Une violence symbolique porteuse d’espoir

 Face à l’ouvrier, François Hollande a écouté patiemment en opinant de temps en temps du chef comme s’il admettait à regret les remontrances qui lui étaient adressées. Il a essayé d’opposer des arguments, de tenter des explications, de plaider des circonstances difficiles. En vain, rien n’y a fait. Sébastien Benoît, délégué CGT, ne s’en est pas laissé conter et a dévidé son chapelet de griefs : les 40 suppressions d’emploi aux chantiers navals STX (dans lesquels l’Etat français détient une participation de 33,34 %), les salaires qui stagnent, la violence syndicale stigmatisée quand la violence patronale des plans de licenciement est cautionnée voire encouragée par le gouvernement  . . .

 A mots découverts, c’est le double discours et la politique libérale de l’exécutif qui sont mis en accusation, en place publique, devant les caméras. François Hollande a été chapitré, sermonné, devant des officiels, des conseillers, devant tous ces cols blancs en chemises qu’on imagine médusés, choqués, par tant d’irrévérence et cette « violence » faite au Président.

Quelques minutes auparavant, Sébastien Benoît avait refusé de serrer la main qui lui était tendue.  François Hollande  ne s’en était pas offusqué, il n’avait proféré aucun juron, adoptant une attitude digne, conforme à son statut, à l’inverse de son prédécesseur qui, en d’autres lieux, dans les allées du salon de l’agriculture, avait insulté un quidam et sali sa fonction. François Hollande ne peut se permettre ce genre d’écart, il est contraint d’accepter l’affront,  il est tenu d’écouter. Face au délégué CGT de STX,  il doit  incarner la politique de dialogue social qu’il appelle de ses vœux. Mais tout le monde sait bien qu’il s’agit là d’une parenthèse éphémère  qui ne remet pas en cause  sa relation privilégiée  avec le patronat

L’homme du discours du Bourget est aussi l’initiateur du pacte de responsabilité et le fossoyeur annoncé du droit du travail.  François Hollande met en œuvre désormais, délibérément,  une politique déséquilibrée qui  exacerbe les tensions et permet au patronat de malmener toujours davantage les salariés. François Hollande est le chef d’un Etat où l’intérêt général  s’efface devant les intérêts privés et où la loi perd de sa force  et de sa légitimité. François Hollande est le premier responsable de la montée des violences.  

Tous les artifices de  communication ne peuvent travestir la réalité : le président peut bien écouter mais c’est aussi l’homme de gauche qui a trahi, qui a choisi le camp adverse, qui écoute mais qui ne comprend pas la classe ouvrière.  François Hollande ne peut plus être entendu, il est le symbole du renoncement. Le délégué CGT sait qu’il ne peut  lui faire confiance et, symboliquement, en refusant de lui tendre la main, signifie au chef de l’Etat que le syndicat qu’il représente n’entend pas déposer les armes et se prépare donc au combat.

C’est un exemple pour nous tous car désormais,  « dans ce pays, il n’y a pas de politesse à avoir, il y a des actes concrets à faire ».

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