Parfois la révélation d’un secret de Polichinelle fait grand bruit ! L’affaire de corruption présumée qui secoue les instances européennes avec l’arrestation de la vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle est retentissante mais n’est pas surprenante. Elle lève le voile sur une évidence : l’existence d’un affairisme souterrain qui demeure habituellement à l’abri des regards inquisiteurs, hors champ et exempt de tout contrôle. Les pratiques de lobbying sont particulièrement intenses à Bruxelles et leur dévoiement est presque inscrit dans leur nature qui se signale par une absence totale de déontologie.
Le journal “Le Monde” avait publié en 2019 un “petit guide de lobbying dans les arènes de l’Union européenne”. A l’époque, citée par le journal, “l’association Transparency International estimait à ” environ 26 500 le nombre de lobbyistes présents de façon régulière à Bruxelles, et à environ 37 300 le nombre de personnes impliquées dans les activités de lobbying dans la capitale belge. D’après ce guide, “cette dernière concentre ainsi le deuxième plus gros bataillon de lobbyistes du monde, après la capitale fédérale américaine, Washington, DC”. Cela fait du monde comme on dit vulgairement ! Ces gens-là sont en mission à la solde d’intérêts privés, et il ne s’agit pas pour eux de défendre les biens communs auprès des commissaires, députés, experts et autres acteurs de l’Union européenne. Les directives de la Commission et les votes du Parlement sont donc sous influence, l’argent dicte secrètement sa loi. Sur le devant de la scène, dans la lumière, les parlementaires donnent en spectacle le débat démocratique mais derrière, dans l’ombre et au préalable, les lobbyistes ont fait leur travail.
Pour chaque décision de l’UE, combien de réunions inavouables avec leur lot de pressions, de tractations, d’ arrangements et de compromissions coupables ? Avec autant de corrupteurs en puissance comment peut-on espérer qu’il n’y ait pas de corrompus ? Les firmes et autres organisations corruptrices - qui peuvent être des pays entiers comme le Qatar- disposent de moyens financiers colossaux pour modifier, altérer le jugement des décideurs politiques. Dans les arènes de l’UE, ce bouillonnement d’argent, souvent sale, submerge la démocratie et assujettit le domaine public aux intérêts privés. Parfois, il arrive que des bulles éclatent en surface, au grand jour. Certains corrompus, à force de nager en eaux troubles, finissent sans doute par négliger toute précaution. Quand de l’argent cash circule de façon trop voyante, le couperet de la justice tombe rapidement. Dans le cas d’Eva Kaili et de ses co-accusés, les 600.000 euros versés par le Qatar afin d'influencer les décisions du Parlement européen étaient bien matérialisés : des sacs de billets entreposés au domicile de la vice-présidente ! Le délit est constitué, Eva Kaili et ses compagnons de fortune sont couverts d'opprobre. La vice-présidente socialiste du Parlement européen est en prison et destituée, il fallait ôter d’urgence ce gros nez rouge bien voyant au beau milieu de la figure d’une UE compromise en pleine Coupe du monde. Mais, aussi retentissante soit-elle, cette affaire est d’une envergure financière misérable au regard des sommes astronomiques engagées par les activités de lobbying ou à l’occasion de la signature de contrats commerciaux sous la forme de commissions, rétro-commissions, et dessous de table. On braque momentanément les projecteurs sur un petit trafic alors que les grosses affaires continuent à prospérer et à se développer, au mépris de la démocratie et du contrôle citoyen.
Pour ce qui concerne les relations avec le Qatar, pays incriminé dans ce trafic d’influence, la France occupe une place de choix : entre ventes d’armes massives, contrats gaziers, entrée du Qatar dans le capital des grandes sociétés du CAC 40, notre partenariat est bien ancré et florissant.(sans même parler de l’histoire de l’attribution du Mondial avec N Sarkozy à la manœuvre).
Mais la plupart des médias français ont quand même l'outrecuidance de se poser en donneur de leçons ! Pour Renaud Dély, sur France info, ce sont “des fonctionnements qui nous sont totalement étrangers” !! Les esprits sont également corrompus. . .
Du reste, tout va bien : pour l'instant, la France fait un beau parcours dans ce Mondial.
Il n’y a pas eu de boycott sportif.
Il n’y a évidemment pas non plus de boycott “diplomatique”, Emmanuel Macron se rend à Doha pour la demi-finale.
Les affaires commerciales et sportives sont prospères, il ne faut pas casser l’ambiance !