé, regorgeant déjà  de termes et de notions techniques : âge minimum, âge légal, âge pivot, taux plein, décote, surcote, etc. Derrière ce champ lexical complexe, une seule certitude : il faudra travailler de plus en plus longtemps pour très vraisemblablement percevoir une pension de moins en moins confortable.

Parmi toutes les justifications invoquées, attardons nous sur celle qui est présentée comme une évidence : il nous faut travailler plus longtemps car nous allons vivre de plus en plus vieux. . . 

Si il est un argument rebattu par le gouvernement et par les tous les réformateurs en herbe  c’est bien celui concernant l’espérance de vie : au cours des 60 dernières années, notre espérance de vie moyenne, hommes et femmes confondus, a progressé de 14 ans environ, presque trois mois par an. Anticipant des progrès toujours plus considérables de la médecine et de la pharmacie, nos décideurs prolongent donc avec optimisme les tendances actuelles et tirent des plans sur la comète : en 40 ans de vie professionnelle les hommes et les femmes qui débutent aujourd’hui leurs carrières pourraient ainsi gagner 10 ans d’espérance de vie supplémentaire . . .  Dans ces conditions, proposer aujourd’hui un allongement de la durée de cotisation de quelques trimestres représente finalement un effort bien minime. Dans cette logique, nos jeunes de 20 ans pourraient bien se voir proposer avant la fin de leur parcours en tant qu’actifs, un départ à la retraite à 70 ans passés, pourquoi pas aux alentours de 75. . .

Dans un environnement de plus en plus pollué, avec des épisodes de chaleur caniculaire de plus en plus sévères et fréquents, l’humanité se porterait de mieux en mieux. . .

Dans la vie imaginée et rêvée par les croissantistes, tout augmente, même l’espérance de vie dans un univers dévasté et déserté par. . . la vie !

Il est pourtant difficile de parier sur la prolongation de courbes correspondant, dans les pays du Nord, à des périodes marquées par d’immenses progrès dans le domaine de la santé publique dans une nature encore relativement préservée. Aux USA l’espérance de vie globale diminue déjà et, en France, notre espérance de vie en bonne santé, déjà plus faible que la moyenne européenne, baisse également. 

Et cette diminution de l’espérance de vie en bonne santé frappe de façon très inégalitaire les différentes catégories de travailleurs. 

La question des retraites illustre de manière évidente la nécessité de relier la question sociale à la question écologique ; la détérioration de l’environnement va affecter en priorité les plus démunis, les travailleurs pauvres, les travailleurs exposés aux intempéries, les travailleurs saisonniers, les précaires, elle va réduire à la fois leur durée de cotisation mais aussi leur espérance de vie ; leur maigre  pension de retraite, affectée par une carrière fragmentée ne leur permettra pas de s’adapter correctement au changement climatique. 

Mais de cela, le système n’en a cure. 

Les changements annoncés de notre système de retraite, et la fin notamment du régime par répartition, s’inscrivent dans le cadre général de la politique de ce gouvernement. Le modèle libéral imposé par Emmanuel Macron est marqué par la compétition et non pas par la coopération et la solidarité ; il ne peut être que profondément inégalitaire dans la distribution du travail et dans la répartition des fruits de ce travail et donc des pensions de retraite.   L’impératif économique et les exigences de rentabilité du capital dominent et contraignent la vie jusqu’à la mort. 

Comment imaginer que le capital puisse se soucier d’offrir une fin de vie décente à des populations retirées du travail et qui ne font pas partie du monde des possédants ?

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