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Billet de blog 17 octobre 2010

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Le vote de la rue

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Au Chili, trente trois mineurs viennent d’être sauvés après avoir passé plus de deux mois, reclus dans une cavité, à 700m sous terre. Placés peu après la catastrophe sous l’œil des caméras (et la vigilance de tout un peuple et de son Président ), ces naufragés des profondeurs sont devenus, au fil des jours, les héros d’une émission de télé-réalité troglodyte qui a tenu en haleine tout le peuple chilien. Bardés d’électrodes à la recherche de la moindre anomalie ou déficience, examinés, auscultés en permanence, ces hommes ont été extirpés de leur terrier grâce à un déploiement technologique sans précédent. Dans une contrée isolée et habituellement délaissée, deux mille journalistes venus du monde entier ont relayé ce sauvetage en direct et les embrassades avec un comité d’accueil orchestré par le Président Pinera. Instrumentalisés par le pouvoir en place, vecteurs d’une communication présidentielle efficace et percutante, les rescapés sont devenus les symboles vivants d’une solidarité nationale retrouvée et de l’efficacité des secours chiliens, prompts à se mobiliser pour les plus humbles et les infortunés ( effaçant les polémiques survenues à la suite du dernier tremblement de terre). Le Président Pinera a gagné, paraît-il, 10 points de popularité dans les sondages. Dans le même temps des milliers de mineurs continuent au Chili (et ailleurs) dans des conditions souvent épouvantables d’alimenter un système qui ne leur concède que la possibilité de survivre à leur propre exploitation ; leurs droits les plus élémentaires sont ignorés, méprisés ou ostensiblement bafoués.

En France, dans quelques dizaines d’années, si le système évolue dans le sens souhaité par les libéraux au pouvoir, il se trouvera bien quelques retraités chanceux ou judicieusement conseillés qui , ayant placé leur épargne dans des fonds de placement particulièrement rentables, couleront des jours heureux dans une de ces luxueuses maisons de retraite fréquentées par des pensionnaires fortunés. Ces vieillards exemplaires seront probablement fêtés par le gouvernement de l’époque ; on imagine facilement un des successeurs « spirituels » de Sarkozy décorant ses anciens tout en communiquant sur les bienfaits d’un système de retraite par capitalisation. Mais pour quelques rescapés, bénéficiaires d’une retraite paisible et à l’abri du besoin, combien de laissés pour compte, combien de travailleurs décédés prématurément de maladies professionnelles, combien de pensions indignes d’une longue vie de travail, combien d’exclus sans véritable retraite et devant compter pour survivre sur la solidarité de leurs parents et amis ?

Une des grandes forces du capitalisme néolibéral réside dans sa formidable capacité à mettre en scène -avec l’appui de médias complaisants- ses propres réussites tout en escamotant ses échecs. La fortune et la gloire pour quelques élus tandis que l’immense majorité souffre en silence .

Rares sont les dirigeants occidentaux qui ne cèdent pas à la mode du populisme. S’appuyant sur des médias complaisants, opportunistes et démagogues, ils travestissent la réalité, désinforment et manipulent , en bref ils communiquent pour fabriquer une opinion conforme à leurs intérêts et aux intérêts de l’oligarchie dominante. La plupart bénéficient de financements généreux et font une carrière politique avec un ou plusieurs fils à la patte . VRP exclusifs d’une petite minorité, d’une petite caste de privilégiés, ils vendent sans vergogne un système insoutenable qui les fait vivre grassement et leur permet en plus de se couvrir d’honneurs (même si ceux-ci ne font plus guère illusion, comme en témoigne le discrédit de notre fameuse légion d’honneur). Ces gens là ne sont pas honorables, ils ne sont même pas respectables, ce sont de sinistres usurpateurs mais qui brandissent systématiquement pour justifier leurs exactions et leur politique de classe le même sésame éculé : une élection démocratique. Election démocratique dans un Etat de droit . . . on connaît ce petit refrain facile, cet argument pervers qui permet ensuite d’être sourd à toute critique, réfractaire à toute contestation et qui justifie le refus du « vote de la rue ». En France, pays où la participation et la consultation des citoyens restent très encadrées et limitées , ce système « fonctionne » depuis de nombreuses années pour le plus grand plaisir de nos princes qui ont carte libre entre deux élections avec l’appui d’un puissant appareil d’Etat qui ne songe qu’à faire carrière. Sans réel contre-pouvoir, il est donc tentant pour le Chef de l’Etat de dépasser les bornes. Avec Nicolas Sarkozy, la dérive est particulièrement spectaculaire : la collusion d’intérêt est désormais totale entre affairistes et pouvoir public, les lois scélérates se succèdent et les décisions qui engagent notre société pour des décennies sont prises sans concertation et avec un mépris affiché et assumé. Mais, désormais, il semble bien que la coupe soit pleine et que la rumeur de la rue enfle.

Toutes les tranches d’âge de la population défilent maintenant dans le rue. Dans les jours qui viennent de nombreuses manifestations vont se succéder dans tout le pays. Il faut un vote massif pour le rejet d’une politique sectaire et inacceptable.

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