Emmanuel Macron et le simulateur de gestion démocratique

Depuis plus d’un an, face aux gilets jaunes, face maintenant aux syndicalistes, face aux manifestants qui entendent préserver notre modèle social issu des “jours heureux” du Conseil national de la résistance, le pouvoir prépare notre malheur et fait l’étalage de toute sa brutalité pour imposer l’ordre néolibéral et son nouveau monde plein de promesses pour le capital. La police, transformée en milice, ne protège plus les citoyens mais entrave au contraire l’expression de leurs droits fondamentaux. 

Depuis plus d’un an, le peuple français éprouve physiquement la dérive autoritaire, jupitérienne de la Vème République. 

Le doute n’est désormais plus permis : le régime d’Emmanuel  Macron est un extrémisme ; issu malencontreusement des urnes, il se revendique de la démocratie et estampille chacune de ses actions du sceau de la république pour conduire une politique partisane ignorant le bien commun, détruisant les acquis sociaux et les services publics. Sans éthique, sans parole, il use de faux-semblants et d’artifices de communication pour assurer définitivement la tyrannie de l’argent. 

Avec le conflit des retraites, la nature du pouvoir éclate au grand jour mais le président d’une République moribonde tient  encore à donner le change avec une duplicité qui est absolument stupéfiante mais qui lui est permise par des médias et un environnement institutionnel ayant progressivement acquis des réflexes de servitude et de dépendance dont il leur est visiblement impossible de se défaire.  

Ainsi, à l’heure où, pour débattre d’un choix de société qui engage le pays pour des décennies, les travaux parlementaires sont bridés voire empêchés et la démocratie sociale  bafouée, Emmanuel Macron s’est invité à une séance de travail des membres de la Convention citoyenne pour le climat pour parler de référendum, d’écologie et de justice sociale ! Un petit bain aux allures de démocratie directe sans doute jugé revigorant pour son image !

Le Président affectionne ce genre de situation ;  il aime les grands débats en forme de monologue où, face à un auditoire très sage, il peut faire étalage sans crainte d’être contredit de convictions généreuses et de son engagement pour plus de démocratie. Dans ces circonstances, Emmanuel Macron se retrouve plongé, pour quelques heures enivrantes,  dans une sorte de simulateur de gestion démocratique ; il est provisoirement en dehors de son monde habituel, dans une sorte d’apesanteur idéologique qui l’autorise à toutes les audaces verbales. La schizophrénie maladive du personnage et du régime peut se déployer sans retenue. 

Alors même que le chef du gouvernement, Edouard Philippe, rappelle solennellement par écrit que l’âge d’équilibre destiné à assurer l’équilibre financier du futur système de retraites à points,  « constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée » , assujettissant ainsi les critères humains et sociaux à un objectif purement comptable de maîtrise des dépenses, le Président ne craint pas d’affirmer, magnanime, devant la Convention pour le climat, au sujet du risque d’une fiscalité excessive frappant les ménages les plus défavorisés,  que “ l’objectif pour l’État n’est pas budgétaire, mais réellement écologique et social. » !

Alors même que le gouvernement vient de prolonger un permis de recherche d’hydrocarbures en Gironde (à Mios), le Président plaide devant la Convention pour “la frugalité énergétique” !

Alors même que, depuis le début de son quinquennat, les demandes citoyennes pour plus de justice sociale, plus d’écologie et plus de démocratie sont systématiquement ignorées ou durement  réprimées, le Président, Jupiter omnipotent, pourrait soumettre, le cas échéant, les propositions de la Convention à  référendum. . .

La Convention doit remettre ses conclusions au mois d’avril prochain.  A cette date, le monde réel d’Emmanuel Macron reprendra ses droits. 

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