Une promesse de changement ou d'infléchissement ?

Ce sera donc Aubry ou Hollande et sans doute ce dernier. Contrairement à ce qu’affirme Arnaud Montebourg, le parti socialiste n’est pas encore totalement sorti du formol : la tête, représentée notamment par les deux anciens premiers secrétaires, y demeure plongée. Aubry comme Hollande, prisonniers d’une Europe de la finance qu’ils ont contribué à mettre en place, personnifient un socialisme qui s’est fourvoyé en plaçant, comme les libéraux, la rentabilité des entreprises au-dessus de tout autre critère. Ils nous assurent qu’ils sont les candidats du changement mais peut-on réellement leur faire confiance ? François Hollande se targuait encore récemment (pour faire taire ceux qui mettent en avant son inexpérience gouvernementale) d’avoir été associé à toutes les décisions prises par le gouvernement de Lionel Jospin dont le ministre des finances Dominique Strauss Kahn poursuivit, voire amplifia, la campagne de privatisation du premier septennat de Jacques Chirac. Les «nouveaux socialistes» veulent bâtir une société différente mais avec des techniques, des outils et des matériaux qui n’ont pas changé ! Aubry comme Hollande parlent avant tout désendettement, compétitivité, grandeur de la France, croissance retrouvée. . . Ils paraissent véritablement obnubilés par la réduction du déficit public et veulent être les meilleurs élèves possibles des agences de notation. Ils dénoncent les rois de la finance mais se comportent en vassaux allant au devant de leurs désirs. Remettre l’économie au service de l’humain nécessiterait des mesures radicales et un changement de paradigme, quand les « impétrants » socialistes entendent simplement réconcilier les français avec leurs banquiers.

Nous aurons peut-être quelques enseignants et policiers supplémentaires, mais nous serons toujours dans une économie au sein de laquelle la prise en compte du social et de l’écologie est un handicap, un frein à la compétitivité et à la rentabilité du capital investi. Les problèmes liés à la dégradation de notre environnement ont été largement passés sous silence lors de ces primaires, ou instrumentalisés pour servir une vision de l’économie toujours aussi délirante. La crise écologique s’amplifie mais elle sert « uniquement » de prétexte à une relance de la croissance, la croissance « verte » par le biais des énergies propres. Sur la question du nucléaire, nos deux candidats -et même Martine Aubry qui semblait s’être engagée de façon assez volontariste en début de campagne- deviennent de plus en plus vagues, peinant à s’engager pour une sortie . . . indéterminée ! Quand on connaît le poids et l’implantation des lobbies nucléaires dans notre pays, on ne peut que déplorer ce manque de volonté politique et s’inquiéter pour la suite.

Dans le domaine social, les engagements restent très mesurés. Aujourd’hui, face à un pouvoir radicalement libéral, la moindre mesure visant à réduire l’injustice fiscale comme par exemple le rétablissement d’une tranche si l’on privilégie une conception plus exigeante, on peut en douter : ce scrutin marque une nouvelle fois - au vu du score réalisé par Ségolène Royal - la versatilité d’un électorat que l’on peut comparer à un « chien fou » en recherche désespérée d’un nouveau maître. Ce type de consultation médiatisée et rythmée par les sondages se prête davantage à l’illusion et à la manipulation qu’au débat de fond argumenté. Ce phénomène ne peut qu’inquiéter tous ceux qui pensent que seuls des citoyens éclairés, c'est-à-dire correctement informés, peuvent faire vivre une vraie démocratie.

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