Questions d’autorité

Aujourd'hui les socialistes au gouvernement discréditent l'autorité de l'Etat. L' autorité du pouvoir prend la relève en s'appuyant de plus en plus sur la violence.

« L’évacuation, c’est pour cet automne, ça se fera, il ne peut y avoir d’autre voie ». Malgré un vaste mouvement de résistance qui ne s’essouffle pas, Manuel Valls apparaît  plus que jamais décidé à  imposer la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes. L’Elysée annonce d’ailleurs « quelques travaux de défrichage au cours des prochaines semaines ». Manuel Valls et Bernard Cazeneuve savent  qu’ils devront recourir à la force et déployer des moyens humains particulièrement importants afin de déloger les occupants de la zone, ces fameux zadistes « ultra-violents » que les médias dominants dépeignent comme dangereux et  en marge de la civilisation. Face à de tels énergumènes , les forces de l’ordre, avant même d’intervenir,  sont déjà  en posture de légitime défense et bénéficieront quoiqu’il arrive de circonstances atténuantes.  L’opinion publique a été bien préparée, nos ministres socialistes peuvent maintenant prendre le risque de dérapages et de nouvelles  violences policières après le drame de Sivens.  

D’après le livre de confidences « Un président ne devrait pas dire ça », François Hollande n’est « pas pour le projet en tant que tel » mais estime qu’ «il n’y a pas de raison de revenir sur ce choix» car, dans le cas contraire, l’autorité de l’Etat serait menacée :  « C’est un problème dans une démocratie que de tolérer ce qu’on a laissé faire avec des gens d’ultra-gauche ».

Notre président - qui reconnaît implicitement la démesure du projet -  tolère ainsi tous les mensonges et falsifications qui dénaturent et discréditent  les études officielles préalables ainsi que la déclaration d’utilité publique, ignore  l’avis des scientifiques et des personnalités qui l’exhortent à renoncer à l’aéroport au nom de la protection du climat, mais ne supporte pas que quelques indiens en marge du progrès  menacent les emplois générés par le prochain aéroport et remettent en cause l’autorité de L’Etat. Le chantage à l’emploi semble être considéré par le pouvoir comme sa carte maîtresse, son laissez-passer ultime, car s’opposer à un projet où « il y a de l’emploi, ce n’est pas populaire ». 

Mais « l’autorité de l’État » n’est-elle pas bien davantage menacée par le Premier ministre qui vient de se rendre au Canada pour plaider en faveur de la ratification du CETA, instrument de délégitimation du vote citoyen et de dépossession de la souveraineté de l’État au profit des transnationales ? Et n’est-elle pas remise en cause,  voire totalement discréditée, lorsque  son premier représentant parle de l’institution judiciaire qui est chargée de faire prévaloir l’intérêt général comme d’« une institution de lâcheté » ?

En étalant ses états d’âme et son mal-être, un peu comme sur le divan d’un psychanaliste, François Hollande ajoute une pierre supplémentaire à la détestation de cette monarchie présidentielle qui est décidément le vice fondamental qui gangrène toute la société française.

Comme  dit Bruno le Maire, dans une schizophrénie stupéfiante, endossant  son costume de rebelle des beaux quartiers : « on n’en peut plus de notre vie politique ».

Et effectivement, quand on subit depuis maintenant plus de quatre ans les conséquences de la corruption du pouvoir socialiste et quand on regarde le spectacle de la primaire de la droite, véritable course à l’échalote de l’ultralibéralisme, une question vient à l’esprit : Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment est-il possible d’arriver à un tel stade de décomposition de notre vie publique ? Comment collectivement a-t-on pu laisser dériver à ce point un régime qui a restauré une féodalité d’un autre âge ?

Aujourd’hui, le renouveau ne peut venir des formations politiques qui sélectionnent des hommes et des femmes avides de pouvoir, mais de nouvelles formes d’engagement citoyen  qui servent véritablement l’intérêt général. Les  mouvements de résistance comme les ZAD qui parsèment désormais le territoire en font partie et nous montrent la voie.

 L’autorité de l’Etat est discréditée mais l’autorité du pouvoir s’appuie encore sur sa police et sur sa gendarmerie.

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