« Fier d’être français »

14 juillet, jour de fête nationale, jour de défilés militaires à la gloire de nos armées et de notre industrie de l’armement, jour  de célébration de notre mère patrie, jour du « sang impur qui abreuve nos sillons » mais aussi, cette année,  veille du jour de la finale de la Coupe du monde.  Alors, il paraît qu’il faut être fier d’être français, fier sans doute que les bleus aient fait si bonne figure dans cette Coupe du monde. Il faut être fier de relever le défi des matchs gagnés  sur canapé, en ingurgitant bières et pizza. A l'image d'Antoine Griezmann, sponsorisé par TF1, BFM TV, Valeurs actuelles, etc,  il convient de déclarer notre amour pour la France et de s'écrier  : " Il faut être fier d'être français, on le dit très peu. On est bien en France, on mange bien, c'est un beau pays. On a une belle équipe de France, des beaux journalistes. Il faut être fier d'être français. Je veux dire à quel point je suis fier d'être français".  A coup sûr, le style franchouillard va redevenir  tendance.  Après le conditionnement, après l’évocation appuyée de l’immense plaisir collectif de 98, après les phases préliminaires, après toute la masturbation intellectuelle exercée par les grands médias, l’extase collective libératoire est proche.

Après toutes les désillusions et les batailles perdues sur d’autres fronts depuis des mois, ce succédané de victoire populaire annoncée tient lieu sans doute de consolation, de dérivatif à l’humiliation collective permanente. Après une victoire en finale, les Français, la tête vidée par toutes ces bonnes émotions, pourront partir tranquillement en vacances. Cette hystérisation pour le foot  semble bien davantage relever d’un déséquilibre  et d’un  mal-être sociétal que d’une quelconque capacité à se mobiliser pour une cause collective.  Si le défi de la Coupe du monde est le seul Graal pour lequel le peuple français soit encore capable de se fédérer et de faire preuve de cohésion nationale, les lendemains ne chanteront guère.

Car, pour la rentrée, Jupiter, tout auréolé de la gloire des bleus,  a dans ses cartons quelques projets qui ne vont pas tarder à défier véritablement la cohésion et la solidarité nationale. . .

 

 

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